À Toulouse, FloodFrame a inventé un airbag pour protéger sa maison des inondations

Centre de test des couvertures anti-inondations FloodFrame. - © FloodFrame

Publié le par Florence Santrot

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

  • La start-up toulousaine FloodFrame a mis au point un système anti-inondation passif et invisible, activé automatiquement par la poussée d’Archimède, sans électricité ni intervention humaine.
  • La technologie intéresse aussi les assureurs pour limiter les fissures liées au retrait-gonflement des argiles, en régulant l’humidité des sols autour des habitations.
  • Soutenue par l’ADEME, FloodFrame développe ainsi une solution inédite face à deux défis climatiques majeurs : les inondations et les sécheresses.
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Imaginez un dispositif totalement invisible au quotidien, enfoui dans le sol, qui s’élève comme par magie dès que l’eau monte. Pas besoin de courant, pas de mécanisme motorisé ni d’action humaine. FloodFrame, une start-up toulousaine fondée en 2021 par Rémi Alquier, a mis au point ce système de protection contre les inondations qui fonctionne uniquement grâce à la poussée d’Archimède. Intéressant quand on sait qu’environ 18 millions de Français résident dans des zones susceptibles d’être inondées…

“C’est un peu le principe de l’airbag, il est dissimulé dans le sol, et puis quand l’eau arrive, il sort tout seul, sans aucune intervention”, explique avec enthousiasme Rémi Alquier. Concrètement, une membrane robuste et étanche est enroulée autour d’un flotteur et intégrée dans une tranchée autour de votre maison. En cas d’inondation, l’eau pénètre dans ce petit caniveau. Cela libère alors automatiquement la membrane qui se déploie tout autour de l’habitation, empêchant l’eau de pénétrer et protégeant murs et ouvertures.

Terrasse en bois inondée au coucher du soleil avec des plantes en pot et un boudin anti-eau
Le système de protection FloodFrame est déployé pour protéger cette maison dont la terrasse est inondée. © FloodFrame

Une protection passive et intégrale, sans travaux intrusifs

Le système FloodFrame s’installe donc autour du bâtiment, sans nécessité de modifier la structure de la maison elle-même. Comptez environ 500 € par mètre linéaire pour son installation (le fonds Barnier peut aider au financement et prendre en charge jusqu’à 80 % des frais). “C’est une protection intégrale qui évite le contact avec l’eau, donc une proposition de valeur intéressante par rapport à ce qui existe sur le marché”, assure le fondateur. Là où les solutions classiques nécessitent souvent des batardeaux amovibles ou des rehaussements de seuil, FloodFrame agit à la racine. Et de manière totalement autonome grâce à son système passif.

Discret en temps normal, le système ne nécessite aucune manipulation en cas d’alerte météo. Il n’est ni mécanique, ni électronique, ce qui en fait une solution autonome et adaptée aux événements extrêmes où les coupures de courant sont fréquentes. Mieux, le flotteur, sorte de bouée anti-submersion, protecteur suit la montée de l’eau, même à plus de 90 cm de hauteur. Le système, garanti 10 ans, reste fonctionnel même après plusieurs inondations.

Un appel inattendu du monde de l’assurance contre le retrait-gonflement des argiles

Alors que la start-up poursuit le développement de sa solution contre les crues, elle commence à attirer l’attention d’un autre secteur : celui de l’assurance. “Nous sommes sollicités depuis quelques mois par des experts d’assurance qui nous disaient : ce que vous faites pour l’inondation, ça marche aussi pour la sécheresse.”

La remarque n’est pas anodine : en France, des milliers de maisons sont aujourd’hui fissurées à cause du retrait-gonflement des argiles (RGA). Ce phénomène touche principalement les sols argileux soumis à des alternances brutales d’humidité et de sécheresse. Lorsqu’ils gonflent, ces sols soulèvent les fondations. Lorsqu’ils se rétractent, ils créent des tensions et des fissures.

RGA : travailler à la racine du problème

Ici aussi, FloodFrame choisit une approche en rupture avec les pratiques classiques. “Contrairement à ce qui existe sur le marché, on va venir travailler autour d’un bâtiment avec des solutions entièrement passives, des membranes.” L’objectif n’est plus de corriger les fissures une fois apparues, mais de stabiliser l’humidité des sols pour éviter les mouvements.

“Quand on vient renforcer une fondation, on s’attaque aux symptômes, les fissures, mais on ne s’attaque pas à la variation de l’humidité des argiles. Et nous, en fait, on va bloquer le problème à la source.” Un changement de logique qui promet, à terme, des économies substantielles pour les particuliers comme pour la collectivité.

Un projet de recherche industrielle sur plusieurs années

Le projet RGA a démarré en mars 2024 et s’inscrit dans la durée : “On est sur de la recherche industrielle. Il y en a pour 3-4 ans, à peu près.” L’enjeu est non seulement technique, mais aussi réglementaire et assurantiel. Il faut démontrer l’efficacité de la solution, en laboratoire puis sur le terrain, pour envisager une mise sur le marché.

Pour pouvoir se concentrer sur un second projet parallèle à la problématique des inondations, la start-up a pu compter sur le soutien de l’ADEME qui, justement, lançait un appel à projets autour de la thématique RGA. “Et surtout, ils nous ont aidés à compléter l’équipe, parce que nous, on est une petite structure, précise Rémi Alquier. L’ADEME nous a apporté des compléments, et on a réussi à monter un projet avec des experts, avec des assureurs… Le projet a été retenu comme une innovation potentielle sur le secteur des protections contre le RGA.”

Sécheresse et inondation, deux faces d’un même phénomène

Deux projets antinomiques pour FloodFrame ? Sécheresse et inondation ne sont pas si opposées qu’on pourrait le croire. “Il y a une vidéo assez célèbre d’une université anglaise où on voit trois verres d’eau sur des sols secs et humides, et on voit que l’eau dans un sol sec ne rentre pas.” Un sol sec, hydrophobe, aggrave en réalité le ruissellement lors des fortes pluies. Inversement, un sol humide peut accentuer le gonflement des argiles.

“Finalement, on voit chaque année se reproduire quelque chose qui coûte à la collectivité entre 1 et 2 milliards d’euros. Et malgré tout, depuis des siècles, on met toujours en œuvre les mêmes solutions”, constate Rémi Alquier. FloodFrame, en alliant innovation technologique et approche systémique, propose une autre voie.

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