Proxité : quand un mentor change le regard des jeunes sur leur avenir

Sarah Magniez est chargée de parrainage pour Proxité à Rennes. - © Jérémy Lempin / WD

Publié le par Florence Santrot

Il fait doux dans le petit parc juste derrière les locaux d’une structure associative. Assise sur un banc, Sarah Magniez semble presque assez jeune pour faire partie des jeunes suivis et soutenus par l’association Proxité. Mais, à 25 ans, la chargée de parrainage suit près de 160 binômes mentor·mentoré depuis la rentrée. Des collégiens, des lycéens, des étudiants et des jeunes en recherche d’emploi. “L’idée, c’est d’aider ces jeunes à ne pas se censurer, à croire qu’ils peuvent viser plus haut que ce qu’on leur a parfois laissé entrevoir”, résume-t-elle avec calme.

Proxité, née en 2002 à Saint-Denis en Île-de-France, est aujourd’hui implantée dans une trentaine de villes françaises et compte une cinquantaine d’antennes. En 2023, plus de 2 300 jeunes, issus de quartiers prioritaires, ont bénéficié de l’accompagnement d’un mentor bénévole. À Rennes, l’antenne connaît une montée en puissance rapide, portée par des besoins en orientation, en méthodologie et en confiance. Créée en 2017, elle est désormais présente dans cinq quartiers.

Une relation régulière, personnalisée, transformatrice

Le fonctionnement est simple : un jeune, un mentor, un rendez-vous chaque semaine ou tous les quinze jours. Mais l’impact, lui, est considérable. “C’est vraiment une relation interpersonnelle, insiste Sarah Magniez. Les bénévoles partagent leur expérience, leurs réussites comme leurs doutes. Ils transmettent leurs codes professionnels, ce qui manque souvent aux jeunes qu’on accompagne.”

Les mentors – cadres, techniciens, entrepreneurs, fonctionnaires, juriste… – viennent chercher du sens. Eux aussi apprennent. Ils découvrent le quotidien de jeunes éloignés des réseaux, parfois même de la représentation concrète des métiers. Et ils constatent combien un appel, une mise en relation ou une simple séance de méthodologie peut ouvrir une porte jusque-là invisible.

Lutter contre l’autocensure, une urgence silencieuse

Car le problème est là : l’autocensure. “Beaucoup de jeunes n’ont pas connaissance de tous les métiers. Ils ne savent pas exactement ce qu’est le travail d’un avocat, d’un ingénieur ou d’un professionnel de santé”, observe la chargée de parrainage. Pour ceux issus des quartiers prioritaires, l’écart entre l’école et le monde professionnel se transforme vite en barrière.

Elle le voit quotidiennement. “Certains jeunes, pas forcément très à l’aise en classe, se révèlent en entretien individuel. Ils montrent de la persévérance, de la rigueur.” Partager ces progrès avec les enseignants ou les familles permet de redistribuer les cartes. “C’est hyper valorisant pour eux, et ça les fait vraiment évoluer.”

Une confiance qui rejaillit au-delà du binôme

Le mentorat agit comme un moteur discret mais constant. Dans ce parc rennais, Sarah Magniez raconte comment une simple rencontre peut modifier une trajectoire. “Face à un adulte disponible, dans une relation individuelle, ils s’expriment différemment.” Cette posture plus assurée finit par s’inviter ailleurs : dans la classe, dans la famille, lors du premier entretien d’embauche.

Et parfois, tout se met en place : une filière choisie vraiment – pas par défaut –, un stage décroché, une alternance trouvée. Le mentorat ne supprime pas les obstacles, mais il rend les jeunes capables de négocier avec.

Les entreprises, un maillon indispensable

Pour Proxité, impossible d’avancer sans les entreprises. Sarah insiste : “Elles ont tout leur rôle à jouer. Ouvrir leurs portes, accueillir des jeunes, faciliter l’engagement bénévole… ça peut vraiment changer les choses.”

Beaucoup d’adolescents voient les grands groupes comme des forteresses. “Ils ne savent pas comment les contacter, ni à qui s’adresser.” Le mentor devient alors un passeur. Grâce à son réseau, il offre un premier accès à un monde dont les jeunes se sentaient exclus – par manque d’information plus que par manque de compétences.

Donner des clés pour comprendre un monde qui change

Transitions numériques, écologiques, métiers en évolution rapide… Ces bouleversements n’épargnent pas les jeunes. “Oui, certains s’inquiètent. Ceux qui sont déjà dans l’enseignement supérieur se demandent comment ils vont s’insérer”, confie Sarah Magniez.

Pour répondre à ces craintes, Proxité multiplie les partenariats : associations spécialisées dans les métiers d’avenir, structures d’orientation, dispositifs municipaux. L’idée : élargir le champ des opportunités et aider chacun à naviguer dans un paysage professionnel mouvant.

“J’ai beaucoup d’espoir pour l’avenir”

Le sourire de Sarah ne relève pas de la naïveté. Il est nourri du réel. “Quand je vois les jeunes qui se mobilisent malgré des conditions pas idéales… je me dis qu’ils vont y arriver.”

Ce qui manque selon elle ? “Plus de sensibilisation, de prévention, de rencontres. Montrer que ça fonctionne et que c’est utile. Parce que ça permet de reconnecter la société.”

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