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Lutte contre le réchauffement : les COP mènent-elles à une impasse ?

Les dernières péripéties de la COP27 sont révélatrices du fonctionnement des COP, basé sur des négociations entre pays, avec de lentes avancées. Le réchauffement planétaire, lui, progresse vite. Sans rien négocier.

Ce sera l’acquis de la COP27, la COP « africaine ». Les pays riches ont finalement cédé devant la « colère » des pays vulnérables, souvent les premiers affectés alors qu’ils ne sont pas les premiers responsables de la crise climatique. L’assemblée a adopté, dans la nuit de samedi à dimanche, sous les applaudissements, une résolution prévoyant la création d’un « fonds de réponse aux pertes et préjudices » subis par les pays les plus pauvres déjà touchés par les dégâts des changements climatiques. Une vieille revendication des pays du Sud jusque-là repoussée par le Nord. 

Un fonds dont les modalités restent à établir

Ce dossier avait été mis pour la première fois à l’agenda officiel d’une COP, et placé au centre des débats depuis deux semaines, créant de vives tensions. L’Union européenne a été la première à en accepter le principe dans la nuit de jeudi à vendredi. Le New York Times a annoncé samedi soir que les Etats-Unis en faisaient de même.

Le fonctionnement et les financements de ce fonds doivent être élaborés d’ici l’année prochaine par un comité spécial, en vue d’être adoptés lors de la COP28 qui aura lieu à Dubaï. L’élargissement de la « base des contributeurs », que désirait l’Union européenne en pensant à la Chine notamment, n’est pas mentionné.

Vers un nouveau pacte financier pour le Sud

La COP 27 évoque plus généralement le « besoin immédiat de ressources financières nouvelles, supplémentaires, prévisibles et adéquates pour aider les pays en développement qui sont particulièrement vulnérables ». Elle appelle « les banques multilatérales de développement, les institutions financières internationales et leurs actionnaires à réformer leurs pratiques et leurs priorités »

L’idée est de déployer de nouveaux instruments financiers « sans alourdir le fardeau de la dette ». Ce qu’avait proposé la Première ministre de la Barbade, Mia Mottley dans son « initiative de Bridgetown« . Soutenue par le Président français Emmanuel Macron, cette initiative doit aboutir à une  conférence internationale sur un nouveau pacte financier pour le Sud, prévue à Paris en juin 2023.

L’objectif 1,5 °C maintenu « en vie »

Hors de portée pour de plus en plus de scientifiques et supprimé dans une version provisoire du texte final, l’objectif 1,5°C a finalement, de son côté, été maintenue « en vie » dans la dernière version. C’était une exigence des Européens qui avaient menacé de ne pas signer le document dans le cas contraire. « Plutôt pas d’accord qu’un mauvais accord », avait prévenu le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans. 

La COP27 reconnaît cependant que  » pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C, il faut réduire rapidement, profondément et durablement les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 43 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 2019″. Ce qui implique un effort bien plus important des pays riches. 

Des plans d’action tous « insuffisants »

Actuellement, les promesses d’action des pays mènent à un réchauffement largement supérieur à 2 °C. Les plans les plus ambitieux, comme celui de l’Union européenne, restent sur une trajectoire de l’ordre de 2 °C. L’UE a promis durant la COP27 d’augmenter à 57 % contre 55 % son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre à horizon 2030. Il faudrait qu’il augmente à 65 % pour espérer rentrer dans les rails d’un objectif compatible avec la limitation du réchauffement à +1,5 °C, selon les ONG.

Éliminer les « subventions inefficaces des combustibles fossiles »

Les débats ont également achoppé dans la soirée sur la question de la mention des énergies fossiles, Russie et Arabie Saoudite s’y opposant. La COP27 appelle finalement à renforcer le développement des énergies renouvelables, « en accélérant les efforts visant à réduire progressivement la production d’électricité à partir du charbon et à éliminer progressivement les subventions inefficaces des combustibles fossiles ». Elle ne cite pas directement le pétrole et le gaz.

La nécessité des COP

Ces dernières péripéties de la COP27 illustrent bien le fonctionnement des COP, enceinte dans laquelle se retrouve chaque année la communauté internationale depuis que celle-ci a décidé de s’attaquer à la question du réchauffement planétaire, il y a 30 ans. Objectif: permettre à tous les pays de se rassembler autour de la table afin de gérer ensemble cette lutte devant nécessairement être mondiale.

Mais « l’essentiel de l’action climatique ne se décide pas lors des conférences. Elle se construit entre les conférences, notamment lors de leur préparation », a déjà noté dans son blog Christian de Perthuis, fondateur de la Chaire Economie du Climat de l’Université Paris-Dauphine, à l’occasion de la COP 26. Pour la COP 27, dans un contexte de catastrophes climatiques comme au Nigeria ou au Pakistan, l’Afrique avait préparé son dossier sur les « pertes et préjudices », et parlait d’une voix.

De lents résultats forcément consensuels

Durant les deux semaines d’une COP, les négociateurs de chaque pays, ou groupe de pays comme pour l’Union européenne, défendent en fait d’abord ce qu’ils voudraient voir figurer dans la décision finale de l’assemblée, avec des intérêts bien sûr différents, sinon divergents. Devant être adopté à l’unanimité des près de 200 parties concernées, le texte est le résultat de leurs négociations. Il est donc forcément consensuel, avec des concessions des uns et des autres. Ce qui favorise les formules alambiquées et les simples déclarations d’intention. Cela explique également la lenteur des avancées. 

Le problème, c’est que le changement climatique – qui semble progresser encore plus vite que ne le prévoyait la science – ne négocie pas et ne négociera jamais. Tandis que les COP sont, à ce jour, le seul moyen à disposition de l’humanité pour une action commune… Sans effet depuis leur création sur la hausse des émissions de gaz à effet de serre. Une impasse ?

Vincent Rondreux

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