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Written by 14 h 24 min Respirer, Societe-Economie

“Les musées, aussi, doivent prendre part à la lutte contre le réchauffement climatique”

Florian est un jeune Autrichien engagé pour le climat. Son idée ? Amener les musées et la culture en générale à promouvoir les enjeux environnementaux.

Florian Schlederer
Pour Florian Schlederer, la sensibilisation au réchauffement climatique doit aussi passer par la culture. Crédit : Astrid de Rengervé et Carla Dominique.
Pour Florian Schlederer, la sensibilisation au réchauffement climatique doit aussi passer par la culture. Crédit : Astrid de Rengervé et Carla Dominique.

La capitale autrichienne nous a surprises par le nombre d’acteurs engagés que nous y avons rencontrés. Florian, 29 ans, en fait partie. Passionné par la culture, il est à l’origine d’une initiative pour pousser les musées à se transformer durablement et à mieux sensibiliser aux enjeux climatiques. Son livre, un recueil de solutions, est un best-seller en Autriche et a même été recommandé par le président du pays.

Changearth Project est une série de portraits de jeunes engagés pour la transition écologique, partout en Europe. Co-créé par deux étudiantes, Astrid et Carla, ce projet vise à mettre en lumière ces jeunes qui se mobilisent en faveur du climat et de la biodiversité, et à inspirer les autres à faire de même. Tout au long de l’été, WE DEMAIN va publier une fois par semaine l’un de ces portraits engagés.

Florian était encore étudiant – en philosophie et en physique – lorsqu’il a pour la première fois eu envie de s’engager pour le climat. Après son Master, qu’il souhaitait compléter par un doctorat, le jeune homme a finalement choisi un tout autre chemin. “C’était en Décembre 2018, juste après la COP 24 durant laquelle Greta Thunberg a fait son premier discours officiel. Mon amie Katharina a été très inspirée par les jeunes qui manifestaient là-bas. En rentrant, elle m’a annoncé qu’elle voulait organiser une marche similaire dès le lendemain, ici à Vienne”.

C’est ainsi qu’elle a lancé Fridays for Future Austria. Le mouvement a tout de suite pris de l’ampleur et Florian en a naturellement fait partie. “Avant Fridays For Future, j’avais conscience de la crise écologique mais je n’étais pas engagé. J’avais l’impression que quand le problème deviendrait vraiment grave, les politiques interviendraient. Ce n’est qu’avec Fridays For Future que j’ai réalisé à quel point l’urgence était là et les choses ne bougeaient pas assez vite”.

Une grande pétition pour le climat en Autriche

Florian est alors passé à l’action, en participant au lancement d’une grande pétition pour le climat, élaborée avec des scientifiques. Il était en charge de faire connaître la pétition et de trouver des personnalités pour la relayer. Il a donc créé des liens entre le mouvement Fridays For Future et des organisations diverses, ce qui leur a permis de récolter 400 000 signatures.

Or, en Autriche, l’obtention de 100 000 signatures sur une pétition constitutionnelle suffit à donner le droit à ses auteurs de s’exprimer au Parlement et oblige les politiciens à traiter le sujet. Après avoir obtenu ces signatures, les bénévoles ont donc mené un vrai travail de lobbying. Ils ont pu rencontrer les politiciens et parlementaires pour réfléchir à des compromis, et, par chance, beaucoup de leurs demandes ont été entendues et mises en œuvre.

S’inspirer de la France pour une Convention Citoyenne pour le Climat

Ils ont par exemple obtenu la création de l’équivalent de la Convention Citoyenne pour le Climat française. “On a été impressionnés par ce qu’il se passait en France et par le fait que des citoyens aux profils si différents soutiennent tous des mesures fortes en faveur de la transition écologique. Ça a renforcé l’idée que quand les citoyens sont inclus dans le processus politique et informés, ils savent ce qu’il est juste de faire. Même si malheureusement, en France, les politiciens n’ont pas mis en place la majorité des propositions.”

Au travers de leur pétition, ils ont aussi demandé des réformes pour taxer les émissions de gaz à effet de serre, une hausse des financements vers les transports publics et les énergies renouvelables, ou encore la mise en place d’un conseil scientifique pour superviser l’ensemble des législations sur le climat et signaler les écarts potentiels. Ce projet continue aujourd’hui et a pris la forme d’un référendum pour le climat.

La culture et les musées au service des enjeux environnementaux

Lorsqu’il a commencé à s’engager pour le climat, Florian travaillait également dans un musée : “J’ai vu le potentiel que ces institutions pouvaient représenter. J’ai remarqué que les visiteurs comme les employés s’intéressaient de plus en plus aux enjeux climatiques.” C’est ce qui l’a décidé à créer le mouvement Museums for Future, pour pousser les musées à aller plus loin dans leur engagement contre la crise climatique. “En fait, pour créer un mouvement, il suffit d’agir rapidement et d’être ambitieux !“. De nombreux autres mouvements ont d’ailleurs émergé en soutien à Fridays for Future, tels que Scientists For Future, Teachers For Future ou encore Parents For Future. 

