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Travail domestique : les femmes présentent la facture

Plusieurs pays ont condamné des maris trop feignants à indemniser leurs conjointes pour les tâches ménagères réalisées à leur place. Plus largement, des voix s’élèvent pour monétiser le travail domestique, alors que la crise sanitaire et les confinements aggravent les inégalités femmes-hommes.

Le 08/04/2021 par Alice Pouyat
En France, les inégalités femmes-hommes baissent, mais les premières consacrent encore 2h37 aux tâches domestiques. Les 2e 2h10.
En France, les inégalités femmes-hommes baissent, mais les premières consacrent encore plus de temps au travail domestique. (Crédit : Shutterstock)
En France, les inégalités femmes-hommes baissent, mais les premières consacrent encore plus de temps au travail domestique. (Crédit : Shutterstock)

Le ménage, la cuisine, la garde des enfants… Ces tâches sont mal réparties dans votre foyer ? Et les confinements n’arrangent pas les choses ? Mesdames, messieurs, plusieurs décisions de justice pourraient vous inciter à rééquilibrer les comptes.

Le première, inédite en Europe : la justice portugaise a condamné en janvier un homme à verser plus de 60 000 euros à son ex-conjointe, au titre du travail domestique accompli pendant 30 ans de vie commune. La plus haute juridiction du pays a considéré que le mari a pu profiter de son temps libre pour s’enrichir. Un temps, et donc une valeur, dont sa femme a elle été privée.

Cette décision fait écho à un jugement similaire rendu en Chine en février : ici, un homme a été condamné à verser une “compensation” pour les tâches ménagères réalisées par son ex-épouse pendant cinq ans de vie commune de 6 340 euros (en plus d’une pension alimentaire pour leur enfant). Un précédant avait aussi marqué les esprits, en Argentine, en 2019 : une femme diplômée d’économie, quittée par son mari à 60 ans après avoir consacré sa vie à son foyer, avait elle obtenu 150 000 euros.

Le début d’une reconnaissance de la valeur de ce travail domestique ? En réalité, l’idée n’est pas tout à fait nouvelle. Il y a 50 ans déjà, des féministes ayant forgé cette expression de “travail domestique” faisait valoir qu’il était invisibilisé car gratuit. Une idée qui semble trouver un nouveau souffle, notamment du fait des confinements. Le 6 avril était d’ailleurs la “Journée mondiale du travail invisible”, initiée par une association québécoise.

Les femmes précarisées par la pandémie

En Allemagne, l’an passé, alors que les écoles et les cantines étaient fermées, des mères de famille avaient elles calculé le coût de leur travail de soin et d’éducation. Et envoyé la facture à leur région. Une initiative qui avait fait le buzz sur les réseaux via le mot-clé #CoronaElternRechnenAb (traduit par “les parents règlent les comptes du corona”). Pour la blogueuse Patricia Cammarata, par exemple, cette facture s’élevait à 22 296 euros sur deux mois ! Une initiative qui a inspiré quelques Françaises.

Car la pandémie a indéniablement accru les inégalités. Le 3e confinement, en France, est un nouveau coup dur pour l’emploi des femmes, souligne une récente étude de l’agence Moodies. Les mères s’occupant plus souvent des enfants et des personnes âgées, elles sont plus souvent au chômage partiel. Aux États-Unis, selon, un récent rapport de l’ONU femmes, rien qu’en septembre 2020, quelque 865 000 femmes ont quitté le marché du travail contre 200 000 hommes. Le Forum économique mondial estime même que la pandémie retarde d’une génération l’égalité femmes-hommes.

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Reste qu’il est difficile de s’accorder sur la définition des tâches domestiques, et leur valeur monétaire, un sujet épineux qui divise juristes et économistes. En attendant de résoudre ce casse-tête, voici donc déjà quelques conseils pour mieux repartir les tâches domestiques au sein de votre foyer, sans cri et sans facture à régler.

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