"À New York, on a visité le plus grand supermarché coopératif américain : 16 000 bénévoles !"

Par I Publié le 1 Octobre 2015

RÉCIT. Par Mickaël Rouvière et Marine Sophie Gimaret, ingénieurs agronomes partis faire le tour du monde des nouveaux modèles agricoles.


Marine Sophie Gimaret et Mickaël Rouvière (Crédit : M. Rouvière)
Marine Sophie Gimaret et Mickaël Rouvière (Crédit : M. Rouvière)
Ingénieurs agronomes, Marine Sophie Gimaret et Mickaël Rouvière sont respectivement spécialisés dans les domaines de l’agroécologie et des énergies renouvelables. Tous deux ont pris un break de six mois pour "voyager en Amérique et découvrir les initiatives en agriculture qui assureront l’alimentation de demain".

Dans leur premier article pour We Demain, nos deux contributeurs présentent Park Slope Food Coop, une grande surface coopérative newyorkaise.


Se nourrir avec des aliments de qualité est souvent réservé aux classes les plus aisées, soucieuses de bien manger. À New York, un supermarché coopératif permet de réconcilier les portefeuilles avec une alimentation saine et équilibrée. Pour réussir cette synthèse difficile, les clients sont membres de la coopérative et travaillent trois heures par mois au sein du magasin.

Park Slope Food Coop, ce sont 80 salariés et environ 16 000 membres impliqués dans la structure. De 5 h à 22 h, les coopérateurs bénévoles se succèdent sur toutes les tâches inhérentes à l’activité, depuis la réception des marchandises jusqu’à l’encaissement. Cette organisation permet de réduire les coûts salariaux et donc, le prix des produits.

Conditionnement de fromages reçus en vrac pour limiter les emballages et avoir des prix préférentiels (Crédit : M. Rouvière)
Conditionnement de fromages reçus en vrac pour limiter les emballages et avoir des prix préférentiels (Crédit : M. Rouvière)
Des produits 25 % moins chers

Sur tous les produits, la coopérative marge à 21 %, ce qui permet de dégager une marge brute de 17 %. Dans une enseigne classique, la majoration atteint plutôt 61 % pour obtenir une marge brute de 38 %. Cette réduction des coûts et la marge limitée permettent de proposer des produits de qualité à un prix plus abordable, en moyenne 25 % moins chers que dans une enseigne classique. Le bénéfice généré est réinvesti dans le maintien et le développement de la structure. 


Approvisionnement local

Pour en être membre, il faut payer la somme de 100 dollars, soit 10 actions à 10 dollars, et 25 dollars de frais fixe. En cas de départ, l'investisseur récupère la somme engagée et les actions sont proposées à un nouvel arrivant. Chaque semaine, des réunions sont organisées pour recevoir les futurs coopérateurs et ainsi assurer le renouvellement.​

Le rayon frais (Crédit : M. Rouvière)
Le rayon frais (Crédit : M. Rouvière)
La création de ce supermarché coopératif date de 1973. À cette époque, des initiatives similaires sont mises en place mais leur "taux de succès", très faible. La coopérative Park Slope Food Coop a pris le temps de grandir et d’évoluer avec le quartier. Dans les années 1970, c’est la fibre sociale qui a été le moteur de cette initiative car Brooklyn était un quartier très populaire.

Depuis quelques années, Brooklyn est sujet à une gentrification croissante et héberge une population plus exigeante et très attentive à sa santé et à son alimentation. Une demande qui tombe à pic pour Park Slope Food Coop, qui propose plus de 90 % de produits organiques (équivalent au bio en France).

Lorsque c’est possible, l’approvisionnement est local. Deux fermes de tailles importantes de l’état de New-York alimentent Park Slope Food Coop. Les livraisons sont nombreuses. En moyenne, la rotation des produits est 14 fois plus importante que dans d’autres supermarchés car la capacité de stockage est limitée.

Le supermarché se soucie de son empreinte écologique (Crédit : M.Rouvière)
Le supermarché se soucie de son empreinte écologique (Crédit : M.Rouvière)
Écologie et déchets

Le supermarché se soucie également de son empreinte écologique, et particulièrement de la gestion des déchets. Ceux qui sont encore consommables sont donnés à des soupes populaires puis distribués aux plus nécessiteux. Le reste est valorisé en compost. La dimension sociale du lieu ne s'arrête pas là. Park Slope Food Coop regroupe également une crèche pour garder les enfants et des espaces de vie intergénérationnels.​

Des initiatives similaires émergent dans d’autres grandes villes européennes comme à Londres, Paris, et Toulouse. Dans la capitale française, La Louve tient des permanences hebdomadaires pour sensibiliser et informer les habitants sur cette nouvelle manière de s’approvisionner. Le bail a été signé début juin pour un local de 1 500 m2 vers la porte de Clignancourt, au 116, rue des Poissonniers. Les travaux ont commencé et l’ouverture est prévue pour le début de l’année 2016. À la fin du premier semestre 2015, environ 1 300 personnes sont engagées et l’objectif serait d’atteindre 1 800 personnes pour atteindre un équilibre et assurer 6 jours sur 7.

Spécificités locales

Comme à Park Slope Food Coop, le principe est de construire un supermarché coopératif qui propose des produits de qualité à moindre coût. Tous les clients du supermarché doivent être souscripteurs de la société coopérative et donner un peu de leurs temps pour travailler dans l’établissement. L’équipe de la Louve échange très régulièrement avec Park Slope Food Coop, notamment sur les règles de fonctionnement, mais différents groupes de travail adaptent le projet parisien à toutes les spécificités locales.

(Crédit : La Louve)
(Crédit : La Louve)
Pour le montage économique, un apport de fonds propres d’environ 150 000 euros et une levée de fonds d’environ 1 200 000 euros a été nécessaire : 800 000 euros grâce aux programmes Initiative Entreprise et Investissement Avenir, et 400 000 euros des banques, Caisse d’Épargne et Crédit Coopératif. 

Des aides publiques de la Région (emplois tremplins) et le Prix de l’Économie Sociale et Solidaire de la Mairie de Paris sont déjà venus salués cette initiative. Par différents leviers, les pouvoirs publics ont un rôle très important à jouer pour soutenir l’émergence de ces nouveaux modes de consommations, toujours à l’initiative de citoyens engagés.

Marine Sophie Gimaret et Mickaël Rouvière


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