À trois mois des municipales, l’hémorragie des maires inquiète jusqu’au sommet de l’État. Il ne se passe pas une journée sans qu’un maire quitte son poste. Depuis les dernières élections de 2020, chaque année, 417 maires ont démissionné. Ce phénomène a atteint une ampleur inédite, comme le démontre une étude publiée en juin par le Cevipof et l’Association des maires de France (AMF) : les départs sont deux fois plus nombreux que lors de la précédente législature (2014-2020), et trois fois plus qu’entre 2008 et 2014.
Cette crise de vocation décourage aussi les maires à se représenter lors des prochaines élections : une étude menée par Sciences Po avec le Cevipof, et publiée en avril 2025, estimait que seuls 42 % des maires en fonction avaient l’intention de se représenter, à un an du scrutin.
Un statut longtemps inexistant
Pourquoi un tel désaveu ? D’abord parce que le statut des élus locaux n’était jusqu’ici qu’un patchwork de règles éparses, loin d’un véritable cadre protecteur. En France, ils sont près de 560 000 à exercer un mandat : 35 000 maires, 450 000 conseillers municipaux, auxquels s’ajoutent les conseillers communautaires, départementaux et régionaux. Beaucoup cumulent ces responsabilités avec un emploi, jonglant entre réunions tardives, déplacements, obligations administratives et pression quotidienne.
D’un côté, l’exercice du mandat se professionnalise. De l’autre, les droits et garanties n’ont pas suivi. Résultat : une dégradation des conditions d’exercice qui pèse lourd sur l’attractivité des fonctions. “L’objectif n’est pas d’accorder des privilèges aux élus mais de favoriser l’engagement de tous dans la vie publique”, rappelait Catherine Lhéritier, coprésidente du groupe de travail de l’AMF, lors d’un forum organisé au 107e congrès des maires.
Ce que la réforme du statut de l’élu change concrètement
La proposition de loi, adoptée à l’unanimité en commission des Lois, doit être examinée par les députés les 8 et 9 décembre 2025 avant une promulgation espérée d’ici la fin de l’année. Elle aborde les trois moments clés de la vie d’un élu local : avant, pendant et après le mandat.
Première étape : rendre l’engagement plus accessible. Le congé électif, indispensable pour mener une campagne, passerait ainsi de 10 à 20 jours. Ce congé sans solde, jusque-là trop court pour de nombreux candidats, concernerait les élections locales, législatives et européennes.
Pendant le mandat, le texte s’attache à améliorer les conditions d’exercice : revalorisation des indemnités, prise en charge des frais de transport, de garde ou d’assistance aux personnes âgées, meilleure couverture des situations de handicap. Le projet introduit même un statut de l’élu étudiant. “L’enjeu, c’est de diversifier les profils en permettant notamment aux étudiants, aux parents de jeunes enfants ou aux personnes en situation de handicap de s’engager”, souligne Stéphane Delautrette, député de la Haute-Vienne. Aujourd’hui, 80 % des maires sont des hommes, en moyenne âgés de 60 ans. L’allongement du congé de formation et la clarification de certains conflits d’intérêts figurent aussi au menu.
L’après-mandat, pris aussi en compte
Enfin, la réforme entend accompagner l’après-mandat, souvent source d’inquiétude. Elle prévoit un bilan de compétences et un parcours de validation des acquis de l’expérience pour faciliter la reconversion professionnelle des élus qui quittent leurs fonctions.
Reste une question, la plus décisive : ces avancées suffiront-elles à enrayer la crise d’engagement qui secoue les communes, parfois jusque dans les plus petits villages ? En donnant enfin un cadre digne de ce nom à celles et ceux qui s’investissent localement, la réforme pourrait ouvrir la voie à une vie publique plus diverse, mieux protégée et plus accessible. Mais c’est désormais aux élus – et surtout aux futurs candidats – de dire si ces nouvelles garanties leur redonnent l’envie de s’engager.