Pour la cinquième année consécutive, le changement climatique reste le risque numéro 1 identifié par les experts interrogés par AXA et Ipsos bva dans leur Future Risks Report 2025. Mais l’écart se resserre. Derrière lui, trois menaces montent en puissance : l’instabilité géopolitique, la cybersécurité et l’intelligence artificielle.
Réalisée auprès de 3 595 experts et 23 000 citoyens dans 57 pays, cette douzième édition éclaire les grandes angoisses de notre temps et les leviers d’action pour y répondre.
Cette hiérarchie mouvante traduit un basculement des perceptions : “Le changement climatique demeure au sommet, mais d’autres sources d’anxiété gagnent du terrain”, note le rapport. À peine 55 % des experts placent encore le climat dans leur top 5, contre 63 % l’an dernier. Surtout, les inquiétudes portent davantage sur les effets immédiats – catastrophes naturelles, infrastructures détruites – que sur la transition à long terme. Ce paradoxe résume notre époque : la peur du présent l’emporte sur la préparation de l’avenir.
Polycrise mondiale et confiance ébranlée
Cette édition 2025 s’inscrit dans un contexte de fragmentation généralisée. Près de 95 % des experts (et 93 % du grand public) estiment que les risques se sont accrus ces dernières années, et 83 % jugent le monde plus vulnérable qu’en 2020.
Cette perception va de pair avec une crise de confiance : seuls 19 % des experts et 16 % du grand public font “entièrement confiance” aux gouvernements pour gérer les crises à venir. Le sentiment d’impuissance collective grandit, tandis que la croyance en la coopération internationale s’effrite. Pourtant, 68 % des experts reconnaissent que “les décisions contre les risques sont plus efficaces lorsqu’elles sont prises à l’échelle mondiale”.
Les dix risques de demain selon le Future Risks Report
Le Top 10 mondial des risques futurs selon les experts en 2025 se lit comme une radiographie de la polycrise actuelle :
- Changement climatique
- Instabilité géopolitique
- Cybersécurité
- Intelligence artificielle et big data
- Tensions et mouvements sociaux
- Ressources naturelles et biodiversité
- Risques macroéconomiques
- Risques énergétiques
- Instabilité financière
- Changements démographiques
Cette année, deux nouveaux venus s’invitent dans le classement : les risques macroéconomiques et les risques démographiques. Leur progression reflète l’inquiétude face au vieillissement des populations et aux tensions sur les finances publiques. “La part des plus de 60 ans dans la population mondiale devrait presque doubler d’ici 2050”, rappelle le rapport, citant l’OMS.
IA, cybersécurité… les nouveaux foyers d’inquiétude
Les risques technologiques se hissent dans le peloton de tête. La cybersécurité, en troisième position, traduit la multiplication des cyberattaques et des manipulations informationnelles dans un contexte géopolitique explosif. Les experts voient dans l’IA et le big data un risque émergent “à un rythme sans précédent”.
En 2024 déjà, ces thèmes pointaient en 4e position ; cette année, plus de 54 % des experts jugent que “les risques éthiques liés à la technologie émergent rapidement”. Les inquiétudes portent autant sur la perte de contrôle des systèmes autonomes que sur les biais et dérives d’un monde de données toujours plus concentré.
Une instabilité géopolitique record
Jamais depuis 1945, le monde n’avait connu autant de conflits armés simultanés, selon l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo. L’instabilité géopolitique, deuxième du classement, est désormais perçue comme un risque global, interconnecté avec les autres : énergie, climat, économie, cyberespace.
“Les hostilités s’intensifient, sont profondément enracinées et de plus en plus interconnectées”, souligne le Future Risks Report d’AXA. 84 % des experts estiment qu’il existe un risque important de guerre mondiale. Les plus de 65 ans, mais aussi les hommes, se montrent les plus inquiets.
La montée des tensions commerciales et des droits de douane explique aussi la réapparition des risques macroéconomiques dans le top 10. Les chaînes d’approvisionnement se fragilisent, les politiques industrielles se durcissent : un cocktail qui alimente les fractures mondiales.
Tensions sociales et fragmentation démocratique
Autre signal fort : les tensions sociales complètent le top 5. Dans un monde polarisé, marqué par la désinformation et la défiance envers les institutions, la cohésion sociale se délite. 74 % des experts et 59 % du grand public estiment que leur pays traverse un “clivage profond et inquiétant”.
La jeunesse, plus désabusée, n’échappe pas à ce constat : les moins de 25 ans sont deux fois plus nombreux que les plus de 65 ans à se dire prêts à “sacrifier la démocratie pour des décisions plus efficaces”. Une fracture générationnelle qui s’ajoute aux divisions économiques et culturelles.
“La fragmentation sociale exacerbe tous les autres risques”, alerte le rapport. C’est le fil rouge de cette édition : la polycrise n’est pas seulement environnementale ou géopolitique, elle est aussi sociétale.
Des risques en réseau
Ces dix risques ne sont pas isolés ; ils s’entrelacent. Le changement climatique accentue les tensions sur les ressources, qui nourrissent à leur tour les conflits et les migrations. L’IA bouleverse l’emploi et les équilibres sociaux, tandis que les chocs économiques renforcent la défiance politique.
L’enquête souligne cette intrication : pour la première fois, AXA parle d’un “monde fragmenté” où chaque crise amplifie les autres. D’où la nécessité d’une vision systémique : “L’avenir ne doit pas être un risque, mais une voie résiliente et innovante vers un progrès collectif”, plaide Françoise Gilles, directrice des risques du Groupe AXA.
Démographie et énergie : les nouvelles variables
En queue de classement, deux tendances lourdes apparaissent. D’abord la pression démographique, qui renvoie autant au vieillissement des sociétés qu’à la baisse de natalité. Ce déséquilibre pèse déjà sur les systèmes de santé et de retraite, notamment en Europe et en Asie.
Ensuite, les risques énergétiques, en 8e position, traduisent la crainte d’un monde en transition trop lente : dépendance persistante aux fossiles, instabilité des marchés, vulnérabilité des réseaux. Autant de leviers d’instabilité économique et politique.
Un appel à la coopération
Au-delà du diagnostic, le rapport délivre un message d’action. “Les défis mondiaux exigent de mieux structurer la coopération internationale”, écrit Thomas Buberl, PDG d’AXA. Le secteur privé, les scientifiques et les États doivent conjuguer leurs efforts : 86 % des experts croient que “les risques les plus préoccupants pourraient être en partie évités par des mesures de prévention”.
Mais la prévention ne suffira pas sans vision collective. Le monde de 2025, observe AXA, “n’a jamais été aussi fragmenté”. Pour y faire face, il faut du leadership, de l’innovation et surtout, de la confiance. Trois ressources aussi précieuses que rares – et peut-être les véritables défis du futur.
Lire l’étude en intégralité (PDF à télécharger) : https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2025-10/axa-future-risks-report-2025-rapport-complet.pdf