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Première fabrication zéro carbone de verre plat : une prouesse française

Saint-Gobain, géant français de la fabrication de matériaux pour l’habitat et l’industrie, est parvenu à produire du verre plat zéro carbone. Un espoir pour une filière très énergivore à l’heure de la transition.

Le 28/06/2022 par Joséphine Maunier
Calcin
Le calcin, du verre 100% recyclé qui permis de fabriquer du verre plat sans émettre de CO2. Image d'illustration : Wikimedia Commons
Le calcin, du verre 100% recyclé qui permis de fabriquer du verre plat sans émettre de CO2. Image d'illustration : Wikimedia Commons

C’est une première mondiale qui laisse espérer un avenir plus vert dans l’industrie du bâtiment et de la construction. Saint-Gobain, leader français de la production, de la transformation et de la distribution de matériaux, est parvenu à fabriquer 2 000 tonnes de verre plat sans émettre de carbone. Cet objectif « zéro carbone » est impératif pour relever le défi de la transition énergétique et “construire un monde décarboné”.

Le procédé, concrétisé sur le site d’Aniche-Emerchicourt (Nord), repose sur deux principaux leviers. D’une part, l’utilisation de calcin, du verre entièrement recyclé. Et d’autre part, le recours à une énergie de fusion verte produite à base de biogaz et d’électricité décarbonée. Cette fabrication zéro carbone de verre plat a permis de réaliser l’équivalent de 100 000 fenêtres et – surtout – de ne pas émettre 1 020 tonnes de CO2.

Objectif zéro carbone pour Saint-Gobain

L’objectif est de taille mais absolument nécessaire pour limiter autant que possible l’impact des filières du bâtiment et de la construction. L’entreprise cherche ainsi à minimiser son impact sur l’environnement jusqu’à atteindre en 2050 la neutralité carbone.

“Nous avons utilisé environ 90 % de calcin provenant des ateliers de transformation de nos clients, il s’agit du calcin issu des chutes de coupes. Ces chutes reviennent aux usines de fabrication de verre plat (float) et permettent d’avoir un impact positif sur l’empreinte carbone de nos produits, confie Isabelle Pires, chef de marché au sein de Saint-Gobain Glass France. À cela s’ajoutent environ 10 % de calcin externe dit ‘fin de vie’. Il est issu du recyclage des vitrages démontés sur les chantiers de rénovation ou de démolition par exemple. Ces verres sont collectés et traités par nos partenaires avant de venir vers nos usines float pour fabriquer à nouveau du verre plat.”

Fabrication décarbonée de verre plat. Schéma : Saint-Gobain

Le procédé de fusion du verre représente à lui seul 70 à 80 % des émissions de CO2 d’un site de production de verre plat de Saint-Gobain. La filière du verre est donc face au défi de la neutralité carbone. Et la « matière première secondaire » apparaît comme le meilleur allié vers la décarbonation. “Il y a un double enjeu : la préservation des ressources naturelles, ce que rend possible le recyclage en boucle fermée, et la décarbonation de la filière du verre”, détaille Isabelle Pires.

Une tonne de calcin offre une économie d’1,2 tonne de matière première initiale, dont 850 kilogrammes de sable. Cette alternative permet donc de limiter les extractions et le transport de ces matières premières.

Développer la filière du recyclage

Prochain obstacle à la généralisation du procédé : le développement de la filière du recyclage dans le bâtiment, comme l’explique Isabelle Pires. “Aujourd’hui, la principale difficulté à la généralisation du procédé est la disponibilité du calcin. Évidemment, on souhaiterait en avoir beaucoup plus mais cela passe par la création de filières comme celle de la récupération afin de collecter et recycler le verre pour en faire du calcin et ainsi produire de manière plus durable.”

Les bénéfices du recyclage des vitrages en boucle fermée. Saint-Gobain.

Lorsque la filière se développera, ces disponibilités existent bel et bien. Un rapport de l’ADEME de mars 2021 estime que le gisement de verre issu des vitrages en fin de vie est de l’ordre de 200 000 tonnes. Pour l’heure, à peine 3 % sont recyclés annuellement, et ce en boucle ouverte.

“C’est d’autant plus frustrant pour un verrier comme nous car nous serions vraiment preneurs de cette quantité pour alimenter nos fours, préserver les ressources naturelles et décarboner notre production”, conclut Isabelle Pires.

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