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Carbonloop imagine une énergie “carbone négative” à base de biochar

La start-up Carbonloop imagine une décarbonation locale accélérée grâce à la pyrolyse de la biomasse puis à l’enrichissement des sols en biochar.

Le 25/05/2022 par Florence Santrot
Biochar

Vous ne connaissez pas le biochar ? Vous devriez pourtant en entendre parler de plus en plus ces prochaines années. Le biochar, ou charbon végétal (bio charbon), est obtenu par pyrolyse de la biomasse. La start-up Carbonloop combine la production d’énergies neutres avec la séquestration de carbone et propose ses services aux industries. Concrètement, elle fabrique sur site, à côté d’une usine, un bâtiment permettant la combustion de biomasse.

Cette biomasse est d’abord récupérée alentour (uniquement des chutes d’exploitation forestière ici car Carbonloop a besoin de résidus non traités). Elle est ensuite passée en pyrolyse. Donc chauffée à très haute température (entre 350 et 650 °C) et sans oxygène. Cela permet de créer une énergie neutre en carbone (un gaz de synthèse) mais aussi le fameux biochar, qui est à la fois un puits de carbone et un fertilisant naturel pour les sols.

Le biochar, une solution identifiée par le GIEC

“Nous nous installons sur le site d’un industriel en fabriquant une unité de production de pyrolyse à biomasse, explique Claire Chastrusse, directrice générale de CarbonLoop. Grâce à cela, nous fournissons de l’électricité et/ou de la chaleur issus du gaz de synthèse obtenu par la pyrolyse. Et nous créons du biochar, qui a une double particularité. Non seulement il séquestre durablement le carbone qui a été absorbé par la biomasse mais, quand on l’utilise en agriculture, en horticulture… il va régénérer les sols. Il va recréer de la biodiversité dans les sols. Le biochar est une éponge, un matériel extrêmement poreux, qui va permettre de réduire la consommation en eau, de moins recourir aux fertilisants car il retient ces éléments plus près des racines. Il suffit d’amender les sols une fois pour que ses effets se fassent sentir durablement.”

La solution de Carbonloop en détail. Illustration : Carbonloop.
La solution de Carbonloop en détail. Illustration : Carbonloop.

Aujourd’hui, le GIEC considère le biochar comme une “negative emission technology”, une solution à émission carbone négative. 80 % du carbone séquestré dans le biochar y reste définitivement. C’est pour cela qu’il s’annonce particulièrement important. On sait d’avance que la réduction des émissions de gaz à effet de serre ne sera pas suffisante. Il faudra aussi recréer des puits de carbone. “Dans les 10 milliards de tonnes de CO2 à capturer à horizon 2050, le GIEC estime que le biochar a un rôle majeur à jouer car il pourrait permettre de séquestrer durablement 1 à 2 milliards de tonnes au niveau mondial”, assure Claire Chastrusse. Étonnamment, le biochar n’est pas du tout connu en France. Il est déjà relativement développé en Amérique du Nord, en Europe du Nord et en Allemagne. Ce dernier est le premier producteur et utilisateur de biochar en Europe.

Biochar : de nombreux avantages

Outre le fait d’être un puits de carbone, le charbon végétal a un impact positif dans les sols acides en améliorant le PH. Ce support de culture permet aussi de restaurer les sols dégradés et de consommer moins d’eau, moins d’engrais… “C’est toute l’ambition de Carbonloop : permettre à la fois aux industriels de compenser et de réduire leurs émissions – le biochar devient un crédit carbone – et avoir des effets majeurs sur l’agriculture”, ajoute Claire Chastrusse.

Carbonloop s’adresse à des industriels qui ont besoin d’énergie pour leur process. Cela peut être par exemple l’agroalimentaire qui va utiliser non seulement l’électricité produite mais aussi la chaleur dans son procédé de production. Pharmacie, cosmétologie, équipementiers… le champ d’application est assez large. Carbonloop peut aussi produire de l’hydrogène, qui peut entrer dans la production d’ammoniaque, être utile dans la métallurgie, etc. Avec une contrainte : le four de thermolyse nécessite 400 m2 au sol. Il faut donc du foncier pour installer cela à proximité de l’usine.

Ensuite, c’est tout un écosystème local qui se met en place. La biomasse est sourcée à moins de 100 km auprès d’exploitations forestières. Ensuite, le biochar est valorisé lui aussi localement, auprès d’agriculteurs mais aussi de collectivités. Ainsi, Stockholm (Suède) est en train de revégétaliser toute sa ville en s’appuyant sur le biochar. Carbonloop va lancer deux premiers projets en Ile-de-France dont un dès 2023 et a pour ambition d’atteindre les 100 projets d’ici 2030.

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