Municipales 2026 : les listes citoyennes, simple effet de mode ou vrai mouvement de fond ?

La démocratie locale se réinvente, loin des appareils partisans. - © kasto / stock.adobe.com

Publié le par Sidonie Sigrist

Chaque semaine, la presse quotidienne régionale relaie la constitution de collectifs citoyens en vue des municipales de mars 2026. Ouest-France rapporte la préparation d’une liste citoyenne à Mûrs-Érigné, La Provence relate la constitution d’un collectif à Tour-d’Aigues, Actu.fr a discuté avec des membres de Démocratie courtoise, une liste citoyenne candidate à Chesnay-Rocquencourt… ces initiatives locales témoignent d’un mouvement toujours plus structuré.

Cet élan citoyen est loin de représenter un épiphénomène d’après Elisabeth Dau, cofondatrice de Fréquence Commune, une coopérative créée en 2020 pour soutenir et accompagner cet élan citoyen pour une démocratie directe. Selon Fréquence Commune, la dynamique semble repartir à la hausse. “En 2014, il y avait dix listes participatives recensées avec des expériences pionnières comme Saillans qui avait remporté la mairie. En 2020, entre 600 et 800 listes ont été recensées, c’était une surprise. Aujourd’hui, nous comptabilisons 308 collectifs déjà engagés dans la préparation d’une liste, contre 131 à la même période en 2019.

Des collectifs citoyens plus jeunes, plus féminisés

Il y a cinq ans, les collectifs citoyens étaient animés par la volonté de porter des ambitions de transformation écologiques, sociales et démocratiques. Cinq ans plus tard, le contexte politique a profondément changé. “Il y a l’urgence de répondre aux préoccupations sociales d’une part et la notion de résistance face à la montée de l’extrême droite. La dissolution de l’Assemblée nationale a eu un effet moteur dans la réorganisation locale”, explique Elisabeth Dau.

En 2020, ces listes s’étaient distinguées dans leur composition : plus jeunes, plus féminisées, composées de personnes non issues des partis politiques, elles ont fait émerger de nouveaux profils. Mais la sociologie du mouvement avait aussi montré certaines limites. Selon le rapport de Fréquence commune, 42 % des candidat·es étaient cadres, contre 19 % dans la population française. “L’un des enjeux de ce scrutin est la diversification socio-économique des listes”, souligne Elisabeth Dau.

Tirage au sort, profil de poste pour intégrer les listes… la démocratie participative se réinvente

Plusieurs outils sont expérimentés : tirage au sort sur le cadastre, porte-à-porte pour inciter les habitants à s’engager, ou encore élections sans candidat où les qualités attendues sont listées avant la désignation des volontaires.

Laboratoires de la démocratie participative, ces collectifs cherchent à réinventer la pratique du pouvoir en le partageant avec la co-construction des programmes avec les habitants, la création de conseils citoyens permanents ou encore la rotation des responsabilités. Cette démocratie locale teste de nouvelles formes d’engagement.

Un “kit” pour aider les listes citoyennes

L’autre nouveauté de ce scrutin c’est aussi la structuration du réseau des listes citoyennes. “On est davantage organisés, analyse Elisabeth Dau. Les collectifs peuvent compter sur le réseau Actions Communes, la coopérative, une carte interactive, le rapport et de nombreux outils pour les accompagner tout au long de leur constitution ou de la définition de leur programme.” Pas question de décliner un programme clé en main, mais bien d’assister les collectifs en fonction des problématiques de leurs habitants et des spécificités de leur territoire.

Aujourd’hui, il y a une émulation, les listes se soutiennent, se suivent, s’inspirent les unes des autres”, s’enthousiasme la cofondatrice de Fréquence Commune. Et d’ajouter : “D'ailleurs, il est encore temps de lancer une liste citoyenne avant la fin de l’année, notamment pour les communes de moins de 10 000 habitants !” Reste à voir si cet élan citoyen se traduira, en mars 2026, par de nouvelles victoires locales capables de peser durablement sur le paysage politique.

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