Planetary Health Diet : le régime alimentaire qui réconcilie santé humaine et planétaire

Davantage de légumes dans l'assiette, un peu moins de viande… un régime plus sain pour la santé… et plus doux pour la planète. - © Hihitetlin / stock.adobe.com

Publié le par Florence Santrot

Chaque repas compte. Ce que nous mettons dans nos assiettes ne se résume pas à une simple question de goût ou d’habitude : c’est aussi un choix de société, un acte politique, parfois un engagement. L’alimentation, longtemps perçue comme un plaisir ou une affaire de santé individuelle, s’impose désormais comme l’un des leviers majeurs de la transition écologique. Et les chiffres donnent le vertige : selon le dernier rapport de la commission scientifique EAT-Lancet, dévoilé le 2 octobre 2025, adopter une Planetary Health Diet – littéralement un régime de “santé planétaire” – permettrait d’éviter 11 millions de décès prématurés par an, soit près de 40 000 par jour.

En parallèle, une telle évolution diviserait par deux les émissions de gaz à effet de serre du système alimentaire mondial, l’un des plus polluants qui soient. Autrement dit : bien manger, c’est aussi une manière de mieux vivre collectivement. Derrière ces chiffres se cache une question essentielle : comment nourrir mieux, sans nuire davantage ?

Une diète à l’équilibre entre l’humain et le vivant

Le Planetary Health Diet – Alimentation Planète Santé – n’est pas une lubie de nutritionnistes. C’est le fruit d’un travail titanesque mené par 70 scientifiques issus de 35 pays et publié dans The Lancet, l’une des revues médicales les plus respectées au monde. Parmi eux, le climatologue Johan Rockström, directeur de l’Institut de Potsdam, et le professeur Walter Willett de la Harvard School of Public Health. Leur objectif : nourrir 10 milliards d’humains d’ici 2050 sans épuiser la planète.

Leur réponse est claire : notre régime doit être à la fois plus végétal, plus varié et plus sobre. Une approche souple, qui respecte les cultures, les traditions culinaires et la convivialité. Ce que le rapport prône, c’est une alimentation “flexitarienne”, c’est-à-dire fondée sur le végétal, mais ouverte à une consommation modérée de produits animaux.

Une assiette à moitié verte

Le Planetary Health Diet n’est pas un dogme mais une boussole. Il propose un cadre alimentaire mondial fondé sur la science, adaptable selon les cultures et les goûts. Le principe ? Une moitié d’assiette composée de fruits et légumes, et l’autre moitié de céréales complètes, de légumineuses, de noix, de graines et d’un peu de protéines animales. L’objectif est clair : doubler la consommation de végétaux (fruits, légumes, légumineuses, noix) et diviser par deux celle de viande rouge et de sucres ajoutés.

Les proportions proposées, calculées pour un apport d’environ 2 500 kcal par jour, servent de repère :

  • 1 portion de viande rouge par semaine (soit 14 g/jour en moyenne) ;
  • 2 portions de poisson ;
  • 2 portions de volaille ;
  • 3 à 4 œufs ;
  • des produits laitiers en quantité modérée ;
  • et un apport quotidien de légumineuses et de noix.

Des bénéfices santé et environnementaux démontrés

Les chercheurs ont pu mesurer l’effet de ce régime sur la santé publique mondiale. Résultat : une réduction moyenne de 30 % du risque de décès prématuré, et des baisses significatives du diabète de type 2, des maladies cardiovasculaires et de certains cancers. Autrement dit, ce que nous gagnons en espérance de vie, nous le gagnons aussi en qualité de vie.

Et le bénéfice ne s’arrête pas à nos corps : les impacts sur l’environnement sont tout aussi spectaculaires. “L’alimentation est le levier le plus puissant pour améliorer à la fois la santé humaine et celle de la planète”, rappelle la commission EAT-Lancet. La production alimentaire est devenue le premier facteur de dégradation environnementale : elle occupe 40 % des terres émergées, consomme 70 % de l’eau douce et génère 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. “Aucun levier n’est plus puissant que l’alimentation pour optimiser la santé humaine et la durabilité environnementale”, résume Johan Rockström.

