Planète

Avion moins cher que le train : une pétition européenne pour taxer le kérosène

Des jeunes Européens ont lancé une initiative citoyenne pour la mise en place d’une taxation du kérosène, de plus en plus demandée. Si un million de signatures sont réunies, la pétition sera examinée par la Commission.

Par Alice Pouyat I Publié le 4 Juin 2019


Une taxe européenne sur le kérosène des avions permettrait de baisser de 10 % les émissions de CO2, selon la Commission. (Crédit: Shutterstock).
Une taxe européenne sur le kérosène des avions permettrait de baisser de 10 % les émissions de CO2, selon la Commission. (Crédit: Shutterstock).
Cet été, vous pensiez voyager en train pour limiter votre bilan carbone... Avant de constater que l'avion se révélait bien moins cher que le rail pour vous rendre chez vos amis londoniens. Difficile de résister à l'appel de l'air dans ces conditions tarifaires. Un déséquilibre contre lequel s'élèvent de plus en plus de voix.

De jeunes Européens ont ainsi lancé mi-mai une initiative citoyenne pour instaurer une taxe sur le kérosène. "Une solution rapide, équitable et efficace face au changement climatique."

Cette taxation, interdite sur les vols internationaux depuis la convention internationale de Chicago en 1944, l'est aussi sur les vols intérieurs dans certains pays comme la France.
 
Un avantage fiscal aujourd'hui totalement obsolète, selon les auteurs de la pétition : "Le secteur de l’aviation est l’une des sources d’émissions de gaz à effet de serre à plus forte croissance", rappellent-ils. "Cette situation fausse la concurrence au détriment des trains fortement taxés."

De fait, si l'aviation ne représente que 2 à 3 % des émissions mondiales, ce pourcentage devrait doubler d'ici 2036 en même temps que le trafic aérien, selon les projections de l’Association du transport aérien international (IATA).

Une taxe kérosène dans la loi mobilités ?

Lundi, le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, a lui-même  annoncé que le gouvernement mènerait bataille pour mettre en place cette taxe au niveau de l'Union européenne. De leur côté, plusieurs députés écologistes, LFI, socialistes et LREM ont déposé des amendements à la Loi d'orientation des mobilités (LOM), débattue à l'Assemblée nationale depuis le 3 juin, afin de supprimer en France les petites lignes aériennes dont le trajet est réalisable rapidement en train. Une autre proposition, émise par le député LFI François Ruffin, est de taxer les billets d'avion et le kérosène.
 
À l'étranger, seule la Suède applique déjà cette taxe sur le carburant des avions. Avec succès. Les vols nationaux ont diminué de 10 % et un mouvement de flygskam ( "honte de prendre l’avion") prend de l'ampleur dans le pays. La Belgique ou les Pays-Bas sont aussi favorables à une telle taxe.

Baisse des émissions de CO2

Selon une étude commandée par la Commission européenne, révélée le 13 mai par Le Monde, la taxation du kérosène au niveau européen de 33 centimes par litre, aurait pour effet d'augmenter de 10 % le prix des billets d'avion, de réduire d'autant la demande et donc de 10 % les émissions de CO2. Soit, juste en France, l'équivalent du retrait de près d'un million de voitures de la circulation…

Une telle taxe permettrait en outre de récolter 27 milliards d’euros par an, sans impact négatif sur l’économie et l'emploi, contrairement à ce qu'avance l'industrie aéronautique, qui est déjà taxée par ailleurs, et qui redoute une concurrence accrue des compagnies non européennes.
 
Un argent qui permettrait par exemple de développer les lignes de trains dans des pays européens où elles sont parfois bien moins étendues qu'en France. Pour rappel, le train émet jusqu’à 40 fois moins de CO2 par km parcouru et par personne transportée, selon l'Ademe.

Poids des initiatives citoyennes

La pétition européenne a-t-elle une chance de changer la donne, ou du moins de faire pression sur les politiques ? Pour cela, il faudrait qu'elle réunisse au minimum 1 million de signatures d’au moins sept pays différents en un an. La Commission européenne serait alors dans l’obligation d’y répondre dans les trois mois. Elle pourrait alors notamment proposer aux législateurs de l' UE (Conseil des ministres et Parlement) un texte basé sur cette proposition.
 
Cela est déjà arrivé par le passé. La directive garantissant de l'eau potable pour tous les Européens avait ainsi été adoptée en 2013, après avoir réuni le soutien d'1,6 million de citoyens.













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