Chaque année, près de 140 millions de téléphones sont vendus en Europe (quelque 13 millions en France). Et selon l’Agence européenne pour l’environnement, 80-90 % de leur empreinte carbone provient de la fabrication. En clair : plus on renouvelle souvent, plus on pollue. Or, la durée moyenne d’usage d’un smartphone n’excède pas 2 ans et demi, alors qu’il pourrait fonctionner bien plus longtemps.
Face à ce constat, une poignée de marques veut bousculer les codes. Exit la course à la finesse ou à la photo parfaite, place à la résistance, à la réparabilité, et à la transparence. Dans ce domaine, si certaines grandes marques font des efforts, on pense notamment à Apple (le boîtier de l’iPhone est en aluminium recyclé à 85 %), deux acteurs incarnent particulièrement cette transition vers un smartphone plus vertueux : le français Crosscall, pionnier des téléphones “outdoor”, et le néerlandais Fairphone, référence européenne de la tech éthique.
Crosscall, des téléphones pensés pour durer
Née en 2009 d’un besoin très concret – le fondateur de la marque était coincé en mer sans téléphone étanche digne de ce nom – Crosscall a d’abord lancé le Shark, premier mobile flottant. Elle s’est ensuite tournée vers les smartphones outdoor avec une logique simple : prioriser l’usage et la fiabilité plutôt que la surenchère technologique. Une approche qui a séduit aussi le marché professionnel, sensible à la durabilité.
Ce tournant pro arrive en 2018 avec le Trekker-X4 (action-cam intégrée, grosse autonomie, accroche réseau), qui séduit la SNCF. En 2020, la gamme Core dédiée aux métiers de terrain s’impose et équipe policiers et gendarmes. À Aix-en-Provence, le X-Lab, laboratoire maison, a même mis au point une technologie de communication d’urgence permettant, en cas de catastrophe majeure et de coupure réseau, aux équipes de terrain de rester en contact via leurs smartphones.
Mi-octobre, Crosscall a présenté son dernier-né pour le grand public, le Stellar X5s, qui intègre le triptyque de la marque – résistance, étanchéité, autonomie – dans un design plus polyvalent. L’appareil pousse le curseur : aluminium 100 % recyclé pour le boîtier, éléments biosourcés, packaging sans plastique, et surtout une garantie constructeur de cinq ans, batterie comprise, doublée de pièces détachées disponibles pendant 10 ans. Couplé à un SAV en France et à un flux de reconditionnement labellisé, c’est la base de leur équation climat : si 90 % de l’empreinte se joue à la fabrication, on allonge la vie utile.
Un mode “outdoor” qui change tout
Dans ce nouveau modèle, vendu 699,90€, Crosscall a encapsulé les bons réglages dans un mode outdoor accessible en un clic, même gants aux mains. Une fois activé, le smartphone gagne instantanément en autonomie. Comment ? Thème clair plus lisible, applis essentielles mises en avant, notifications parasites réduites et processus en arrière-plan limités pour préserver la batterie. Côté sécurité, un partage de position par SMS (2G à 5G) fonctionne même en réseau faible, du départ à l’arrivée selon la fréquence de son choix (toutes les 2 minutes, 15 minutes…). Et ce, sans grosse perte d’autonomie.
Celle-ci a été pensée pour les longues fenêtres sans accès à une prise : au-delà des 54 heures en usage classique, on peut grappiller ajouter jusqu’à 25 % via des options ciblées (désactivation du Wi-Fi en altitude, reconnexion périodique au réseau, etc.). Ce n’est pas de la magie, les arbitrages sont visibles, rapides, utiles et modulables.
À cela s’ajoute une robustesse validée par de multiples labels (IP68, norme militaire MIL-STD-810H, résistance aux chutes d’1,5 m sur béton et à l’immersion de plusieurs heures en eau salée), confirmée par plus de 300 tests en laboratoire et autant en conditions réelles. Et ce n’est pas que de la théorie, l’appareil est bien souvent utilisé par des athlètes de l’extrême ou encore des guides de haute montagne qui partent en expédition aux quatre coins du monde. “Je l’ai sorti de ma poche par -43 °C pour faire une photo, raconte Jean Annequin, guide et photographe, parti avec des clients en Géorgie du Sud, près de l’Antarctique. À cette température, tout gèle, les appareils tombent en panne… sauf lui. J’ai pris mon cliché, le téléphone a tenu, et il fonctionne encore aujourd’hui.”
Fairphone, la réparabilité en étendard
Loin du spectre “outdoor” et des smartphones durcis, la marque Fairphone mise néanmoins sur la durabilité. À l’instar de son dernier né, le Fairphone 6, sorti fin 2024 et vendu au prix de 599€. Le néerlandais prône une autre forme de robustesse : celle du réparable. Batterie, caméra, haut-parleur, port USB : tout se démonte et se remplace en quelques minutes.
Le constructeur, qui fait fabriquer ses appareils en Europe, le seul à notre connaissance, revendique aussi une traçabilité exemplaire : matériaux recyclés, métaux issus de filières équitables, production contrôlée. Son pari ? Convaincre que la vraie innovation, c’est d’offrir une seconde vie à son appareil, au lieu d’en acheter un nouveau.
Le Fairphone 6 ne joue pas sur le terrain de la performance brute, mais sur celui de la transparence et du droit à réparer. Chaque module est accompagné d’un guide visuel, les pièces détachées sont disponibles sur le site du fabricant, et les mises à jour logicielles garanties jusqu’en 2031. C’est une approche qui replace l’utilisateur au cœur du cycle de vie de son produit, loin du modèle verrouillé des grandes marques.
Cette philosophie va jusqu’à la chaîne d’approvisionnement : la marque s’efforce de sécuriser un approvisionnement responsable en or, tungstène et cobalt, tout en soutenant des programmes salariaux équitables dans ses usines partenaires. Derrière le téléphone, une vision : prouver qu’une électronique plus juste et plus lente est non seulement possible, mais économiquement viable.
Le vrai luxe, c’est le temps
Robuste ou réparable, Crosscall et Fairphone défendent finalement une idée commune : rallonger la vie des objets pour réduire leur empreinte. L’un mise sur la résistance physique, l’autre sur la modularité ; tous deux démontrent qu’un smartphone peut être à la fois performant et conscient de son impact. Leur démarche trouve écho dans une société lassée de la surenchère technologique. Selon un sondage OpinionWay-BackMarket paru en septembre 2025, 86 % des Français considèrent que la durée de vie des produits électroniques devrait être allongée d’au moins cinq ans, et 78 % jugent que les fabricants devraient être légalement tenus de proposer des pièces détachées pendant toute cette période.
Dans un marché saturé, où les géants se disputent à coups de gigapixels et d’IA générative, Crosscall et Fairphone rappellent une évidence : le progrès n’est pas toujours dans le neuf. Un téléphone qui dure cinq ans, c’est autant de ressources économisées, de déchets évités et d’argent préservé. Reste à faire changer les mentalités. Car posséder un smartphone durable, aujourd’hui, c’est presque un acte de résistance. Et peut-être, le véritable luxe de demain : celui de garder, plutôt que de remplacer.