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Et si les “super vers” étaient la solution pour recycler le plastique ?

Et si les vers de farine géants – ou super vers – nous aidaient dans le recyclage du plastique ? Une étude australienne est porteuse d’espoir en la matière.

Le 07/07/2022 par Florence Santrot
superworms
Ces "super vers" sont de grands amateurs de plystyrène. Photo : SirScience / Shutterstock.
Ces "super vers" sont de grands amateurs de plystyrène. Photo : SirScience / Shutterstock.

Le recyclage du plastique pourrait bien passer par eux. En anglais, on les appelle les superworms, ces “super vers” sont en réalité des larves des coléoptères Zophobas morio, que l’on appelle communément des vers de farine géants. Mesurant 5 à 6 centimètres de long, ils sont capables de consommer du polystyrène et même de survivre avec un régime de polystyrène seul, ont découvert des chercheurs de l’Université australienne du Queensland.

Le polystyrène est une forme de plastique très commune, que l’on retrouve aussi bien sous forme expansée, pour les emballages par exemple, que sous forme plus dense pour certains élements de stylos à bille, les couverts jetables ou encore les boîtiers de CD. Ce type de plastique et non seulement polluant à la fabrication mais il est également compliqué à recycler. Résultat : on le retrouve souvent dans les décharges sauvages, dans la nature et… fatalement dans les océans.

3 semaines au régime polystyrène

Début juin, l’équipe du professeur Christian Rinke, de l’université du Queensland a publié les résultats de son étude dans le journal Microbial Genomics. “Dans cette étude, nous avons évalué les changements dans le microbiome intestinal des supervers (Zophobas morio) en les nourrissant soit avec du son, soit avec du polystyrène, soit en les affamant pendant une période de 3 semaines. Nous avons confirmé que les super vers pouvaient survivre avec un régime de polystyrène seul, et même prendre un peu de poids – par rapport à un groupe témoin soumis à la famine – ce qui suggère que les vers peuvent gagner de l’énergie en mangeant du polystyrène”, peut-on lire dans le résumé de l’étude.

Ce régime n’a pas empêché leur développement naturel : les larves de ces insectes sont devenues des nymphes puis des coléoptères adultes. Néanmoins, l’étude a permis d’établir que la monodiète au polystyrène déclenchait une perte de diversité microbienne dans les intestins des larves. Et le développement d’agents pathogènes potentiels. Le régime leur permet donc de survivre mais non sans impact sur leur santé.

Des enzymes intestinales capables de digérer le plastique

Pour comprendre comment ces larves de vers géants de farine parvenait à digérer et tirer un peu d’énergie du polystyrène, les chercheurs australiens ont analysé leurs intestins. A l’aide de la métagénomique, un procédé méthodologique qui permet d’étudier le microbiome, ils ont trouvé quelles enzymes codées par les gènes étaient impliquées dans la dégradation du plastique.

Du polystyrène dans l'intestin d'une larve de super vers. Photo : The University of Queensland.
Du polystyrène dans l’intestin d’une larve de super vers. Photo : The University of Queensland.

Ils en ont également conclu que, pour utiliser les vers géants de farine à des fins de recyclage du plastique, il serait intéressant de ne pas leur imposer une monodiète mais de mixer le plastique avec des déchets alimentaires ou des bioproduits agricoles. “Cela pourrait être un moyen d’améliorer la santé des vers et de répondre à la problématique de la grande quantité de déchets alimentaires dans les pays occidentaux”, indique Christian Rinke.

Imiter les super vers pour recycler le plastique à grande échelle

Plutôt que de créer d’énormes fermes de super vers, l’étude suggère plutôt de créer des usines de recyclage qui imiteraient ce que font les larves. “Nous voulons supprimer les super vers de l’équation”, assure Christian Rinke. L’idée est donc de déchiqueter dans un premier temps le plastique puis de laisser agir des enzymes similaires à celles présentes dans le microbiome des larves. Possiblement même des enzymes encore plus efficaces, car améliorées par l’entremise de l’ingénierie enzymatique.

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