Singapour se rêve en vert
Le Lily Pond du musée ArtScience à Marina Bay Sands, à Singapour. Crédit : Florence Santrot.
Située sur un minuscule archipel de 720 km2 au bout de la péninsule malaise, Singapour, l’ultrapeuplée, a forcé le destin pour se réinventer et créer son propre écosystème. Gros plan sur une cité-État où cohabitent capitalisme décomplexé, pelouses manucurées et jungles échevelées. Un modèle (presque) vertueux mais difficilement exportable.
Mis à jour le
Écrit par Cécile Bontron
Des arbres qui poussent dans et sur les centres commerciaux, des jungles qui débordent des buildings, des rues envahies de fleurs tropicales… la végétalisation de Singapour est spectaculaire. Elle a d’ailleurs été élue ville la plus verte d’Asie par le Green City Index. Pourtant, la cité-État souffre de l’une des plus fortes densités au monde avec près de six millions d’habitants répartis sur un peu plus de 700 km², soit la taille de la commune d’Arles ou deux fois Amiens métropole. Sa superficie était sa plus grande faiblesse, elle a tenté d’en faire une force.
Le jeune État obtient son indépendance en 1965 dans une région secouée par la décolonisation et la guerre du Vietnam. Un peu après, il subira les échos de la guerre civile cambodgienne. Singapour, alors un pays sous-développé, va miser rapidement sur l’industrialisation puis la finance. Avec succès. Aujourd’hui, la cité-État affiche une économie florissante, elle est passé de 516 dollars de PIB par habitant en 1965 à plus de 88 000 dollars en 2022, avec une population qui a tout simplement triplé.
Acquisition des terres par l’État et logements encadrés
Mais pour abriter usines et résidents en augmentation constante, les bâtisseurs de Singapour manquent d’espace. La nature a dû laisser place nette. Exemple le plus frappant : le mini-archipel a perdu plus de 95 % de ses mangroves depuis le XIXe siècle. Et le petit État ne s’est pas arrêté là. Dès les années 1960, la presqu’île rattachée à la Malaisie et ses îlots s’est attaquée à l’océan. Les Singapouriens ont conquis des terres qui n’existaient pas à grands coups de tonnes de sable, de roche et de terre déversées dans l’eau. En 1965, Singapour occupait 580 km². En 2020, elle s’étend sur plus de 720 km² et devrait bientôt atteindre 780 km². Mais le remblaiement a ses limites.
L’extraction du sable sur les plages ou en mer détruit les écosystèmes sur de grandes distances, des villages entiers ont vu des maisons sombrer dans l’eau à cause de l’érosion. Les pays limitrophes fournisseurs de sable, la Malaisie et l’Indonésie, en ont interdit l’exportation vers Singapour en 1997 et 2007. Alors, le pays s’est tourné vers d’autres… qui ont également blacklisté la cité-État. Parallèlement, et dès l’indépendance, le gouvernement singapourien a décidé qu’il devait gérer et organiser son espace si restrein
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