L’association e-Enfance, dans son baromètre 2025, alerte : 37 % des jeunes de 6 à 18 ans déclarent avoir été victimes de harcèlement ou de cyberharcèlement. Ce chiffre, en hausse de 11 points en un an, résonne encore plus fortement alors que la Journée nationale de lutte contre le harcèlement à l’école a lieu ce jeudi 6 novembre 2025. L’étude révèle, en outre, que 71 % des cas surviennent au sein même des établissements scolaires, et 25 % des victimes ont déjà pensé à se faire du mal ou au suicide, un taux qui grimpe à 39 % chez les jeunes filles.
Le cyberharcèlement, quant à lui, se concentre notamment sur l’application WhatsApp (41 % des cas), souvent dans des groupes de classe. Ces données, issues d’une enquête menée auprès de 3 204 répondants, soulignent l’urgence d’une mobilisation collective. Et la nécessité de trouver des outils de lutte efficaces.
Un phénomène qui commence tôt… et persiste
À partir de la primaire, dès 6 ans, des milliers d’enfants subissent violences verbales, moqueries, rumeurs, voire agressions physiques répétées. Cette souffrance précoce vient fragiliser leur confiance en eux-mêmes et en leur environnement, à un âge crucial pour leur construction identitaire. Le harcèlement scolaire ne diminue pas avec l’âge : 35 % des élèves en primaire sont touchés, 37 % au collège, et la proportion monte même à 40 % au lycée, révèle e-Enfance.
La cour de récréation, le couloir entre les classes, l’heure du déjeuner deviennent des lieux où la peur s’installe. Mais ce n’est pas tout. Le harcèlement trouve aussi un écho amplifié dans l’espace numérique. En effet, 65 % des élèves de primaire fréquentent les réseaux sociaux, malgré l’interdiction officielle d’y accéder avant 13 ans. Ils deviennent alors vulnérables au cyberharcèlement, une forme insidieuse, difficile à fuir et qui touche 18 % des jeunes au total, et jusqu’à 25 % des filles au lycée.
Pourquoi et comment le harcèlement se manifeste-t-il ?
Les motifs avancés par les victimes pointent souvent vers la jalousie, l’envie (24 %), mais aussi des différences physiques (20 %) ou de style vestimentaire (16 %), des signes inquiétants de discrimination. Les garçons sont plus souvent auteurs de harcèlement (63 % des cas), tandis que les filles subissent des conséquences plus lourdes en termes de santé mentale.
Le harcèlement n’est pas qu’une histoire entre deux élèves. Souvent, c’est un phénomène collectif : 45 % des auteurs agissent sous pression du groupe, et 19 % reconnaissent avoir harcelé par “effet de groupe”. Cette complicité d’un cercle social renforce la dynamique et rend la sortie de ce cercle vicieux encore plus difficile.
Le harcèlement et ses conséquences : une blessure invisible mais profonde
Les chiffres sont glaçants quand on regarde l’impact réel sur la santé mentale. Près d’un quart des victimes souffre d’une détresse extrême : insomnies, anxiété, perte de confiance — 50 % perdent confiance en eux, 42 % souffrent d’angoisses, 39 % perdent la foi dans les adultes. Pire encore, 25 % des victimes ont eu des pensées suicidaires, un chiffre qui atteint 39 % chez les filles.
Cette souffrance se prolonge parfois longtemps après les faits, marquant durablement l’identité des jeunes et leur relation à l’école comme à leur entourage. Trop souvent, les victimes vivent dans la crainte permanente d’être à nouveau harcelées.
Une responsabilité collective pour rompre ce cycle
La Journée nationale de lutte contre le harcèlement à l’école, qui se tient chaque année début novembre, est une étape essentielle pour mobiliser tous les acteurs : élèves, enseignants, parents, mais aussi institutions. Le ministère de l’Éducation nationale met en œuvre le programme Phare qui structure cette lutte autour de cinq piliers : éduquer, former, intervenir, associer les parents, mobiliser les instances scolaires. Mis en place depuis 2021, il a été généralisé aux écoles et collèges à la rentrée 2022.
Des outils concrets existent pour aider les écoles à prévenir et à réagir efficacement : enquêtes annuelles sur le harcèlement, formations, dispositifs d’écoute, plateforme en ligne “Non au harcèlement” pour les familles. Il s’agit d’un parcours d’autoformation qui s’adresse aux parents qui souhaitent mieux comprendre le phénomène de harcèlement entre élèves et savoir comment agir avec l’école pour résoudre ces situations.
Le rôle des parents et du numérique, WhatsApp pointé du doigt
L’étude met aussi en lumière une fracture numérique majeure : plus de la moitié des parents d’élèves en primaire ignorent ce que leurs enfants font en ligne, et cette proportion ne cesse d’augmenter avec l’âge des enfants. Pourtant, 64 % des parents ont conscience des risques que leurs enfants encourent sur internet.
Les réseaux sociaux sont un terrain fertile pour le harcèlement, notamment via WhatsApp (groupe Meta) et ses groupes de classe où se déroulent 41 % des cas de cyberharcèlement. Il devient urgent que les parents, tout comme les écoles, se saisissent de ces outils pour mieux encadrer et protéger les jeunes.
Agir pour un changement durable
Le harcèlement scolaire n’est pas une fatalité. Plus que jamais, la prise de conscience collective doit se traduire en actions quotidiennes. Sensibiliser dès le plus jeune âge, encourager les témoignages, renforcer les dispositifs d’accompagnement psychologique (72 % des parents jugent utile l’inclure dans l’assurance scolaire) sont des pistes à favoriser.
Il faut aussi reconnaître que harceler cache souvent une souffrance chez l’auteur, qu’il faut comprendre pour mieux prévenir. La lutte contre ce phénomène complexe passe par une approche globale, impliquant toutes les composantes de la communauté éducative.