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Réutiliser les eaux usées pour économiser l’eau potable : une bonne idée trop peu exploitée

Le 25/08/2022 par Florence Santrot

En Espagne, 14 % des eaux usées sont traitées et réutilisées. En Italie, c’est 8 %. Et en France… moins de 1 %. Plus précisément, nous retraitons actuellement 0,6 % des eaux usées à l’heure actuelle, assure Veolia, spécialiste français de la gestion des eaux. Notre pays se place très loin de pays déjà depuis longtemps habitués à cela. Comme Israël, qui traite déjà 80 % de ses eaux usées. Mais on pourrait aussi citer Singapour ou la Namibie. Cette solution est pourtant extrêmement intéressante pour économiser l’eau douce, un sujet majeur en cette période de sécheresse record.

Pourquoi la France est-elle à la traîne ? La réglementation très stricte a rendu la chose complexe à mettre en place. Et le manque de sensibilisation du grand public n’a pas facilité les choses. Mais les choses commencent à bouger. Par exemple, Veolia a commencé à installer des “Réut Box” (réut pour réutilisation) dans différentes stations d’épuration en France. Elles sont déjà en place dans cinq autres pays dans le monde. Cette structure est capable de traiter l’eau des égouts pour qu’elle puisse être utilisée dans différentes activités. Comme l’irrigation agricole, le nettoyage urbain, l’arrosage des espaces verts, des stades ou encore des golfs.

En Vendée, un projet de recyclage des eaux usées

La Vendée connaît déjà depuis longtemps le traitement des eaux usées à des fins d’irrigation sur l’Île de Noirmoutier. En effet, depuis les années 80, cette île a pour particularité de recycler une partie de ses eaux usées. C’est une manière de pallier le fait qu’elle ne produit pas d’eau et doit sinon l’importer du “continent”. Environ 500 000 mètres cubes d’eaux usées traitées sont utilisés chaque année dans l’irrigation de l’agriculture locale. Notamment la production de pommes de terre. Cela représente environ un tiers des volumes traités par la station d’épuration de Noirmoutier.

Mais la Vendée veut aller un cran au-dessus et traiter les eaux usées au point de pouvoir les rendre à nouveau propres à la consommation. Le projet, appelé programme Jourdain et porté par Vendée Eau Veolia, a pris place aux Sables-d’Olonne. Une fois en activité, quelque 35.000 habitants pourraient en bénéficier. 

Anticiper les prochaines sécheresses

L’eau est d’abord récupérée à la sortie de la station d’épuration des Sables-d’Olonne. Elle est ensuite retraitée dans une unité d’affinage, dont la construction a débuté en février 2022. “Il y a cinq étapes de traitement qui permettent d’éliminer la pollution restante dans les eaux, explique à Europe 1 Mathilde Coulais, chargée de projet à Vendée Eau. Les eaux usées affinées et les eaux du lac sont mélangées. L’eau est ensuite pompée au niveau du barrage pour faire de l’eau potable.”

“En Vendée, l’eau potable provient à 90 % des eaux superficielles contre 30 % en moyenne en France, soumettant ainsi la ressource en eau à une forte pression”, indique Veolia. Le but ici est donc d’anticiper “le risque d’un futur déficit en eau sur la Vendée”. Le lancement officiel du projet se fera courant 2024. Pendant trois ans, jusqu’en 2027, une période de test sera réalisée. “Ces résultats permettront, après évaluation, de démontrer la pertinence de la réutilisation, de faire évoluer la réglementation et d’envisager, à terme, une augmentation de sa capacité et une réplication dans d’autres territoires français et européens”, ajoute Veolia.

Le projet d’unité d’affinage du programme Jourdain. Crédit : Atelier RVL Architectes – Tours

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