À Grenoble (Isère), le GAC (Grenoble Alpes Collectif) a choisi un processus original pour constituer sa liste de 59 noms aux municipales de 2026 : le plébiscite citoyen. Les cinquante personnes les plus soutenues se retrouveront ensuite pendant deux week-ends de discussions pour finaliser la liste et désigner sa tête de liste par un autre procédé singulier : l’élection sans candidat. Ce processus consiste d’abord à définir collectivement les qualités attendues d’un futur maire, avant d’identifier la personne qui incarne le mieux ces critères.
“Nous voulons faire émerger des profils différents, des personnes qui ne seraient pas venus dans le collectif. Il n’y a pas besoin de compétences particulières : tout le monde peut être élu”, affirme Thomas Simon, cofondateur et porte-parole du GAC. Les Grenoblois ont donc jusqu’au 15 novembre pour proposer et voter pour leurs candidats sur une plateforme dédiée.
Un mouvement municipaliste en essor
Cette mouvance en faveur d’une gouvernance citoyenne locale s’inscrit dans un mouvement plus large. Selon la coopérative Fréquence Commune, plus de 300 listes citoyennes sont déjà en préparation pour les municipales de 2026. Loin d’un épiphénomène, ce courant dit “municipaliste” réinvente la démocratie locale, avec une variété d’outils pour inclure les habitants dans le processus décisionnel. Inspiré du penseur libertaire Murray Bookchin, le municipalisme défend l’idée que “la commune doit devenir un outil de transformation sociale, fondée sur les initiatives locales et le partage du pouvoir”, résume Thomas Simon.
Avant de se lancer, les membres du GAC ont mené, pendant un an, une analyse du mandat écoulé à Grenoble : lectures d’articles, entretiens avec des acteurs du terrain, rencontres avec l’équipe municipale sortante. Si le bilan écologique leur a paru positif, ils ont jugé la dimension sociale et la participation citoyenne insuffisantes. Au printemps 2024, le GAC a décidé de lancer sa propre liste citoyenne pour 2026, avec l’écologie, la démocratie et la solidarité comme valeurs boussoles.
Une assemblée citoyenne pour décider du budget
Depuis le printemps 2025, le collectif co-construit les mesures de son programme par petits groupes de travail et par thématique (démocratie directe, santé, alimentation, économie locale, ESS…), en concertation avec des acteurs associatifs de terrain. Ces propositions sont ensuite présentées deux fois par mois en réunion plénière, débattues, validées ou écartées.
Leur projet phare : un budget 100 % citoyen. “À force de travailler avec des communes participatives, on s’est rendu compte que le budget est déterminant. Tout se joue au début du mandat pour orienter les investissements”, explique Thomas Simon.
De l’expérimentation à la campagne électorale
Si la liste est élue, le GAC s’engage donc à mettre en place une assemblée citoyenne de 350 Grenoblois tirés au sort, accompagnés d’élus, d’agents municipaux, d’experts et de chercheurs chargés de définir, collectivement, les priorités budgétaires. Quelles écoles et logements rénover ? Quelles pistes cyclables construire ? Quelle politique culturelle ?…. “Les propositions budgétaires seront ensuite soumises aux Grenoblois par un ‘préférendum’, afin de sortir de la logique binaire d’un référendum et de dégager un consensus”, poursuit le porte-parole du GAC.
Les prochaines étapes du collectif ? Clôturer le plébiscite mi-novembre pour arrêter la liste définitive et désigner la tête de liste. Puis viendra le temps de la campagne électorale. “Ce qui est compliqué, localement, c’est un certain mépris de la part des partis politiques. C’est en train de changer, mais ça prend du temps de construire une crédibilité”, observe Thomas Simon. En attendant, chaque jeudi soir, le local du GAC continue d’accueillir de nouveaux venus – dans l’espoir de prouver qu’une autre manière de faire de la politique locale est possible : plus lente, plus collective, mais peut-être plus durable.