Né en Californie fin 2024, le Non-UPF Program propose la première certification américaine garantissant qu’un produit n’appartient pas à la catégorie 4 de la classification NOVA, c’est-à-dire celle des aliments dits “ultra-transformés”. Autrement dit, des produits industriels conçus à partir de dérivés alimentaires, d’additifs cosmétiques et de procédés lourds comme l’extrusion ou la pré-friture.
Derrière le label, une femme : Melissa Halas, diététicienne reconnue, qui veut aider les consommateurs à “couper court à la confusion sur les étiquettes”. Selon elle, le système actuel ne permet plus de distinguer clairement un aliment simplement transformé d’un produit totalement reconstitué. “Notre objectif est d’aider les Américains à s’y retrouver dans la complexité de l’étiquetage alimentaire et de leur fournir des indications claires concernant les aliments moins transformés. En créant une marque de certification fiable, les consommateurs peuvent faire leurs achats en toute confiance et soutenir les marques qui s’engagent à réduire la présence d’aliments ultra-transformés sur le marché.”
55 % des calories américaines issues de produits ultra-transformés
Le diagnostic est sans appel : plus de la moitié des calories consommées aux États-Unis proviennent d’aliments ultra-transformés, selon les CDC (Centres pour le contrôle et la prévention des maladies). Or, ces produits sont aujourd’hui associés à une hausse du risque d’obésité, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et même de dépression. À eux seuls, les régimes alimentaires déséquilibrés coûteraient 50 milliards de dollars par an au système de santé américain.
Le programme Non-UPF s’inscrit dans ce contexte de défiance et de saturation. Sa grille d’évaluation mobilise chercheurs, diététiciens et experts des politiques publiques pour certifier les produits exempts d’additifs problématiques – nitrites, BHT, huiles végétales bromées, arômes artificiels ou colorants de synthèse. En clair : un aliment peut être transformé, mais il doit l’être sans trahir sa nature.
Une réponse à l’inaction fédérale
“Il existe un vrai vide réglementaire, souligne Melissa Halas. De nombreux additifs n’ont jamais été testés correctement, et la FDA [Food and Drug Administration] n’a toujours pas défini ce qu’est un ‘aliment ultra-transformé’.” Dans cette zone grise, son label fait figure de boussole. Plusieurs États américains – Californie, Arizona, Texas, Louisiane ou encore Virginie Occidentale – commencent d’ailleurs à restreindre certains additifs, tandis qu’une pétition déposée à la FDA – l’administration américaine chargée de la surveillance des produits denrées alimentaires et des médicaments – réclame un retrait du statut “sécuritaire” pour certaines substances utilisées dans les UPF.
L’organisme à but non lucratif Non-UPF Program mise aussi sur l’éducation : webinaires, ateliers, kits pédagogiques pour les écoles et formations pour les professionnels de santé. En parallèle, il mène une étude avec le Teachers College de Columbia University et la Consumer Federation of America pour mesurer la perception des diététiciens sur les aliments ultra-transformés.
Un mouvement en pleine expansion
Le Non-UPF Program n’est plus seul : début 2025, le Non-GMO Project – célèbre pour son label “sans OGM” – a lancé son propre sceau “Non-UPF Verified”, testé sur seize marques de l’agroalimentaire. Ensemble, ces initiatives traduisent un tournant culturel : huit Américains sur dix disent désormais tenir compte du niveau de transformation d’un aliment avant de l’acheter, même si les deux tiers d’entre eux ne savent pas précisément ce que recouvre le terme UPF.
La confusion reste donc forte, alimentée par des campagnes politiques et médiatiques parfois excessives. Certains nutritionnistes rappellent que le degré de transformation ne dit pas tout : “Un aliment peut être industriel sans être néfaste”, préviennent-ils, citant le pain, le tofu ou certains produits végétaux comme exemples d’équilibres possibles.
L’Europe encore à la traîne
Sur le Vieux Continent, aucun label équivalent n’existe vraiment. Si la classification NOVA est largement utilisée par les chercheurs et Santé publique France, elle n’a pas de valeur légale. Le Haut Conseil de la santé publique recommande de limiter les aliments du groupe 4, mais sans fixer de seuils ni d’obligation d’étiquetage.
La Commission européenne, de son côté, préfère renforcer le Nutri-Score et la liste des additifs plutôt que d’intégrer le degré de transformation dans la réglementation. Seule exception : le mouvement du “Clean Label”, ou “étiquette propre”, qui pousse les marques à raccourcir leurs listes d’ingrédients. Très présent en Allemagne et dans le nord de l’Europe, ce positionnement reste toutefois marketing pour l’heure : il ne repose sur aucune norme partagée, ni vérification indépendante.
Vers une nouvelle grammaire alimentaire ?
En attendant, le Non-UPF Program fait office de laboratoire : il traduit dans le langage du marché une idée longtemps restée scientifique. Et pose une question de fond : jusqu’où faut-il réglementer la transformation de notre alimentation ?
Car si la méfiance envers les aliments ultra-transformés est légitime, la solution ne saurait être un retour en arrière ou une diabolisation globale. L’enjeu, désormais, est d’inventer une alimentation industrielle plus vertueuse, où la technologie sert la santé et non l’inverse.