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À Rennes, le “bureau des temps” rythme la vie des habitants

Des facs aux piscines municipales, le “bureau des temps” de la capitale bretonne
multiplie les petits changements de tempo aux grands effets sur la vie de ses habitants.
Bilan d’une initiative importée d’Italie il y a bientôt vingt ans.

Le 04/12/2020 par Florence Quille
Crédit : Emmanuel Pierrot/Vu
Crédit : Emmanuel Pierrot/Vu

Cet article a été publié en intégralité dans WE DEMAIN n°32. Un numéro toujours disponible sur notre boutique en ligne

Deux ordinateurs, quelques cartes de la ville punaisées au mur, le tout dans 10 mètres carrés logés au premier étage du bâtiment de Rennes Métropole. Le “bureau des temps” est minuscule, mais sa tâche immense. C’est ici que s’invente un nouveau tempo plus en phase avec les rythmes des habitants. “L’équipe est réduite, mais l’impact important, confirme Catherine Dameron, responsable du service. Aujourd’hui, la question du temps infuse dans tous les services.”

Le “bureau des temps” rennais est né en 2002, sur le modèle des « uffici dei tempi » italiens, apparus eux dès la fin des années 1980. De l’autre côté des Alpes, l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail pousse alors syndicats et mouvements féministes à revendiquer une meilleure prise en compte de leurs contraintes horaires. Soutenus par plusieurs femmes députées, ils obtiennent le vote, en mars 2000, d’une loi pour la “coordination des temps des villes”. 

La première source d’inégalité

En France, le mouvement essaime d’abord timidement, lors des élections municipales de 2001. Saint-Denis, Poitiers, Belfort et Paris se dotent d’un bureau des temps. Rennes va plus loin et crée une délégation au “temps de la ville”, confiée à l’adjointe à l’égalité homme/femme. Pour Edmond Hervé, alors député-maire (socialiste) de la ville, la bataille est avant tout sociale, le temps étant à ses yeux la première source d’inégalité entre riches et pauvres. Quand les premiers peuvent choisir leur temps, voire en acheter (recours aux gardes d’enfants, femmes de ménage et autres services) les seconds le subissent de plein fouet. 

Sa première mesure concernera les horaires de travail des agents d’entretien de la ville – des femmes, majoritairement. Chargées du nettoyage des bureaux lorsqu’ils sont vacants, de 6 heures à 9 heures du matin, et de 16 heures à 20 heures, elles pâtissent de journées déstructurées et d’un accès difficile aux crèches. En 2005, tous les agents d’entretien passent au travail de jour, avec deux possibilités : soit de 7 heures à 15 heures, soit de 10 heures à 18 heures.

“Cette mesure a complètement changé leur qualité de vie, remarque Catherine Dameron. Ils ont pu nouer des relations avec leurs collègues de bureaux et mieux concilier travail et famille.”

“L’impact sur l’absentéisme et le turn-over a été immédiat. À tel point que les entreprises de nettoyage du secteur privé ont suivi le mouvement”

Dans la foulée, Rennes s’attaque aux horaires des services publics. Après consultation des habitants, l’accès aux piscines est étendu lors de la pause de midi et en fin de journée, le Musée des beaux-arts ouvre ses portes en continu le week-end… Mais dans les bibliothèques, la mesure passe mal, en 2012. Les agents rejettent en bloc les nocturnes et le travail du dimanche et observent une grève de plusieurs mois. […]

Retrouvez la suite de l’article dans le n°32 de WE DEMAIN

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