Un équilibre mondial, des solutions locales

Mais ce régime ne se déploiera pas partout de la même manière. Les chercheurs insistent sur la nécessité d’un équilibre géographiquement différencié, mais écologiquement cohérent : manger moins là où l’on consomme trop, et mieux là où l’on manque. Dans les pays riches, comme la France, l’enjeu principal reste la surconsommation de produits animaux et ultra-transformés – un déséquilibre frappant quand on sait qu’en Amérique du Nord, on mange en moyenne sept fois plus de viande rouge que les recommandations, et cinq fois plus en Europe. À l’inverse, dans certaines régions d’Afrique ou d’Asie du Sud, l’apport en protéines demeure insuffisant.

Les 30 % les plus riches de la population mondiale génèrent plus de 70 % des dommages environnementaux liés à l’alimentation.

Le Planetary Health Diet ne cherche donc pas à uniformiser les assiettes du monde, mais à tracer une grille d’équilibre adaptable. En Afrique subsaharienne, une légère hausse de la consommation de protéines animales (œufs, poulet, produits laitiers) pourrait même améliorer la santé publique. Tandis qu’en Occident, la priorité est de réduire ces mêmes apports, tout en augmentant la part des végétaux et en divisant par deux le gaspillage alimentaire – soit près d’un tiers de la nourriture produite chaque année, 931 millions de tonnes jetées dans le monde. Repenser nos régimes, c’est donc aussi repenser notre rapport au gaspillage, à la saisonnalité et à la justice alimentaire.

La France sur la bonne trajectoire

En France, les habitudes alimentaires évoluent lentement mais sûrement. La consommation de viande a reculé de 12 % en dix ans (“étude FranceAgriMer, 2024), tandis que les ventes de légumineuses ont bondi de 50 % (Interfel / Xerfi, 2023). Le végétarisme reste marginal (2,5 % de la population), mais les flexitariens représentent désormais près d’un Français sur deux (46 à 48 % se déclarent flexitariens). Dans les cantines scolaires, la loi Egalim impose un menu végétarien par semaine — une mesure expérimentée avec succès à Lyon, Grenoble ou Montpellier par exemple. Ces initiatives, encore isolées, montrent pourtant qu’un autre modèle culinaire est possible, sans renoncer au plaisir ni aux traditions.

Côté coûts, les régimes “sains” coûtent en moyenne +60 % de plus que les régimes de base mondiaux, mais ce différentiel diminue fortement dans les pays industrialisés si la part de viande baisse.

Transformer le système alimentaire

Changer d’assiette ne suffit pas : c’est tout le système qu’il faut revoir. La commission EAT-Lancet appelle à :

  • réorienter les politiques agricoles vers la qualité plutôt que la quantité ;
  • réduire les engrais et pesticides ;
  • protéger les océans et les forêts ;
  • relocaliser certaines productions ;
  • et mieux rémunérer les travailleurs du secteur alimentaire.

Un changement systémique, certes ambitieux, mais soutenu par des données solides. D’après les chercheurs, les investissements nécessaires (200 à 500 milliards de dollars par an) permettraient d’économiser jusqu’à 5 000 milliards de dollars de coûts sanitaires et environnementaux chaque année.

Dans votre assiette

Curry de pois chiches à la patate douce et aux épinards

Curry de légumes avec riz, citron vert et coriandre servi dans des bols en bois
© vaaseenaa / stock.adobe.com

Pour 4 personnes

Ingrédients : 2 patates douces, 1 boîte de pois chiches, 200 g d’épinards frais, 1 oignon, 1 gousse d’ail, 1 c. à s. de pâte de curry, 200 ml de lait de coco.

