SNANC : quand un mot sur la viande bloque la stratégie alimentaire française

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Publié le par Coline Bérard

Deux ans après le calendrier prévu, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) n’a toujours pas vu le jour. Prévue par la loi “Climat et résilience” de 2021, dans le sillage des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, elle aurait dû être finalisée en juillet 2023. Le texte, présenté au printemps et mis en consultation publique, semblait prêt à paraître début septembre. Mais tout a achoppé sur une ligne : celle évoquant une “limitation de la consommation de viandes et charcuterie”, sans objectifs chiffrés.

À la dernière minute, le cabinet de François Bayrou à Matignon aurait supprimé cette mention pour la remplacer par une version plus édulcorée – et plus acceptable pour les lobbys de la viande : “Cette évolution des régimes alimentaires est caractérisée notamment par une consommation de viande équilibrée, une consommation plus importante de fruits et légumes, de légumineuses et de céréales complètes.”

117 associations réclament la publication de la SNANC

D’après les informations du Monde, ce serait une décision venue de Matignon, via Louis de Redon, conseiller agriculture du Premier ministre. Une initiative jugée “inacceptable” par les ministères de la Santé et de la Transition écologique. Derrière ce bras de fer administratif, une bataille d’idées : peut-on encore parler de réduction de la viande sans déclencher la foudre des filières agricoles ? Quelques semaines plus tard, 117 associations interpellaient le nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, dénonçant : “un mépris démocratique et un déni scientifique face aux enjeux de santé publique et climatique”.

Dans un courrier adressé au nouveau premier ministre, les 117 signataires écrivaient : “Vous avez aujourd’hui la responsabilité et l’opportunité de publier enfin la SNANC. Elle doit être à la hauteur des enjeux de santé publique et de justice sociale et cohérente avec les objectifs climatiques et les engagements internationaux de la France pour le droit à l’alimentation.” En réponse, le cabinet du Premier ministre a promis à Agra Presse, le 21 octobre, la tenue d’un nouveau tour de concertation interministérielle autour de la Snanc.

L’importance d’adopter un régime moins carné

Au-delà du symbole, la SNANC représente un engagement clé de la France pour transformer son modèle agricole et alimentaire, tout en respectant ses objectifs climatiques européens. Derrière le débat sur la viande se joue donc bien plus qu’une question de goût : un enjeu à la fois climatique, sanitaire et social.

Le Haut Conseil pour le climat le rappelait encore en janvier 2024 : pour réduire de moitié les émissions agricoles d’ici 2050, il faudra abaisser d’au moins 30 % la consommation de produits d’origine animale. Un objectif réaliste, puisque les pratiques évoluent déjà. Selon un baromètre du Réseau Action Climat publié en mars, plus d’un Français sur deux (53 %) affirme avoir réduit sa consommation de viande ces trois dernières années. Et 77 % se disent prêts à aller plus loin si cela permet de limiter les importations et de soutenir les éleveurs engagés dans des pratiques plus durables.

“La majorité des sondés est d’accord avec l’objectif général de manger moins de viande, si c’est bon pour la santé, et encore plus si cela permet de mieux rémunérer les éleveurs”, résume Benoît Granier, responsable alimentation au sein du Réseau Action Climat, cité par Le Monde.

La science insiste sur la nécessité de changer les régimes alimentaires

La science, elle, plaide sans détour pour un changement global des régimes alimentaires. Début octobre, la commission scientifique pluridisciplinaire EAT-Lancet publiait une étude réaffirmant l’urgence d’adopter un “régime de santé planétaire” – plus végétal, plus varié et plus sobre. Une telle évolution pourrait éviter jusqu’à 15 millions de décès prématurés par an dans le monde et diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre du système alimentaire, l’un des plus polluants de la planète.

En attendant, faute de stratégie claire, la consommation de viande en France stagne. Et avec elle, les impacts sanitaires, environnementaux et climatiques d’un modèle alimentaire qui peine encore à évoluer malgré l’évidence scientifique.

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Ce n'est pas toujours simple d'ingérer suffisamment de protéines en étant végétarienne. Il faut que je me renseigne davantage sur les sources de protéine et de fer hors viande/poisson.

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