Le projet Museums for Future co-fondé par Florian vise à réunir les musées et leurs employés autour d’une revendication, à savoir le respect et le renforcement des objectifs des Accords de Paris. “Il y a 55 000 musées dans le monde avec des millions de visiteurs et d’interlocuteurs. Ils ont une position particulière au sein de la société qui leur confère une vraie crédibilité, car les gens ont confiance en ce qu’ils exposent. C’est pour cela qu’ils peuvent avoir un impact énorme, en prenant part aux débats et réflexions sur le climat, et en mettant en lumière les solutions existantes.”

Des musées qui s’engagent de différentes manières chaque vendredi

L’engagement des musées peut prendre différentes formes. Par exemple, chaque vendredi – rendez-vous des grèves pour le climat – un musée a choisi de cacher une œuvre d’art, pour symboliser le fait qu’elle aussi fasse grève. L’objectif est que chaque musée combine ainsi des communications sur la crise climatique et la mise en place d’une stratégie pour devenir lui-même plus durable.

Tout comme les entreprises, les musées peuvent aussi agir et faire pression pour résoudre les problèmes systémiques à travers leur propre fonctionnement.  Si un musée souhaite n’utiliser plus que des énergies renouvelables, c’est aux décisionnaires de faire en sorte que cela soit techniquement possible d’ici 2050.”

“Les artistes peuvent créer une vision d’un futur plus souhaitable”

Dès le départ, différents types de musées ont pris part au mouvement : des musées d’arts, d’autres plus techniques ou axés sur la nature, mais aussi des associations de musées. Ils ont notamment été soutenus par NEMO, un réseau de musées européen. Museums for Future compte une cinquantaine de bénévoles, et ils ont pour ambition de s’étendre à l’international (l’antenne allemande a déjà été lancée). “Pour cela, nous nous adressons directement au personnel des musées. Ce sont eux qui réalisent le travail de fond pour faire évoluer les institutions dans lesquelles ils travaillent.

Florian est persuadé que l’art a un important rôle à jouer pour convaincre l’opinion publique de la nécessité de modifier nos comportements. “Les artistes peuvent créer une vision, montrer qu’agir maintenant ne veut pas simplement dire renoncer à un certain confort mais qu’on peut surtout construire un futur plus souhaitable.

Un livre à la fois scientifique et personnel pour mettre en lumière des solutions concrètes 

Florian vient également de publier son premier livre : “Ändert sich nichts, ändert sich alles” (Si rien ne change, cela change tout), co-écrit avec son amie Katharina Rogenhofer. “L’activisme, ce n’est pas toujours facile. On essaie de convaincre les gens qu’il faut faire quelque chose, que les signes sont évidents, mais les politiciens ne passent pas à l’action. Ce livre est pour moi une véritable récompense dans ce parcours semé d’obstacles.

Dans cet ouvrage, Florian décrit un ensemble de solutions en faveur du climat. “Nous avons voulu écrire un livre accessible, qui guide le lecteur à travers des faits et des chiffres. Nous avons également inclus des histoires personnelles, et je pense que cela a encouragé le public à le lire.”  Pour lui, les solutions sont déjà là : panneaux photovoltaïques, éoliennes, voitures électriques, transports en commun, etc. Il s’agit maintenant de les renforcer et de les généraliser. C’est aux pays occidentaux d’ouvrir la voie, avant que ces solutions ne deviennent suffisamment abordables pour les pays émergents, qui n’auront alors plus besoin des énergies fossiles pour se développer. 

Ce livre, écrit avec des scientifiques, aborde aussi des sujets tels que la justice sociale et la distribution des richesses. Si le public était d’abord étonné que ces sujets soient présents, après lecture, ils sont convaincus de leur pertinence dans le débat climatique.  En parallèle, Florian travaille aujourd’hui en tant qu’auteur scientifique pour un organisme de recherche, l’Institut des Sciences et de la Technologie en Autriche. Il traduit les publications scientifiques très abstraites pour les transformer en articles compréhensibles par le grand public. 

Son conseil pour un jeune qui cherche à s’engager

Pour le jeune scientifique, chacun peut agir à son échelle : “Je suis persuadé que le premier pas est le plus dur, et demande beaucoup de courage. Ensuite, il s’agit de trouver ce qui nous convient le mieux, pour avoir un impact positif sur la société. Un professeur ou un parent peut sensibiliser les enfants à la crise climatique et aux comportements éco-responsables, tandis qu’un étudiant peut rejoindre un mouvement ou mener un projet pour l’environnement… Il y a tellement de choses à faire ! Les politiciens ont, quant à eux, de l’influence et une forte responsabilité. Ils ont le devoir d’être actifs, de s’informer et de favoriser des politiques climatiques ambitieuses.”

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