Préparation : Faites revenir l’oignon et l’ail dans un peu d’huile, ajoutez la pâte de curry, puis les patates douces en cubes. Versez le lait de coco, laissez mijoter 15 minutes, puis ajoutez les pois chiches et les épinards. Servez avec du riz complet.

Bon pour soi : riche en fibres et en protéines végétales, rassasiant sans alourdir.

Bon pour la planète : un plat 100 % végétarien à faible empreinte carbone.

Le rôle des politiques publiques

Aussi vertueux soit-il, ce changement ne repose pas uniquement sur la bonne volonté des individus. Les experts de la commission EAT-Lancet recommandent de réorienter les politiques fiscales : taxer davantage les produits à forte empreinte carbone et rendre les aliments sains plus accessibles.

Ils préconisent aussi d’encadrer la publicité pour les aliments ultra-transformés, de soutenir la restauration collective dans cette transition, et d’aider les producteurs à se tourner vers des cultures plus résilientes.

Certaines initiatives émergent déjà : menus végétariens hebdomadaires dans les cantines, labels de durabilité, restauration collective en circuits courts… Autant de signaux faibles d’un mouvement plus large.

Une nouvelle culture alimentaire et des bienfaits déjà mesurables

Changer de régime, c’est aussi changer de culture. Apprendre à cuisiner autrement, à redécouvrir les légumineuses, à varier les céréales, à retrouver le goût du simple et du vrai. Et surtout, à replacer le repas au centre de la convivialité. Comme le rappellent les chercheurs, le partage et la lenteur sont aussi des ingrédients de santé. Manger ensemble, prendre le temps, savourer – des gestes qui nourrissent autant le corps que le lien social.

Des études récentes montrent qu’une plus grande adhésion au Planetary Health Diet est associée à une réduction de 30 % du risque de décès prématuré et à une meilleure prévention des maladies cardiovasculaires, du diabète et de certains cancers. Les bénéfices se mesurent aussi dans les sols, les forêts, les mers : une telle transition permettrait de réduire les émissions agricoles de méthane et d’oxyde nitreux, de limiter la déforestation et de restaurer la biodiversité.

Les scientifiques sont formels : les données sont désormais suffisantes et solides pour justifier une action immédiate. Retarder le changement, c’est accroître les risques de crises sanitaires, alimentaires et climatiques. L’EAT-Lancet parle de Grande Transformation Alimentaire : un mouvement global, multisectoriel et citoyen. Car la solution ne viendra pas uniquement des gouvernements ni des entreprises – elle viendra aussi de nos cuisines, de nos marchés, de nos choix quotidiens.

Dans votre assiette

Salade tiède de lentilles vertes, carottes rôties et noisettes

Salade de lentilles avec carottes rôties, oignons rouges, herbes fraîches et fromage émietté
© annapustynnikova / stock.adobe.com

Pour 2 personnes

Ingrédients : 120 g de lentilles vertes du Puy, 3 carottes, 1 oignon rouge, 1 c. à soupe d’huile de colza ou de noix, 1 c. à café de miel, 1 poignée de noisettes concassées, herbes fraîches (persil, coriandre, ciboulette), 1 filet de jus de citron.

Préparation : Faites cuire les lentilles 20 minutes dans l’eau bouillante non salée. Coupez les carottes en bâtonnets, arrosez-les d’huile et de miel, enfournez 25 min à 190 °C. Mélangez lentilles, carottes rôties et oignon rouge émincé. Ajoutez le citron, les herbes et les noisettes.

Bon pour soi : fibres, fer et antioxydants.

Bon pour la planète : légumineuses locales et cuisson douce.

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Ce n'est pas toujours simple d'ingérer suffisamment de protéines en étant végétarienne. Il faut que je me renseigne davantage sur les sources de protéine et de fer hors viande/poisson.

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