Face au stress hydrique, les semences sauvages représentent une solution d'avenir

Les semences sauvages de l'entreprise alsacienne Nungesser. - © Nungesser

Publié le par Arnaud Pagès

Partout dans le monde, le changement climatique est en train de fragiliser l’agriculture, quel que soit le type de denrée, le continent, la région, ou les méthodes de production. L’augmentation des températures fait baisser le débit des cours d’eau, assèche les nappes phréatiques et diminue le volume des précipitations, ce qui aridifie les sols et appauvrit les récoltes. En 2023, Polytechnique Insights relevait que, cumulées aux épisodes de sécheresse, les fortes températures avaient fait chuter les rendements mondiaux de maïs de 11,6 %, de soja de 12,4 % et de blé de 9,2 %. Des chiffres inquiétants.

Lorsqu’elles sont en situation de stress hydrique, les plantes ferment automatiquement leurs stomates, de petites ouvertures situées sous les feuilles qui leur permettent de transpirer, ce qui réduit l’efficacité de la photosynthèse et les empêche de pousser correctement. Ce mécanisme de défense est utilisé par tous les végétaux cultivés dans les champs. « Les espèces qui constituent la base de notre alimentation n’ont pas été sélectionnées pour résister aux aléas de température et au manque d’eau, phénomènes qui n’existaient pas avant, ou alors dans de faibles proportions », explique Lucie Heitz, ingénieure agronome et présidente de Nungesser, une entreprise fondée en 1973 et spécialisée dans la production de semences pour la création et la renaturation de sites paysagers.

Vers une crise mondiale de l’agriculture

Pour mesurer l’ampleur du problème, la canicule de 2003, qui n’avait duré que deux semaines et qui constituait un événement isolé, avait entraîné une baisse des rendements de 20 à 30 % en France et en Europe, selon l’étude Europe-wide reduction in primary productivity caused by the heat and drought in 2003 menée en 2005 par des chercheurs de Harvard. Aujourd’hui, ce type de dysfonctionnement climatique est devenu courant.

À cela il faut ajouter un second problème car, depuis une dizaine d’années, la surmortalité des abeilles, dont les populations sont en déclin à l’échelle planétaire, commence à avoir un impact de plus en plus marqué sur l’agriculture. La pollinisation est en effet essentielle pour améliorer le rendement et la qualité de plus de 80 % des cultures fruitières, légumières et oléagineuses.

Heureusement, des solutions existent. Pour inverser la tendance et retrouver des niveaux de production suffisants, il est possible de cultiver différemment et de mettre à profit d’autres types de semences que celles qui sont actuellement utilisées.

Des semences à base de plantes sauvages plus résistantes

Dans les serres de Nungesser, à Erstein au cœur de l’Alsace, des semences à base de plantes sauvages s’épanouissent. Elles ont la particularité de ne pas avoir besoin d’eau ni d’engrais pour pousser. Le but recherché est de pouvoir végétaliser de grands espaces sans irrigation, même en pleine sécheresse, afin que les sécheressent prolongées ne puissent pas avoir un effet néfaste sur la croissance des plantes.

« Nos semences sont issues de la nature car collectées en zone naturelle. Elles ne sont pas modifiées. Elles sont présentes depuis des centaines voire des milliers d’années et ont pu s’adapter aux différentes évolutions du climat. On les retrouve dans des zones très pauvres et très sèches, ce qui les a rendues très résilientes face au stress hydrique. Elles résistent beaucoup plus longtemps que les semences horticoles », précise Lucie Heitz.

Par ailleurs, ces semences sauvages, qui sont capables de survivre dans des conditions extrêmes, favorisent la sauvegarde de la biodiversité animale, et notamment des pollinisateurs. Pour les abeilles, elles constituent en effet une source permanente et fiable de pollen et de nectar, ainsi qu’une zone de refuge.

Cultiver de manière écologique

La méthode de sélection et de production des graines mise au point par Nungesser est bien rodée. Tout commence par un prélèvement en milieu naturel. La récolte des semences de base est effectuée en partenariat avec le Conservatoire Botanique des Sites. Le cueilleur habilité prélève des graines de plusieurs plantes de la même espèce afin d’assurer une certaine diversité génétique. Possédant une solide connaissance botanique, il fait toujours attention à ne pas perturber l’équilibre fragile de la population installée.

À partir de ce prélèvement, les semences sont ensuite multipliées sous serre, en bénéficiant d’une attention constante. Lorsque les plantes ont commencé à pousser et que leur tige est devenue solide, elles se développent ensuite sur de petites parcelles agricoles, pendant de longs mois, voire des années. En fin de processus, les graines sont récoltées, séchées et triées, puis mélangées juste avant leur utilisation, pour obtenir une qualité et un rendement optimal. Autre avantage de cette méthode, les mélanges peuvent être adaptés en fonction des particularités climatiques de chaque région, ce qui est là encore un facteur de résilience. Ce ne seront pas les mêmes pour le Nord et pour le Sud de la France.

Une prairie mésophile de fauche et des vaches
Une prairie mésophile de fauche. © Nungesser

Un avenir prometteur

Cultiver avec des semences sauvages, choisir les espèces selon leur origine et le milieu final, respecter les exigences de la flore, permet de mettre en œuvre de nouvelles modalités de production alimentaire qui seront capables de faire face au choc climatique. Cela nécessite de sortir les intrants chimiques de l’équation et de reprogrammer à grande échelle les processus agricoles. C’est une gageure dans le contexte actuel, mais les bénéfices d’un tel changement sont à la hauteur du défi à relever car ils posent les bases de la production alimentaire de demain.

Pour les agriculteurs, c’est un pari doublement gagnant. Non seulement ils peuvent sauvegarder la biodiversité, ce qui est vital pour leurs récoltes, mais en plus les semences sauvages ont une rentabilité par hectare qui est supérieure à celle des cultures classiques. Tout indique que l’avenir leur appartient.

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Ce n'est pas toujours simple d'ingérer suffisamment de protéines en étant végétarienne. Il faut que je me renseigne davantage sur les sources de protéine et de fer hors viande/poisson.

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