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Jessica Rose Buhl-Nielsen : “Les insectes peuvent nourrir l’humanité demain”

Rendre sexy l’alimentation à base d’insectes, tel est le défi que s’est fixée cette Danoise de 24 ans qui a lancé Hey Planet. Changearth Project est parti à sa rencontre à Copenhague.

Jessica Rose Buhl-Nielsen
Jessica Rose Buhl-Nielsen est la jeune cofondatrice de la start-up danoise Hey Planet. Photo : Astrid de Rengervé et Carla Dominique.
Jessica Rose Buhl-Nielsen est la jeune cofondatrice de la start-up danoise Hey Planet. Photo : Astrid de Rengervé et Carla Dominique.

À seulement 24 ans, et avec l’aide de sa co-fondatrice Malena, la Danoise Jessica Rose Buhl-Nielsen a créé une start-up innovante dans le domaine de l’alimentation durable. Hey Planet propose en effet des produits alimentaires à base d’insectes. Leur objectif ? Concevoir des produits qui soient bons, avec le meilleur apport nutritionnel possible et un faible impact environnemental. Portrait de cette jeune entrepreneuse qui, comme la Belge Adélaïde Charlier, fait bouger les lignes en s’engageant pour la planète.

Changearth Project est une série de portraits de jeunes engagés pour la transition écologique, partout en Europe. Co-créé par deux étudiantes, Astrid et Carla, ce projet vise à mettre en lumière ces jeunes qui se mobilisent en faveur du climat et de la biodiversité, et à inspirer les autres à faire de même. Tout au long de l’été, WE DEMAIN va publier une fois par semaine l’un de ces portraits engagés.

Il y a quelques années, elles ont démarré en testant des recettes à base d’insectes et de noix chez elles, dans leur cuisine. “On a cherché les combinaisons d’ingrédients qui fonctionnaient ensemble, puis on a sélectionné trois recettes parmi une centaine d’essais. On a ensuite continué de les développer, jusqu’à lancer notre propre marque en 2016”, explique Jessica. Aujourd’hui, Hey Planet compte quatre employés. Elles travaillent avec une ferme spécialisée aux Pays-Bas qui produit leurs barres de protéines et autres snacks à partir d’insectes. Après un long travail de recherche, de nombreux tests et discussions avec des chefs, elles viennent de lancer leur viande émincée à base d’insectes, dont les deux ingrédients principaux sont la protéine de pois et… le coléoptère.

Pourquoi manger des insectes ?

L’intérêt principal des insectes est qu’ils sont beaucoup moins nocifs pour la planète que d’autres produits d’origine animale comme la viande. “Si on prend l’exemple des coléoptères, ils prennent très peu de place car ils sont élevés dans un système d’étagères vertical. Ils sont nourris avec des restes de brasseries, donc cela permet aussi de combattre le problème du gaspillage alimentaire”, souligne Jessica.

D’après leur taux de conversion alimentaire (de l’anglais FCR, feed conversion ratio, un outil permettant de comprendre la durabilité d’un produit animal), avec 1,7 kilo de nourriture, on obtient 1 kilo d’insectes. Tandis que pour produire 1 kilo de bœuf, il faut 10 kilos de nourriture ; pour les cochons, 5 kilos et pour le poulet, 2,5 kilos. Il est donc plus efficace de produire des protéines à partir d’insectes. Un autre aspect important est l’eau dont on a besoin pour les élever. Produire 1 kilo de bœuf nécessite en moyenne 15 000 litres d’eau, tandis que, pour des insectes, on n’a besoin que de 2 à 5 litres. “Vu comme ça, on pourrait penser qu’il suffirait que tout le monde devienne vegan, mais c’est sans prendre en compte l’aspect nutritionnel”, précise-t-elle.

Une solution pour une alimentation durable

Pour mettre les choses en perspective, il n’est pas forcément plus durable de manger 5 kilos d’avocat qu’un poisson si on cherche à obtenir des Oméga 3. C’est tout le propos du Eat-Lancet Report, rédigé par les scientifiques les plus reconnus dans le domaine de l’alimentation durable et qui ont créé le Planetary Health Diet, un régime type qui vise à concilier les besoins nutritifs de chacun et la bonne santé de la planète. Il contient un peu de lait, un peu d’œufs, et un tout petit peu de viande. La part de produits d’origine animale est largement réduite par rapport à la moyenne de consommation actuelle mais on en conserve une partie, en raison de leur aspect nutritionnel.

