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Pourquoi les Gafam peuvent avoir peur de l’Europe

Le 27/03/2019 par WeDemain

“Si vous voulez comprendre où va l’industrie la plus puissante du monde, ne cherchez pas à Washington et en Californie, mais à Bruxelles et à Berlin.” Ces mots ne sont pas ceux d’un commissaire européen mais du magazine britannique The Economist, qui consacre sa dernière Une à l’avenir du numérique.
 
Dans un article titré “Pourquoi les Big tech doivent craindre l’Europe”, l’hebdomadaire rappelle que l’Amérique abrite 15 des 20 entreprises de technologie les plus cotées au monde et que le débat fait rage en Amérique pour savoir comment les apprivoiser. Mais, “alors que l’Amérique hésite, l’Union européenne agit”, estime The Economist.
 
Une affirmation étonnante “pour les nombreux dirigeants qui considèrent l’Europe comme le foyer spirituel de la bureaucratie”, poursuit le magazine. Or, selon la revue, “l’expérience européenne de la dictature la rend vigilante en matière de vie privée. Ses organes de réglementation sont moins sensibles au lobbying (…). Le manque d’entreprises technologiques en Europe l’aide à adopter une position plus objective”.
 
Ce qui expliquerait, d’après le journal, les récentes offensives de l’Europe pour réguler le secteur, avec deux préoccupations majeures : protéger les données personnelles des individus d’une part et garantir la libre concurrence d’autre part.

We Demain fait le point sur les principaux bras de fer en cours entre l’Europe et les géants américains de la tech, communément regroupés sous le sigle Gafam : Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft.

Une série d’offensives européennes contre les Gafam

Une réforme du droit d’auteur numérique
Mardi 26 mars, les eurodéputés ont voté un projet de réforme très controversé du droit d’auteur numérique. La directive en question vise notamment une meilleure rémunération des créateurs par les plateformes qui diffusent leurs œuvres sur internet, comme YouTube, en touchant des recettes publicitaires.

Un projet défendu par 171 artistes ayant publié une tribune dans Le Journal du Dimanche mais combattu par les plateformes ainsi que par les partisans d’un internet libre. La directive prévoit aussi une rémunération des éditeurs de presse lors de la réutilisation de leur production par des agrégateurs d’informations, comme Google News, ou des réseaux sociaux, comme Facebook.
 
La taxe Gafa
S’ajoute le projet français de taxe Gafa, présenté le 6 mars en Conseil des ministres. Elle toucherait les entreprises numériques dont le chiffre d’affaires est supérieur à 750 millions d’euros par an dont 25 millions rien qu’en France, en taxant ce chiffre d’affaires à hauteur de 3 %.

L’UE ne suit pas pour l’instant, faute d’accord de pays comme la Suède ou l’Irlande, mais la mesure française pourrait peser sur les directives à venir ou sur un futur accord au sein de l’OCDE.
 
Mounir Mahjoudi “en colère” contre Amazon
Dans la foulée, le secrétaire d’état au numérique Mounir Mahjoudi vient de lancer une pique contre Amazon. Le géant du e-commerce est accusé de manquer de respect à la charte de bon référencement des petites et moyennes entreprises qui passent par la plateforme pour vendre leurs articles, adoptée récemment. Un libraire vient par exemple de disparaître du jour au lendemain et sans préavis du site, déplore-t-il dans Le Parisien. 
 
On pourrait ajouter que Google a reçu la semaine passée une amende de la commission européenne de 1,7 milliard de dollars pour avoir étranglé la concurrence sur le marché de la publicité. La troisième en deux ans.
 
Et ce sont aussi les entreprises européennes qui attaquent : le 13 mars, le géant suédois Spotify a déposé une plainte contre l’américain Apple auprès de la commission de l’UE, l’accusant d’abus de position dominante…  puisque la firme de Cupertino édite le système iOS et contrôle en même temps l’App store qui permet de télécharger les applis comme Spotify… 
 
Pas de quoi détrôner les rois de la tech, certes. Mais de quoi les ébranler un peu, estime The Economist, rappelant que les cinq grands géants de la technologie réalisent en moyenne un quart de leurs ventes en Europe. Et que le Vieux continent peut donner des idées à d’autres. La Californie va par exemple adopter une loi assez proche de notre réglementation générale sur la protection des données (RGPD).
 

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