Vue sur la basilique de Fourvière à Lyon avec le Rhône et des arbres au premier plan.
©

SONAR@Lyon : quand la nature en ville devient aussi une question de santé publique

Parcs et jardins de la Métropole de Lyon sont sous surveillance dans le cadre du projet SONAR@Lyon, qui s'appuie sur l'approche One Health.

Suivez-nous sur Discover

En bref

Résumé réalisé avec l’IA, validé par WE DEMAIN.

  • Le projet SONAR@Lyon étudie les liens entre végétalisation urbaine, biodiversité et santé humaine et animale, selon l’approche One Health.
  • Les chercheurs surveillent notamment les moustiques, les tiques et les rongeurs, susceptibles de transmettre certaines maladies.
  • Les espaces verts améliorent le bien-être et contribuent à rafraîchir les villes, mais leurs effets sanitaires dépendent aussi de leur aménagement.
  • L’objectif est d’aider les collectivités à concevoir des espaces végétalisés conciliant biodiversité, santé publique et attentes des habitants.

À première vue, tout plaide pour davantage de verdure en ville. Les arbres offrent de l’ombre lors des canicules, les sols désimperméabilisés absorbent mieux les pluies, les prairies accueillent insectes et oiseaux. À Lyon, la végétalisation entre justement dans une nouvelle phase. Ce vendredi 16 octobre 2026, la Métropole a annoncé vouloir passer d'une logique de quantité à une logique de qualité. Désormais, il ne s'agit plus seulement de multiplier les plantations, mais de choisir les bons emplacements, les essences adaptées et les aménagements capables de résister au climat de demain. Une cartographie des secteurs prioritaires doit notamment croiser exposition aux fortes chaleurs, densité urbaine, fragilités sociales et déficit de végétation. Mais un autre critère pourrait-il entrer dans l'équation : les effets de ces aménagements sur la santé humaine et animale ? C'est précisément l'une des questions explorées par SONAR@Lyon.

Une mare peut favoriser la biodiversité, mais aussi, selon son aménagement et son entretien, certains moustiques. Une zone boisée peut abriter des tiques. Les rongeurs, quant à eux, participent à la circulation de plusieurs agents infectieux. Faut-il s’en inquiéter ? Pas nécessairement. Car la présence d’une espèce susceptible de transmettre une maladie ne signifie pas que le risque de contamination est élevé. Tout l'enjeu est donc de comprendre dans quelles conditions la nature en ville peut être bénéfique à la santé, sans favoriser la circulation de certaines maladies.

Un observatoire pour croiser trois santés

Baptisé SONAR@Lyon, pour “Observatoire des Solutions fondées sur la Nature par une Approche One Health en métropole lyonnaise”, ce programme – qui s’étend de mars 2025 à fin décembre 2027 – réunit six équipes de recherche, autour notamment de VetAgro Sup, d’INRAE et de l’université Lumière Lyon 2, avec la participation de Santé publique France, du Cerema et des collectivités lyonnaises. Il est copiloté par Agnès Leblond, professeure à VetAgro Sup et spécialiste des zoonoses, et Sabine Caillaud, chercheuse en psychologie sociale.

Le principe repose sur l’approche One Health (“Une seule santé”) : la santé humaine ne peut être envisagée indépendamment de celle des animaux et des écosystèmes. Concrètement, les scientifiques cherchent à évaluer les effets des “solutions fondées sur la nature” : plantations, prairies urbaines, zones humides ou sols rendus perméables. Un programme volontairement transversal, qui fait dialoguer épidémiologistes, vétérinaires, spécialistes de l’environnement et chercheurs en sciences humaines.

Des moustiques, des tiques et des rongeurs sous surveillance

Sur le terrain, le projet s’intéresse notamment aux moustiques, tiques et phlébotomes, de petits insectes pouvant transmettre certains parasites, ainsi qu’aux rongeurs. Parmi les maladies étudiées figurent des arboviroses, la leptospirose ou encore la borréliose de Lyme. Les chiens et les chats entrent aussi dans l’équation : leur exposition aux risques infectieux peut apporter un éclairage complémentaire sur l’environnement qu’ils partagent avec leurs propriétaires.

Pour mieux évaluer ces risques, les scientifiques organisent des campagnes de prélèvements dans différents parcs et jardins de la métropole. Les données recueillies font ensuite l'objet d'analyses statistiques et de modélisations destinées à mieux comprendre les liens entre environnement, biodiversité et circulation des agents pathogènes.

Des recherches antérieures montrent d’ailleurs à quel point le contexte compte. En 2019, une étude conduite dans deux parcs urbains et un parc périurbain de l’agglomération lyonnaise avait collecté seulement sept tiques dans les premiers, contre 499 dans le second. La densité était nettement plus forte dans les zones forestières et leurs lisières. Des chiffres liés aux lieux et à la période observés, qui ne constituent pas un classement du risque dans tous les parcs lyonnais.

Plus de biodiversité, moins de maladies ? Pas si simple

Dans une synthèse publiée en novembre 2025 dans Peer Community Journal, des chercheurs ont passé en revue 98 études sur les espaces verts urbains et les maladies transmises par des vecteurs. Leur constat : dans les études examinées, la végétation urbaine apparaît généralement associée à une augmentation du risque de maladies transmises par les tiques, tandis que les résultats sont beaucoup plus variables pour les moustiques. Tout dépend des espèces, du climat, de l’organisation des espaces et des interactions entre animaux. Favoriser certains prédateurs peut aussi contribuer à réguler les populations de vecteurs.

Pour autant, renoncer à végétaliser serait un contresens. Dans un rapport datant de mai 2025, le bureau Europe de l’Organisation mondiale de la santé rappelle les bénéfices des solutions fondées sur la nature pour l’activité physique, la santé mentale et le lien social, tout en soulignant qu’une conception et une gestion soignées sont nécessaires pour éviter des risques sanitaires indésirables.

Ce que les habitants attendent vraiment de la nature

SONAR@Lyon ne se limite donc pas aux prélèvements biologiques. À travers des observations, des entretiens et des ateliers, les chercheurs de Lyon 2 s’intéressent aux usages et à la perception des espaces verts. Leurs enquêtes concernent notamment les parcs Sergent Blandan, de la Cerisaie et Chazière, ainsi que les jardins d’Erevan et aquatique Ouagadougou, tous deux situés dans le quartier de Confluence.

Car végétaliser la ville n’est pas seulement une affaire d’écologie : c’est aussi une question d’acceptation. Une prairie moins souvent tondue peut être accueillie comme un refuge pour la biodiversité ou perçue comme un espace négligé. Certains citadins apprécient les oiseaux mais redoutent les insectes ou les rats. Comment intégrer ces sensibilités sans sacrifier les objectifs environnementaux ?

À terme, le programme ambitionne de fournir aux collectivités une méthode d’évaluation multicritère pour guider leurs choix : quels espaces créer, où les installer, comment les entretenir, et avec quels bénéfices et risques pour les différentes formes de santé ? Une manière de passer du slogan “plus de nature en ville” à une question plus exigeante : quelle nature, pour qui et dans quelles conditions ?

Sujets associés