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Modifier notre génome, un fantasme? Peut-être plus pour longtemps…

Mise au point en 2012, la méthode CRISPR a permis de diviser par dix le prix d’une modification de l’ADN, tout en la rendant accessible à n’importe quel étudiant en biologie. De quoi entrevoir l’éradication de maladies encore incurables… Et poser de nouvelles questions éthiques.

Le 09/11/2015 par WeDemain
Mise au point en 2012, la méthode CRISPR a permis de diviser par dix le prix d'une modification de l'ADN, tout en la rendant accessible à n'importe quel étudiant en biologie. De quoi entrevoir l'éradication de maladies encore incurables... Et poser de nouvelles questions éthiques.
Mise au point en 2012, la méthode CRISPR a permis de diviser par dix le prix d'une modification de l'ADN, tout en la rendant accessible à n'importe quel étudiant en biologie. De quoi entrevoir l'éradication de maladies encore incurables... Et poser de nouvelles questions éthiques.

Que se passerait il si l’on pouvait éditer nos gènes aussi simplement que lorsque l’on copie-colle un morceau de texte ? Une nouvelle technologie de génie génétique, baptisée CRISPR-Cas9, permet d’entrevoir cette possibilité.

Mise au point en 2012 par deux généticiennes, dont la française Emmanuelle Charpentier, cette technique a permis de diviser par dix les coûts d’édition de l’ADN, tout en rendant le processus plus rapide et précis. En 2014, la technologie a franchi deux nouvelles étapes en se révélant utilisable sur des primates et en corrigeant certaines anomalies génétiques à l’origine de maladies. Une opération effectuée in vivo, sur des souris.

Au centre d’une guerre des brevets entre start-ups et grands groupes industriels, cette technique est aujourd’hui utilisée dans de nombreux laboratoires. En moins de trois ans, des scientifiques ont utilisé CRISPR pour soigner des mutations causant la cécité, empêcher des cellules cancéreuses de se multiplier et rendre des cellules résistantes au VIH. Des agronomes l’ont également utilisée pour créer des variétés de blé résistantes au mildiou et d’autres des bactéries capables de transformer de la matière végétale en bio-carburant.

Scalpel moléculaire

CRISPR : cet acronyme imprononçable désigne les “courtes répétitions en palindrome regroupées et régulièrement espacées”. Traduction :
 

“Il s’agit d’une sorte de système immunitaire capable de garder la mémoire d’une agression par un virus ou une séquence d’ADN étrangère, afin de combattre ce même agresseur lorsqu’il envahit à nouveau la bactérie”, résume pour La Recherche, Christine Pourcel, de l’Institut de génétique et microbiologie d’Orsay, à l’origine de la découverte de ce principe.

Observé pour la première fois en 1987 dans une souche d’E.Coli par le japonais Atsuo Nakata, ce mécanisme de défense n’a été utilisé sciemment qu’en 2012 pour modifier l’ADN. Une performance menée par la généticienne française Emmanuelle Charpentier et sa consoeur américaine Jennifer Doudna.

“Auparavant, toutes les techniques ressemblaient à des marteaux. Nous, nous avons inventé un scalpel à l’échelle moléculaire. Un outil incroyablement puissant pour les scientifiques” explique Jennifer Doudna à Tech Insider.

Thérapie génique

Une méthode si précise qu’elle peut désormais être utilisée dans le cadre de thérapies géniques : en mars 2014, une équipe du MIT a ainsi injecté des fragments d’ARN à des souris victimes d’une maladie incurable du foie. En un mois, un tiers des cellules hépatiques avaient été remplacées par une version saine. Une technologie qui pourrait bientôt être appliquée sur l’humain, par exemple pour soigner l’anémie.

Les avantages de la méthode CRISPR ? En plus de permettre de “couper” le gène cible (celui que l’on cherche à modifier), elle peut aussi stimuler son expression, l’inhiber ou le remplacer par un autre… transformant l’outil en une sorte de “couteau suisse génétique”.

Mais surtout, CRISPR est beaucoup plus simple et moins cher que les méthodes concurrentes : “N’importe quelle personne avec des connaissances basiques en biologie peut utiliser CRISPR pour modifier un ADN”, explique Jennifer Doudna. Le tout pour moins de 2 000 dollars, matériel de laboratoire inclus.

Risques éthiques

Mais cette facilité d’usage pourrait aussi avoir des conséquences cauchemardesques entre de mauvaises mains. Si une modification génétique sur un être humain venait modifier ses cellules reproductrices (gamètes), la mutation serait ainsi propagée à sa descendance.

Il deviendrait alors tentant de chercher à modifier notre capital génétique pour créer des “super-humains” digne de la science-fiction. Avec tous les risques collatéraux et dérives eugénistes que cela engendrerait…

Ce scénario n’est plus de la science-fiction, à en croire la publication, en avril, de travaux de recherche chinois sur l’utilisation de CRISPR sur des embryons humains. Publication qui a relancé le débat sur la bioéthique et a mené, début octobre, l’Unesco à se prononcer en faveur d’un moratoire sur les techniques d’édition de l’ADN des cellules reproductrices humaines.

Pendant ce temps, la recherche sur CRISPR continue. Tandis que des équipes américaines travaillent à faire revivre le mammouth et d’autres à ralentir le vieillissement, des scientifiques chinois l’ont utilisé récemment pour doubler la masse musculaire de chiens tandis qu’une autre équipe créait des micro-porcelets de compagnie dans un but commercial. Comptez 1 600 dollars pour vous procurer un cochon de la taille d’un lapin.

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