À peine entré dans la Grande Halle de la Villette, on est pris de vertige. Sur une vingtaine d’écrans de plus de cinq mètres de haut, des toiles de Van Gogh défilent sur fond de musique classique.
Certains visiteurs décident de déambuler entre les images pour repérer des détails et observer de plus près les coups de pinceaux du maître. D’autres préfèrent s’allonger au milieu de la salle pour simplement contempler le spectacle.
Loin des expositions habituelles, le show numérique Imagine Van Gogh s’appuie sur une installation technique de 30 vidéoprojecteurs HD. D’une durée de 30 minutes, il plonge le spectateur dans plus de 200 œuvres du peintre hollandais, de La Nuit étoilée aux Tournesols en passant par l’Amandier en fleurs .
La vidéoprojection multiple, avenir de l’exposition muséal ?
Imagine Van Gogh n’est pas la première expérience dans le genre. A l’heure où le numérique se met de plus en plus au service de l’art, les expositions culturelles de ce type pourraient-elles devenir la norme dans les musées ?
À Beaux-en-Provence, cette technologie est devenue la marque de fabrique du festival Carrières de Lumières . Chaque année, celui-ci offre un spectacle numérique haut en couleurs : au sein d’une carrière souterraine de 6000 m2, 100 vidéoprojecteurs reproduisent les œuvres de grands maîtres. Cette année, après Chagall et Klimt, le festival rend hommage à trois artistes du XVIème siècle : Bosch, Brueghel et Arcimboldo qui verront leurs œuvres projetées sur les parois de la carrière du sol au plafond.
Carrières de Lumières – Bande-annonce de l'exposition "Bosch, Brueghel, Arcimboldo. Fantastique et merveilleux" from Culturespaces on Vimeo.
D’un spectacteur passif à un spectacteur actif
Même si a priori, on ne ressent pas la même émotion devant une œuvre originale que devant une reproduction ou un écran, les projections numériques immersives pourraient changer la donne.
À l’inverse d’une exposition traditionnelle, où les tableaux sont présentés de façon statique, les projections numériques, elles, par leur caractère immersif, sollicitent davantage le spectateur et peuvent ainsi renforcer la connexion émotionnelle avec les œuvres.
En 2016, le Palais des expositions de Rome offrait un voyage sensoriel aux visiteurs au travers de 57 tableaux du Caravage, peintre italien du XVIème siècle. Pour renforcer l’immersion, des odeurs de parfum étaient diffusées dans la salle.
Remplacer des toiles trop fragiles pour être transportées
Sur le plan technique, ce système de projection pourrait devenir une solution lorsque des toiles originales deviennent trop fragiles pour être transportées. C’était le cas lors de l’exposition de la collection Chtchoukine, organisée à Paris par la fondation Louis Vuitton en octobre 2016. Deux œuvres majeures de Matisse manquaient à l’appel car devenues trop fragiles pour être transportées du musée de l’Ermitage (Saint-Pétersbourg) jusqu’à Paris. Une installation vidéo les avait remplacées.
Une solution plus économique
Une œuvre d’art originale peut aussi coûter cher. Bien que l’échange de tableaux entre musées est a priori gratuit, un véritable marché de la location s’est développé entre les institutions culturelles internationales. En cause : les frais de voyage et surtout d’assurance pour des œuvres à la valeur inestimable.
En 2014, pour célébrer les 50 ans d’amitié entre la Chine et la France, 10 chefs d’œuvres des musées d’Orsay, du Louvre, de Versailles et du centre Pompidou ont été expédiées à l’étranger. Coût de la facture ? Entre 700 millions et un milliard d’euros, selon les sources consultées par l’AFP.
Dans ce contexte, les musées à petit budget, peuvent ainsi, grâce aux outils numériques, organiser des expositions prestigieuses et ne pas avoir à subir de frais d’assurance pour faire venir les toiles de l’autre bout du monde.
Dématérialiser pour mieux démocratiser ?
Réinventer les musées à travers ces expériences visuelles pourrait également venir casser l’image élitiste des musées. C’est ce que défendait la direction des Carrières de Lumières dans les colonnes de 20 minutes :
Au printemps 2018, sous l’impulsion de la fondation Culturespaces, le 11ème arrondissement de Paris accueillera un centre d’art 100% numérique : L’Atelier des Lumières. Il offrira, sur le même principe des Carrières de Lumières, un voyage culturel et musical au cœur des chefs d’œuvres de grands peintres. Une dématérialisation qui, selon Bruno Monnier, directeur-fondateur de Culturespaces, est une manière de s’approprier l’art plus efficacement, surtout auprès des jeunes générations :
L’accès à la culture pour tous. C’est aussi ce que défend le projet MicroFolies. Depuis janvier dernier, dans le quartier populaire des Beaudottes (Sevran), les habitants peuvent s’aventurer dans un musée numérique et découvrir quelques chefs-d’œuvre de grands musées nationaux projetés sur un écran de 20m2.
Sans vocation à remplacer les institutions culturelles nationales, cette dématérialisation de l’art pourrait ainsi permettre de créer des ponts avec les musées nationaux et devenir un outil indispensable pour faire découvrir et aimer l’art à ceux qui n’ y ont pas ou peu accès.