Depuis 2010, le concours “Capitale française de la Biodiversité” valorise les meilleures actions locales en faveur du vivant. Organisé par le ministère de la Transition écologique, l’Office français de la biodiversité, Plante & Cité et le Cerema, il récompense chaque année huit territoires pour leur engagement.
Le thème 2025, “Culture(s) & Biodiversité”, a inspiré une soixantaine de communes et intercommunalités, de la Bretagne au Grand Est, en passant par la Touraine ou la Charente. Au programme : plus d’une centaine d’initiatives mêlant art, patrimoine, traditions, agriculture et éducation à la nature.
Cette année, le jury a réélu Muttersholtz, déjà lauréate en 2017, “Capitale française de la Biodiversité”. Une consécration rare pour ce village alsacien de 2 288 habitants, souvent cité comme modèle dans la transition écologique des territoires ruraux.
Muttersholtz, laboratoire vivant du lien entre culture et nature
Ce qui distingue Muttersholtz ? Une approche profondément transversale. Ici, la biodiversité ne se limite pas à la protection des haies et des mares : elle infuse la vie culturelle, éducative et même spirituelle du village. Résidences d’artistes, festivals, expositions, spectacles vivants… les initiatives foisonnent, portées par une commune où la nature inspire autant qu’elle se restaure.
Au cœur du projet, la création d’une Maison de l’Écologie culturelle, installée dans la nouvelle centralité du village, avec un parc paysager et des liaisons douces pour repenser les mobilités. Autre symbole fort, le jumelage avec une commune guyanaise, qui permet de tisser des ponts entre la biodiversité du Ried alsacien et celle de la forêt amazonienne. À travers ce dialogue, Muttersholtz met en avant la richesse des cultures premières et leur rapport sensible à la nature.
Sensibiliser autrement, du sentier pieds nus à la Forêt sanctuaire
La commune a bâti sa réputation sur la pédagogie et l’expérimentation. Active depuis les années 1970, la Maison de la Nature accompagne habitants et écoles dans des actions de sensibilisation au long cours : inventaires naturalistes, formations, chantiers participatifs, ateliers saisonniers.
En 2010, Muttersholtz avait déjà été pionnière en réalisant un atlas communal de la biodiversité, qu’elle prévoit d’actualiser en 2026. Et elle ne cesse de réinventer ses approches : pour Halloween, un spectacle nocturne au Sensoried – un sentier pieds nus sensoriel à travers le Ried – met à l’honneur les “espèces mal-aimées” comme les araignées ou les chauves-souris, dans une ambiance entre science et légende.
L’innovation culturelle s’étend jusque dans les rites : la commune a créé une Forêt sanctuaire, un espace funéraire d’un genre nouveau, où les urnes cinéraires sont inhumées autour d’arbres choisis, au cœur d’un bois communal. Lieu de recueillement d’inspiration mégalithique, il incarne un rapport apaisé et symbolique au vivant.
Des haies, des vergers et des alliances durables
Sur le terrain, Muttersholtz agit aussi en profondeur pour restaurer les écosystèmes. Sa trame verte et bleue relie progressivement les espaces agricoles, grâce à la création de mares, à la plantation de haies et à la protection des vergers anciens. Certaines de ces haies bénéficient d’une obligation réelle environnementale – un dispositif juridique rare – qui garantit leur préservation à long terme. Et pour valoriser la production locale, la commune anime un atelier municipal de jus de pomme, fruit de la récolte des vergers publics et privés.
Ce modèle coopératif repose sur le dialogue : un programme de trois ans mené avec la LPO et la Maison de la Nature a permis de rapprocher agriculteurs et naturalistes autour d’un objectif commun : mieux comprendre et mieux partager le territoire. L’initiative a été soutenue par le comité régional pour la biodiversité, réunissant l’État, la Région, l’OFB et les Agences de l’eau.
Des champions de la nature aux quatre coins de la France
Aux côtés de Muttersholtz, sept autres collectivités ont été distinguées pour leurs démarches exemplaires. À Mesnières-en-Bray (Seine-Maritime), l’art s’invite dans les jardins : résidences d’artistes, expositions photographiques, parcours pédagogiques… La nature devient une source d’inspiration collective. Angoulême mise sur le “fil vert et culturel”, un plan-guide de végétalisation du centre ancien associé à un musée du Papier réinventé, où l’art dialogue avec le patrimoine naturel.
Tours, “Cité de la gastronomie”, relie nature, alimentation et solidarité, tout en prônant les “droits du fleuve” pour la Loire, devenue citoyenne d’honneur de la ville. Côté intercommunalités, la Côte d’Émeraude (Bretagne) mobilise habitants et artistes autour d’espèces emblématiques ; Bruyères Vallons des Vosges associe culture, sport et biodiversité dans des projets intergénérationnels ; Agglopolys (Blois) mène des actions d’envergure sur la renaturation et la désartificialisation ; enfin Cap Atlantique (La Baule-Guérande) conjugue marais salants, agriculture et art contemporain.
Un concours qui inspire et fédère
Année après année, le concours “Capitale française de la Biodiversité” trace une cartographie vivante de la France des territoires engagés. Derrière chaque palmarès, une idée simple : la transition écologique n’est pas qu’une affaire de technicité, mais aussi de culture, d’imaginaire et de lien social. “La biodiversité est un bien commun ; sa protection passe par une réappropriation collective”, rappellent les organisateurs.
La prochaine édition, prévue pour 2026, portera sur un thème d’une actualité brûlante : la restauration de la nature. Les communes et intercommunalités auront jusqu’au 27 février pour déposer leur candidature. En attendant, Muttersholtz peut savourer son second titre, symbole d’une constance rare dans la durée et d’une cohérence entre écologie, culture et citoyenneté. Preuve aussi qu’une petite commune alsacienne peut devenir un moteur d’innovation écologique.