Nous avons coutume de regarder l’histoire humaine comme celle d’une lente libération des lois naturelles, de nos limites physiques et de nos déterminismes sociaux. Nous avons inventé le feu pour nous affranchir du froid, des machines toujours plus rapides pour nous libérer des contraintes de l’espace et du temps ; nous célébrons les scientifiques, philosophes et révolutionnaires qui ont cherché à nous affranchir des idéologies autoritaires, du joug de la religion et de l’ignorance.
Aujourd’hui, nous encourageons nos enfants à “choisir” un livre à la bibliothèque, un paquet de céréales au supermarché ou leur futur métier. Les “biopics” célébrant les héros capables de vaincre la pauvreté, le racisme et toute forme d’exclusion sont très populaires. Le développement personnel, en plein essor, repose sur la certitude que nous pouvons, par la seule force de notre volonté et d’un travail sur nous-mêmes, nous défaire de tous les déterminismes et forger notre propre destin.
La société du choix à tout prix
Mais du côté des sciences, plus on en apprend sur le fonctionnement du cerveau humain, la génétique, le comportement animal ou la psychologie, plus s’impose le poids des facteurs qui nous conditionnent. Robert Sapolsky, professeur de biologie, de neurologie et de neurochirurgie à l’université Stanford (Californie), synthétise ces données dans Déterminisme, la vie sans libre arbitre, un livre aussi rigoureux qu’irrévérencieux… et profondément dérangeant. Pour ce dernier, il ne s’agit pas de dire que nous avons moins de libre arbitre que nous le pensons. Selon lui, nous n’en avon