Alors que l’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée, la réduction des émissions de gaz à effet de serre a fortement ralenti. Pourquoi la transition peine-t-elle encore à s’accélérer malgré le consensus scientifique ? Un des freins principaux pourrait trouver racine dans la désinformation climatique, d’après le Haut Conseil pour le Climat, qui vient de publier son rapport annuel dans une version grand public.
En effet, le phénomène de désinformation prend une ampleur grandissante : des lobbies et certains partis politiques arrosent les réseaux sociaux d’informations erronées sur des sujets aussi variés que les énergies renouvelables, le nucléaire, les véhicules électriques, la sobriété, ou encore l’alimentation. À cela s’ajoutent tous les cas de “mésinformations”, ces fausses informations données sans intention malveillante démontrée.
Entre “mésinformations” climatiques et fake news
La désinformation climatique, souvent volontaire, alimente les réseaux sociaux d’intox comme celle prétendant que les éoliennes consomment plus d’énergie qu’elles n’en produisent. À côté, la mésinformation regroupe les erreurs involontaires, comme la reprise de données dépassées sur le coût du véhicule électrique, l’impact de l’envoi d’un mail ou certains ordres de grandeur du recyclage.
Trois ONG - Data for Good, QuotaClimat et Science Feedback - ont épinglé plusieurs médias audiovisuels pour “désinformation climatique”, en particulier Sud Radio, CNews et Europe 1, dans un rapport publié mercredi 22 octobre. 529 affirmations “erronées” sur le climat ont été recensées entre janvier et août 2025 sur dix-huit chaînes de télévision et de radio publiques et privées. Dans les médias privés, presque la moitié (46 %) de ces affirmations provient des journalistes eux-mêmes – sur les chaînes publiques, ce sont les personnalités invitées qui concentrent 92 % des mésinformations identifiées.
Un rapport à destination du grand public
Pour lutter contre cet afflux de fake news, le Haut Conseil pour le Climat a donc produit un document d’une vingtaine de pages, illustré et pédagogique. Il fait un point global sur l’accélération du réchauffement climatique et présente les priorités pour en réduire l’impact sur la biodiversité comme la population. Le HCC formule aussi des recommandations concrètes. Par exemple, à la question : quelles sont les priorités pour les secteurs les plus émetteurs ? L’organisme recommande par exemple de soutenir financièrement la vente de véhicules électriques, et propose un moratoire sur certains projets routiers existants.
Pour relancer la transition climatique, le rapport liste trois conditions préalables : renforcer le pilotage, rendre la transition accessible à tous en prenant compte les vulnérabilités de chacun et enfin assurer des financements cohérents avec ces objectifs. À ce titre, Le HCC détaille aussi les instruments fiscaux et budgétaires pouvant encourager les Français vers des investissements bas carbone. Deux leviers principaux sont mis en avant : l’augmentation du prix des produits les plus polluants et proposer des aides publiques, comme Maprimerénov' ou les Certificats d’économie d’énergie, qui mériteraient de mieux cibler les ménages modestes afin de réduire leur reste à charge encore trop important.
Quel est le rôle du Haut Conseil pour le Climat ?
“Avec ce rapport grand public, nous souhaitons offrir la possibilité à tous les acteurs de mieux comprendre les efforts à faire, mais aussi d’identifier les co-bénéfices de l’action climatique, en termes de santé, de compétitivité et de souveraineté, par exemple”, explique Jean-François Soussana, président du Haut Conseil pour le Climat. Le rôle de cet organisme indépendant est d’apporter un “éclairage factuel et rigoureux sur l’évolution des émissions de gaz à effet de serre de la France, sur l’adaptation au changement climatique et sur les politiques publiques.”
Les rapports du Haut Conseil, même quand ils ne sont pas étiquetés grand public, évaluent les mesures en place et formulent des recommandations pour aider la France à atteindre ses objectifs.
Pourtant, entre baisse du Fonds vert ou des crédits accordés pour Maprimerenov et hausse de la fiscalité sur le solaire, les recommandations du HCC paraissent bien éloignées des préoccupations du Projet de loi de Finances 2026, qui réduit certaines enveloppes vertes, au risque de fragiliser la transition comme le déplorait, il y a quelques jours, le réseau action climat.