Dans l'enfer italien de la fast-fashion
Ikhlak fait partie des ouvriers qui travaillent dans les ateliers de Prato, à 30 km de Florence. - © Jean-Marie Hosatte / WD
Publié le par Jean-Marie Hosatte
Dans la banlieue de Florence, à Prato, la production de textile bas de gamme se porte bien. Pas comme les esclaves modernes qui y triment pour le compte de ressortissants chinois soutenus par de puissantes mafias, dont celle de Wenzhou. Ici, sous ce ciel sans foi ni loi, ceux qui entrent au seuil de l’atelier abandonnent toute espérance. Reportage.
Attik, le costaud, rit de la blague du visiteur français. Anees, le jeune ingénieur du Gujarat (État indien le plus à l’ouest du pays), renchérit : “Non, non, ce n’est pas une académie, c’est une madrasa. Il n’y a presque que des Pakistanais ici. Alors, c’est la Grande et Honorable Madrasa de la Via del Bisenzio, à Prato, Italie. Et nous sommes tous des savants ! Même toi !” Yassin Muhamad Azhar, celui qui refuse d’ouvrir trop grand la bouche depuis que des policiers hongrois lui ont cassé les dents, se met à rire sans penser à autre chose que de profiter de ce moment de détente.
Même Ikhlak, le furieux, qui n’arrive pas à se calmer depuis que le patron chinois a disparu sans payer ses ouvriers, demande qu’on lui traduise en urdu les plaisanteries que l’on s’échange en pidjin english (anglais à la sauce chinoise, ndlr). “Le Français nous raconte qu’un philosophe de son pays a dit que trois choses empêchent un homme d’être libre : la honte, la peur et la dette. Alors, nous, on n’est pas près d’être libres.” Ça ne fait pas rire Ikhlak.
La honte
Talla Diazine, Sénégalais né il y a trente-trois ans, à Touba, parle un français parfait. “Moi, je ne suis pas un clandestin. Mon père est venu en Italie bien avant moi. Il a travaillé comme un fou dans les installations de chauffage et de climatisation. C’était un citoyen honorable qui n’a fait venir sa famille auprès de lui que lorsqu’il a eu les moye
Déjà abonné(e) ? Activez votre compte ou connectez-vous en un clic.
Je continue