Après sept éditions organisées à Bordeaux, le World Impact Summit change d’échelle et s’installe pour la première fois à Paris, les 5 et 6 février 2026, à la Grande Halle de la Villette (XIXe arrondissement). Pour son fondateur, Nicolas Pereira, ce déplacement marque la volonté de donner au sommet un rayonnement national, à la hauteur de ses ambitions : réunir décideurs économiques, responsables politiques et acteurs de terrain autour des grands enjeux de la transition écologique, dans une année qu’il juge décisive.
Dans un contexte de backlash écologique et de recul du discours politique sur ces sujets, Nicolas Pereira observe pourtant un paradoxe : si certains acteurs se désengagent, un noyau dur d’entreprises poursuit ses transformations. L’édition 2026 du World Impact Summit entend s’appuyer sur cette dynamique, en défendant une “écologie par la preuve”, fondée sur des solutions concrètes, mesurables, et une transition rendue à la fois désirable et accessible – y compris dans l’arène politique, avec des débats assumés à l’approche des échéances électorales.
Pourquoi avoir fait le choix de déplacer le World Impact Summit à Paris cette année ?
Le World Impact Summit existe depuis sept ans et a beaucoup grandi à Bordeaux. Mais depuis un ou deux ans, on sentait qu’on atteignait une forme de plafond dans nos ambitions, notamment celle de réunir à la fois des décideurs économiques, politiques et médiatiques sur les grands enjeux de la transition écologique. Migrer à Paris, c’était la condition pour donner à l’événement un rayonnement plus important, toucher davantage d’acteurs et peser plus fortement dans le débat public.
En revanche, le concept reste exactement le même. Il y a toujours des conférences sur les grands enjeux de la transition écologique, mais surtout une forte orientation vers les solutions concrètes. Le sommet, c’est aussi un village qui accueille des solutions portées par des start-up, des collectivités ou des entreprises plus établies, qui viennent montrer ce qu’elles font réellement à l’échelle de leurs organisations ou de leurs territoires.
Comment situez-vous le World Impact Summit par rapport à d’autres grands événements comme ChangeNOW ?
On est très complémentaires. Il n’y a pas de concurrence directe. Deux événements qui parlent de transition écologique, ce n’est pas trop, ce n’est pas suffisant. Plus on est capables de mobiliser des acteurs autour de ces grands rendez-vous, plus on montre qu’il existe une dynamique collective, que des solutions existent et que les acteurs économiques et politiques peuvent se réunir, débattre et avancer. Dans le contexte actuel de recul sur ces sujets, c’est indispensable de continuer à pousser l’agenda de la transition.
Justement, ressentez-vous ce backlash écologique dont on parle beaucoup ?
Oui, mais de manière assez paradoxale. On observe moins de “touristes de la transition écologique”, c’est-à-dire d’acteurs qui s’y intéressaient surtout parce que c’était un sujet sur lequel il fallait se positionner. En revanche, les acteurs réellement engagés continuent à l’être, parfois même davantage. Pour certains, le contexte actuel est une opportunité, un levier de transformation profonde de leur activité. Et puis il y a ceux pour qui ce n’est plus prioritaire, et qui, de fait, sont moins présents.
Ce recul concerne-t-il aussi les entreprises ?
Je dirais que le décrochage est davantage politique qu’économique. Les entreprises, notamment en Europe, sont déjà engagées dans des plans de transformation. Elles n’abandonnent pas tout du jour au lendemain. Il y a des ajustements, des arbitrages, parfois moins de communication, mais les trajectoires continuent. Le monde politique, lui, se détourne davantage de ces sujets parce qu’ils sont devenus moins “portables”. C’est précisément là qu’il faut réaffirmer que la transition reste nécessaire.
Si, aux États-Unis, les contraintes politiques poussent les entreprises et les acteurs financiers à reculer, en Europe, la situation est différente. Le monde de la finance continue, dans l’ensemble, à soutenir les investissements verts. Beaucoup d’entreprises nous disent que leurs financeurs conditionnent encore le coût de l’argent à l’atteinte d’objectifs climatiques. Tant que ces incitations existent, la finance reste un vecteur d’engagement, même si tout n’est pas parfait.
Vous parlez souvent d’“écologie par la preuve”. Comment cela se traduit-il concrètement dans le sommet ?
D’abord par la présence de solutions très concrètes sur le village : une problématique environnementale, une solution, un impact mesurable. Ensuite, dans les conférences, on incite tous les intervenants – économiques, politiques, scientifiques – à apporter des éléments chiffrés, des preuves, des résultats. L’ère de l’information en continu impose cette exigence. Ce n’est pas une posture morale, c’est une nécessité.
Quel sera le fil rouge de l’édition 2026 ?
Rendre la transition écologique désirable et accessible. C’est notre réponse au backlash. Comment redonner envie de transition écologique ? En valorisant les solutions, les résultats, et en montrant que cette transition peut être à la fois enthousiasmante et applicable. Chaque intervenant est invité à venir avec cette idée en tête.
Vous allez jusqu’à dire qu’il faut “utiliser les armes de Coca-Cola” pour la transition…
C’est volontairement caricatural, mais l’idée est là : les grands acteurs savent rendre leurs produits désirables. La transition écologique doit utiliser les mêmes leviers, y compris ceux du marketing. Regardez la mode ou le luxe : certains ont su rendre des pratiques plus durables désirables, au point que tout un secteur suive. Ou BlaBlaCar, qui a totalement transformé la perception du covoiturage grâce à un changement de nom, de narration et de communication. C’est ce type de témoignages que l’on veut mettre en avant.
Cette édition assume aussi une forte présence politique. Pourquoi était-ce important ?
Parce que 2026 et 2027 sont deux années d’échéances majeures, avec les municipales puis la présidentielle. On accueillera notamment un débat autour des municipales à Paris, mais aussi une séquence nationale. L’objectif est de donner une plateforme aux responsables politiques pour qu’ils exposent clairement leur vision et leurs propositions sur la transition écologique.
Avec le recul des sept dernières éditions, qu’est-ce qui a le plus changé dans la transition écologique selon vous ?
On est passé d’une transition écologique relativement “facile”, souvent rentable et consensuelle – comme changer les ampoules –, à une phase beaucoup plus complexe. Aujourd’hui, on touche aux business models, aux modes d’organisation, à la gouvernance des entreprises. Il faut embarquer tout le monde, des actionnaires aux salariés. C’est plus long, plus difficile, et c’est là que beaucoup de freins apparaissent. La vraie question, désormais, c’est : comment embarquer durablement l’ensemble des organisations dans cette transformation ?
Y a-t-il des temps forts que vous attendez particulièrement cette année au World Impact Forum ?
Oui, notamment la table ronde sur la désirabilité, avec des acteurs de la mode et du luxe : c’est la première fois qu’on aborde ce sujet de cette manière. J’attends aussi beaucoup la séquence “Les voix du climat”, qui clôturera la première journée, sur la manière de réembarquer les citoyens. Et enfin, le lendemain, une table ronde sur les entreprises face aux limites planétaires : très peu sont aujourd’hui capables de témoigner concrètement sur ces transformations, et c’est précisément ce qui rend cet échange important.