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Confinement : Et si l’on éteignait l’éclairage de nuit ?

Le confinement convainc de plus en plus de communes d’éteindre les feux la nuit. Objectifs : préserver l’environnement mais aussi faire des économies bienvenues en cette période de crise.

Le 06/11/2020 par Alice Pouyat
Le confinement peut être l'occasion de diminuer l'éclairage, notamment des bâtiments publics. (Crédit : Shutterstock)
Le confinement peut être l'occasion de diminuer l'éclairage, notamment des bâtiments publics. (Crédit : Shutterstock)


Les chauve-souris peuvent à nouveau voler en paix dans le ciel de Bayeux. La ville du Calvados a décidé d’éteindre ses éclairages publics de minuit à 5h du matin, après avoir tenté brièvement l’expérience lors du premier confinement.

“Nous y réfléchissions depuis longtemps mais le confinement a été l’élément déclencheur. Pourquoi éclairer des rues désertes ?”, souligne Arnaud Tanquerel, adjoint au maire en charge de l’environnement.

Bayeux n’est pas un cas isolé. Des municipalités comme Orsay (Essonne), Collioure (Pyrénées-Orientales) ou Quimperlé (Finistère) ont aussi obscurci leur nuit. Au total, 12 000 villes en France pratiquent une extinction des feux nocturnes, parfois dès 21h.

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À première vue, rien de plus simple en effet que d’appuyer sur l’interrupteur pour préserver la faune nocturne, réduire la consommation d’énergie, et faire des économies.

25 à 75 % d’économies pour la municipalité

La question financière est souvent celle qui pousse à passer le pas. “Selon les cas, on peut atteindre une réduction de la facture de 25 à 75 %”, estime Anne-Marie Ducroux, présidente de l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturne (Anpcen).

Important en effet quand on sait que l’éclairage public coûte 2 milliards d’euros en France par an, dont un quart lié à la consommation d’énergie – soit le deuxième poste de dépense d’une collectivité. 

À Bayeux par exemple, l’extinction permettrait d’économiser “120 000 à 130 000 euros sur l’année”. Un montant non négligeable en cette période de crise !

Sommeil de qualité

Les enjeux écologiques sont tout aussi importants : environ 30 % des vertébrés et 65 % des invertébrés vivent la nuit, et ont besoin d’obscurité pour se nourrir, se déplacer, se reproduire… Or, l’éclairage nocturne a augmenté de 94 % en 20 ans d’après l’Anpcen. Cette “disparition de la nuit” est l’un des principaux facteurs d’extinction des insectes.

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Elle impacte aussi le rythme et la santé des humains. “Des citoyens nous disent retrouver un sommeil de qualité”, se réjouit le maire adjoint de Bayeux.

Dans certains cas, toutefois, l’extinction totale n’est pas si simple.

Un sentiment d’insécurité

Techniquement, toutes les villes ne sont pas équipées d’armoires d’alimentation de lampadaires modulables à l’heure près, soulignait en avril dernier l’Association française de l’éclairage (AFE) dans un communiqué.

L’extinction des feux peut aussi susciter un sentiment d’insécurité. “De nombreux professionnels utilisent encore l’espace public la nuit : le personnel médical, les forces de sécurité, les livreurs… (…). Toutes ces personnes, qui assurent des missions essentielles à la Nation, ont besoin de ce service public pour être rassurées et se déplacer“, plaide l’AFE.

Dans les faits, “toutes les expérimentations montrent que les délits n’augmentent pas dans le noir. Les automobilistes sont même plus prudents quand l’éclairage est faible”, rétorque Anne-Marie Ducroux. Bayeux n’a d’ailleurs pas enregistré plus de problèmes jusqu’ici.

Rassurer les citoyens

L’extinction nocturne peut toutefois s’adapter en fonction des besoins : les villes peuvent laisser éclairées les zones très passantes, par exemple les abords de la gendarmerie ou de l’hôpital, comme à Bayeux. Ou retirer seulement certains lampadaires, et cibler des zones peu fréquentées. Strasbourg a ainsi éteint ses parcs et bâtiments administratifs, réduisant de 20 % la consommation lumineuse.

Autres ajustements encore – mais plus compliqués et chers qu’une extinction – installer des systèmes de détecteur de mouvement humain, baisser la hauteur des lampadaires, éclairer le sol et non le ciel, faire varier la couleur lumineuse du blanc au jaune, moins néfaste aux animaux nocturnes.

Enfin, la sensibilisation de citoyens déshabitués à l’obscurité est centrale pour rassurer. Un travail au long cours qui commence à payer. 79 % des Français étaient favorables aux extinctions privées mais aussi publiques en 2018, alors qu’ils n’étaient que 48 % en 2012, selon les sondages de l’Anpcen.

À l’occasion du confinement, l’association met à disposition des plus motivés une lettre type pour demander à ses élus de revoir un peu la nuit.

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