Daniel Cohen

Daniel Cohen : “On dirait que cette crise a été faite pour les GAFAM”

Daniel Cohen. Crédit : Albin Michel.

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Pour Daniel Cohen, professeur à l’école d’économie de Paris et directeur du département d’économie à l’École normale supérieure, cette crise de la Covid va accélérer la naissance d’un nouveau type de capitalisme mêlant démondialisation et triomphe du numérique. Une société du sans-contact qui nécessite une nouvelle protection sociale.

Ce grand entretien a été publié initialement dans le numéro 30 de WE DEMAIN (paru en mai 2020), en pleine période Covid. Le numéro est toujours disponible à l’achat mais aussi en lecture en ligne via notre liseuse pour les abonnés.

WE DEMAIN : Le monde traverse avec le coronavirus sa plus grave crise économique depuis des décennies. comment la qualifieriez-vous ? Quels pourraient être ses effets durables ?

Daniel Cohen : Au départ, elle est interprétée comme une crise de la mondialisation. Nous découvrons notre formidable dépendance à l’égard de la Chine pour des biens aussi vitaux que les médicaments et les masques. Nous sommes dans la continuation de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine et les assauts de Donald Trump contre les institutions qui gèrent le commerce international. D’ailleurs, selon les premières estimations de l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques] et du FMI [Fonds monétaire international] , cette crise allait ralentir le commerce et provoquer un début de démondialisation, mais avec des effets macroéconomiques limités. Début mars, l’OCDE tablait sur un ralentissement d’environ -0,5 et -1 % dans les scénarios les plus pessimistes !

Une deuxième interprétation de la crise est apparue quand les pays européens, à commencer par l’Italie, ont été touchés de l’intérieur dans leurs activités de proximité, de service, de face-à-face, les commerces, les restaurants, etc.

Ce sentiment s’est renforcé lorsque la crise et le confinement sont devenus planétaires, avec la moitié de l’humanité confinée. C’est la phase trois, avec des impacts macro économiques considérables : chaque mois de confinement fait perdre 30 à 40 % de la production. Sur l’année, selon le ministère des Finances, cela se traduira par une récession de 8 %. C’est énorme et c’est sans précédent pour une épidémie. Même la grippe espagnole de 1919, qui aurait fait jusqu’à 100 millions de morts dans le monde, n’a pas déclenché de krach boursier ! C’est la première fois qu’on arrête l’économie par anticipation, et ceux comme Boris Johnson qui ont été tentés par le laisser-faire – l’immunité collective – ont dû y renoncer parce qu’il était inacceptable politiquement d’avoir des centaines de milliers de morts.

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