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Tizi n’Oucheg, un village marocain rendu autonome par ses habitants

RÉCIT. Par Ahmed et Karine Benabadji, fondateurs du projet Open-Villages.

Le 04/09/2015 par WeDemain
RÉCIT. Par Ahmed et Karine Benabadji, fondateurs du projet Open-Villages.
RÉCIT. Par Ahmed et Karine Benabadji, fondateurs du projet Open-Villages.

Le 1er septembre, Ahmed, Karine et leur cinq enfants se sont envolés de Paris pour un tour du monde d’un an , à la découverte de villages qui ont fait le choix de l’autonomie et du développement durable. À l’approche de leur départ, ils se sont rendus à Tizi n’Oucheg, un petit village du Maroc.

Tizi n’Oucheg, fin août 2015,

Rachid est un homme heureux. Pour ce natif de Tizi n’Oucheg, village berbère du Haut Atlas, perché à 1600 mètres d’altitude au fond d’une vallée étroite, le pari est en passe d’être gagné. Un pari, ou plutôt un défi qu’il s’était lancé il y a vingt ans, lorsqu’il décida de revenir chez lui avec sa jeune femme.

Comment fonder un foyer et élever des enfants dans un village peu à peu abandonné de ses habitants, sans électricité, ni eau courante, sans école ni source de revenus stables ? Rapidement la réponse s’impose, évidente : l’amélioration des conditions de vie passe par le développement de l’autonomie du village tout en s’appuyant (mais sans en dépendre) sur les bonnes volontés extérieures qui accepteront de l’aider. Il s’installe donc comme guide et parvient à intéresser au développement de son village les touristes à qui il fait découvrir les magnifiques paysages marocains.

Une implication forte des habitants

Avec leur aide technique et parfois financière, relayée par une implication de plus en plus forte des habitants de Tizi n’Oucheg dans les projets communs, le village a complètement changé de physionomie en dix ans. Des activités génératrices de revenus ont été développées notamment au profit des femmes. L’électricité éclaire toutes les maisons et l’eau courante, provenant d’une des sources qui alimente le village en eau potable, est maintenant disponible pour tous.

Récemment, une équipe de scientifiques français est venue étudier le sol et a conçu un système de récupération des eaux usées qui, après un processus naturel de décantation et de filtrage, permet d’arroser les cultures et donc d’étendre les surfaces agricoles. Les premiers bassins ont été creusés par les villageois au printemps dernier.

Les projets ne manquent pas. “Chaque fois qu’un touriste vient au village, je lui parle de ce que nous voulons faire, nous dit Rachid avec un sourire malicieux. Souvent, je repars de cette discussion avec de nouvelles idées ou des solutions à des problèmes que nous n’avions pas su résoudre”. Benchmarking à la sauce berbère ? Nous y avons reconnu plutôt le fruit d’une hospitalité peu commune et d’une curiosité d’esprit que les habitants du village entretiennent intelligemment avec tous ceux qui viennent les voir.

Les secrets de la réussite
 
Mais le village ne fait pas que prendre des idées aux autres. Son succès inspire des villages de la vallée ou d’autres plus lointains, qui viennent à Tizi n’Oucheg dans l’espoir de comprendre les secrets de sa réussite. Rachid en parle avec un mélange de fierté et d’humilité :
 

“À chaque fois, nous prenons le temps de leur montrer ce que nous avons fait et comment nous nous y sommes pris. Cela nous fait plaisir de voir que d’autres s’inspirent de nous mais qui sait si l’un de ces villages ne va pas avoir un jour une bonne idée et que nous serons heureux de pouvoir aller apprendre chez eux ?”

Les touristes qui le souhaitent sont aussi conviés à un apprentissage de l’autonomie avec des activités encadrées par des habitants qui vont de la fabrication du délicieux pain berbère à la taille de la pierre utilisée pour la construction des maisons, en passant par le fonctionnement du système d’irrigation.

Système de solidarité et d’entraide
 
L’une des clés du succès est assurément le système de solidarité et d’entraide (Tiwizi en berbère) qui est instauré dans ces villages enclavés où l’autonomie est une obligation. C’est dans le cadre du “Tiwizi” que l’assemblée du village peut mobiliser le temps de travail de chacun pour construire une route carrossable (celle qui relie le village à la route principale a nécessité 3 années de travail). La pénalité financière pour celui qui refuse de participer aux tâches communes est rédhibitoire. Conclusion : les tâches sont réalisées rapidement et avec efficacité car personne ne veut avoir à refaire un travail qui aurait été mal fait.

C’est finalement en impliquant concrètement les habitants dans l’entretien et l’amélioration des infrastructures et des espaces communs que Tizi réussit à intéresser chacun et chacune dans la conservation de son cadre de vie. Prochain projet du village : la mise en place du tri sélectif.

Tizi veut être la première collectivité rurale marocaine à trier et recycler ses déchets. Les grandes villes marocaines n’y sont pas toutes encore parvenues mais Rachid a une réponse toute prête pour les sceptiques :

“Les villes échouent à mettre en place ce genre de programme car elles sont trop grandes. Ici nous sommes 100 familles et nous nous connaissons tous. Cela nous est plus facile d’expliquer, de convaincre et de faire changer les habitudes que dans des villes de plusieurs millions d’habitants”. 

Ahmed et Karine Benabadji, fondateurs du projet Open-Villages. 

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