La thalassothermie est une technologie innovante qui exploite l’énergie thermique naturellement présente dans l’eau de mer en la captant par pompage à proximité des côtes. Cette ressource permet de produire, grâce à un système de pompes à chaleur et d’échangeurs thermiques, de chauffer ou de rafraîchir les bâtiments individuels ou collectifs, en garantissant une alimentation énergétique stable et locale.
Selon le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), cette solution contribue à la transition énergétique des territoires littoraux en valorisant la mer comme source renouvelable d’énergie, aussi bien pour les applications résidentielles que pour les établissements publics ou commerciaux.
La Thalassothermie ? Une technologie verte inspirée par la mer
La thalassothermie fonctionne de la même manière que la géothermie terrestre. Le long du littoral, l’eau est captée entre 6 et 12 mètres de profondeur, à une température constante comprise entre 12 et 26 °C, puis elle est acheminée dans des tuyaux jusqu’à un échangeur thermique où les calories et les frigories vont être isolées.
L’énergie thermique ainsi récupérée alimente des pompes à chaleur et des systèmes de refroidissement. En fin du processus, l’eau est rejetée dans la mer avec une différence de température d’environ 1 °C, ce qui n’a quasiment aucune incidence sur les écosystèmes marins.
De nombreuses applications possibles… à Cannes comme ailleurs
Ce système en boucle, sans impact sur l’environnement, permet de fournir une énergie décarbonée à tout type de bâtiments et d’infrastructures situés à proximité des littoraux, immeubles résidentiels, édifices publics, complexes sportifs, centres commerciaux, écoles, marchés, sites touristiques.
Dans le cadre du programme « Énergie Marine Cannes Croisette », c’est l’option qui a été choisie par la municipalité de Cannes pour soutenir la transition de la ville vers la neutralité carbone.
Tirer parti de la Méditerranée
Enfouie sous terre, la centrale thalassothermique cannoise, qui entrera en service début 2027, sera installée sous le jardin public de la Roseraie, à quelques encablures de la Croisette. Le réseau, d’une longueur de 10,3 kilomètres, dont 6,7 km pour le chaud et 3,6 km pour le froid, aura une puissance de production d’environ 15,8 MW pour le chauffage et de 14 MW pour la climatisation, et comprendra 67 sous-stations pour dispatcher l’énergie produite.
Il remplacera progressivement les chaudières à gaz, les systèmes de chauffage au fuel et les climatiseurs traditionnels, ce qui évitera le rejet dans l’atmosphère de 6 000 tonnes de CO2 par an, soit autant que 1 000 voitures à essence en circulation, tout en garantissant un confort thermique optimal. Le projet respecte également le cadre paysager. Pour ne pas abîmer les rues et les avenues, la pose des conduites d’eau de mer sous le bitume a été opérée en faisant appel au microtunnelage.
52 bâtiments alimentés à 74 % en énergies renouvelables au lancement
Dans un premier temps, l’installation concernera 52 bâtiments de la Croisette, du centre-ville et des quartiers Est, avant de toucher par la suite un plus grand nombre de résidents. Une fois raccordé au réseau, chaque bâtiment sera alimenté à 74 % en énergie renouvelable, ce qui veut dire que les trois-quarts de la consommation énergétique des bénéficiaires seront décarbonés.
Porté par ENGIE Solution et confié au groupe NGE pour sa mise en œuvre, le réseau, d’un coût total de 55 millions d’euros, dont 11 ont été financés grâce à des subventions de l’ADEME (Agence de la transition énergétique), réduira l’impact environnemental de la ville, tout en donnant la possibilité aux habitants et aux entreprises de profiter de tarifs stables et compétitifs, sans dépendre des fluctuations du marché. Ce n’est cependant pas son seul avantage.
Faire de Cannes le leader du tourisme durable
Les palaces qui bordent la Croisette vont eux aussi profiter de l’énergie produite par la Méditerranée. « Nous avons deux gros postes de consommation, qui sont la production de chaud et de froid. La thalassothermie permet de substituer les actuels équipements individuels placés sur le toit du Martinez par deux usines en sous-sol qui vont puiser l’énergie dans les ressources de la mer, et ainsi nous permettre d’utiliser à 74 % de nos besoins une énergie renouvelable dès 2027 », explique Michel Cottray, Directeur général u mythique hôtel.
Cette innovation bénéficiera à seize autres établissements de prestige, notamment le Carlton, le Majestic, le Marriott, le Palm Beach, ainsi que le Palais des Festivals et la Malmaison.
Cette nouvelle modalité énergétique à faible impact environnemental vise également à faire de Cannes le leader du tourisme durable sur la Côte d’Azur. En tant que solution décarbonée, la thalassothermie va renforcer l’attractivité de la ville et la placer dans le peloton de tête des destinations respectueuses de l’environnement. En complément du réseau, la municipalité prévoit d’ailleurs d’aller plus loin. Des travaux de végétalisation vont être entrepris pour accentuer la présence de la nature dans certains quartiers, et 1 000 arbres supplémentaires vont être plantés.
Accélérer la décarbonation des littoraux
En région Méditerranéenne, Monaco avait été la première ville à tester un dispositif de thalassothermie dans les années 60. Depuis 2021, tous les bâtiments publics de la principauté sont chauffés et refroidis de la sorte.
À Cannes comme dans les autres agglomérations côtières, cette source d’énergie renouvelable coche toutes les cases pour accélérer la décarbonation des centres-villes et des zones périphériques. Simple à mettre en œuvre, offrant un rendement important, elle est constante, fiable et inépuisable. À date, Biarritz, Dieppe, Sète, Les Sables d’Olonne, Port-de-Bouc, Lorient, Dunkerque ou encore Ajaccio se sont également équipés.
Seule ombre au tableau, l’importance de l’investissement initial, qui se chiffre a minima en dizaines de millions d’euros, peut ralentir les projets de développement, mais la stabilité de la production, le gain environnemental et les retombées économiques devraient lever ce frein budgétaire. En France comme ailleurs, tout indique que la thalassothermie a un bel avenir devant elle.