Tout comme le bœuf et le porc, les insectes sont très intéressants en termes de nutrition : “Ils contiennent des protéines, de la vitamine B12 et du fer, qui peuvent être difficiles à obtenir dans le cadre d’une alimentation végétarienne”, explique Jessica. Si on s’interroge enfin sur le bien-être animal, l’élevage d’insectes est évidemment moins mauvais que celui des vaches. “Les coléoptères aiment la proximité, les espaces clos et sombres, même si c’est un peu différent pour d’autres insectes”, décrit la jeune entrepreneuse. Enfin, ces produits ne sont pas certifiés bios car la législation ne le permet pas encore, mais les insectes ne consomment aucun médicament au cours de leur élevage. En effet, contrairement aux cochons par exemple, les insectes ne sont pas susceptibles de transmettre des maladies aux humains via leur alimentation.

Des arancini à base d'insectes, une recette de Hey Planet. Photo : Hey Planet.
Des arancini à base d’insectes, une recette de Hey Planet. Photo : Hey Planet.

Économes en ressources et en eau et très nutritifs, les insectes sont-ils l’avenir de notre assiette ?

Lorsqu’on l’interroge sur la capacité des insectes à nourrir l’humanité, Jessica est optimiste. “Bien sûr, c’est difficile aujourd’hui d’imaginer cesser toute production de viande. Mais avec un régime porté principalement sur les végétaux et quelques sources alternatives de protéines, on peut fortement limiter notre consommation. Avec un peu de poulet, un peu de poisson et du porc de manière très occasionnelle, on obtient un régime bon pour la santé et pour la planète”. Quand aux insectes, ils sont relativement faciles et rapides à produire (même s’il nous faudra quelques années pour perfectionner leur production). En bref, “les insectes peuvent nourrir l’humanité demain” même si selon elle, il y a encore un changement culturel à opérer.

Au début de leur aventure, Malena et Jessica ne connaissaient aucun concurrent, mais aujourd’hui, de plus en plus de marques proposent des produits similaires, comme Jimini’s en France ou Eat grub au Royaume-Uni. En revanche, le goût n’est pas toujours au rendez-vous. Les deux jeunes femmes ont innové dans ce secteur grâce à leur viande émincée, qui possède de grandes qualités nutritionnelles, mais aussi l’aspect de la viande et un goût particulier. “Il s’agit toujours de viande, puisqu’on ne peut pas dire que manger des insectes c’est être végétarien, mais c’est une sorte de nouvelle catégorie de viande”

Leurs produits sont distribués chez Irma – un supermarché à Copenhague –, dans une vingtaine de magasins en Allemagne (dont Muji ou KaDeWe à Berlin). Ils sont aussi disponibles en ligne, et leur viande vient de faire son entrée à la carte d’un premier restaurant au Danemark. Elles essaient dorénavant de se concentrer sur cette viande et d’en faire un succès en restauration, pour ensuite l’introduire dans les supermarchés. 

Des produits à base d’insectes, un vrai défi marketing

Pour le moment, Jessica et Malena tentent de cibler les consommateurs qui veulent réduire l’impact environnemental de leur alimentation. “Techniquement, nos produits ne sont pas vegan, c’est pourquoi nous nous concentrons sur les pesco-végétariens ou flexitariens”. Leur stratégie a toujours été de présenter aux gens ce concept avec des snacks, car c’est moins effrayant de manger des insectes sous cette forme. Puis, d’introduire la viande, sans la mettre directement en rayon au supermarché. Elles la font donc goûter au restaurant, à des festivals et des boutiques éphémères, pour que les gens puissent essayer et en entendre parler. Dans l’espoir qu’ils aient ensuite envie de l’acheter.

La réglementation européenne ne facilite pas non plus leur activité. “Il existe une règle selon laquelle si un aliment n’a pas été mangé par suffisamment de personnes pendant plus de 25 ans, alors il faut demander une autorisation pour la commercialiser. Nous essayons de l’obtenir depuis des années.” Elles ne peuvent donc exporter leurs produits que dans les pays qui l’acceptent aujourd’hui, comme l’Allemagne. 

Le conseil que donnerait Jessica à quelqu’un qui souhaite lancer sa start-up engagée ? C’est d’être avant tout passionné par sa solution. “Il y a 5 ans, personne ne croyait aux insectes, et aujourd’hui, Hey Planet est né !”. Grâce à leur concept, les jeunes Danoises œuvrent pour une alimentation plus durable au Danemark et en Allemagne. Et on l’espère bientôt dans de nombreux pays. En tout cas, on a pu goûter leur barre protéinée à la pomme et on a été convaincues!

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