Elle a tout pour elle : une tête bien pleine dans une tête bien faite, une étoile pour son Datil de la rue des Gravilliers à Paris, une jeune équipe au taquet qui la suit au quart de tour avec un enthousiasme non feint et des clients en abondance qui viennent chez elle quérir une performance. Elle contrôle son image avec une précision extrême et n’offre que le fin du fin à ses hôtes, au gré des saisons et des arrivages en direct de ses amis producteurs, tous bios, éthiques et écoresponsables, dont elle connaît chaque visage, chaque manie, chaque tic de langage, chaque rite, chaque habitude.
Un repas chez Manon Fleury est plus qu’un simple déjeuner ou dîner, c’est une expérience, un itinéraire et un voyage, à l’instar de ce qui se passe souvent dans la cuisine moderne, avec ses us et ses rites, son petit livret qu’on vous glisse en confidence et qui évoque lointainement ce qui va suivre.
Entre escrime, hypokhâgne et cuisine, son coeur balance
Évoquant la nourriture souvent avec humour ou distance, des oeuvres de peintres ou photographes amis (comme l’exquise Pauline Gouablin, dont les images illustrent cet article, à découvrir sur notre liseuse électronique) jouxtent des textes de Roland Barthes (sur la fonction didactique de la baguette) et de Marguerite Yourcenar (sur l’art de manger un fruit). Manon n’est pas une ancienne khâgneuse pour rien. Cette Bourguignonne, native de Dijon, élevée dans l’Yonne, fille de fonctionnaires au ministère de l’Économie et des Finances, aurait pu poursuivre sa brillante carrière sportive. Elle fut championne d’escrime junior à 17 ans – c’était en 2008 –, puis vice-championne par équipes l’année suivante. Suivra hypokhâgne à Paris avant que l’amour des bonnes choses, influencé par sa grand-mère qui cuisinait avec délice, la mène vers les écoles Médéric et Ferrandi.