Montrer que la société civile américaine se mobilise pour lutter contre le changement climatique. C’est l’objectif d’Antha Williams, directrice du programme Climat pour la fondation Bloomberg Philanthropies et de Mary Anne Hitt, directrice de la campagne Beyond Coal, littéralement “au-delà du charbon” .
De passage à Paris, à l’occasion de la sortie en avant-première du documentaire From the Ashes, de Michael Bonfiglio, elles sont revenues sur la décision de Donald Trump de sortir de l’Accord de Paris.
Le 28 mars, alors que ce dernier ordonnait un réexamen du Clean Power Plan, programme lancé par Barack Obama pour permettre l’accélération de la transition énergétique, ce dernier avait lancé à l’adresse des mineurs :
A NEW ERA IN AMERICAN ENERGY! #MadeInTheUSA
Watch here: https://t.co/EG02Fdlkba pic.twitter.com/XT12jqoIqj— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) 28 mars 2017
Le 1er juin, Donald Trump annonçait le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris. La décision a provoqué un véritable tollé outre-Atlantique et partout dans le monde. Aux États-Unis, maires des grandes villes, gouverneurs, chercheurs et chefs d’entreprises lancent le 5 juin la coalition “We are still in”.
L’objectif affiché : que les États-Unis demeurent un chef de file mondial dans la réduction des émissions de carbone. Antha Williams est catégorique :
Selon Mary Anne Hitt, la campagne Beyond Coal pourra assurer 60 % du respect des engagements américains d’ici 2020.
Les déclarations de Donald Trump sont, aux yeux des deux activistes, totalement irréalistes. “Prétendre que nous reviendrons à un âge d’or du charbon est faux”, s’insurge Anne-Mary Hitt. “Dans la région des Appalaches, où se trouvent de nombreuses mines, 80 % des emplois liés au charbon ont disparu”, rappelle-t-elle.
Et si Donald Trump se sert du mythe des mineurs — icônes de la seconde guerre mondiale —, il est, estime l’activiste, “peu sensible à leur détresse” :
Contre le changement climatique, les communautés locales font la différence
À la question de savoir qui remportera le bras de fer, la société civile ou l’administration de Trump, les deux activistes répondent en cœur : “la société civile !”
La campagne Beyond Coal repose sur l’idée que ce sont avant tout “les communautés locales qui peut faire la différence. En matière de décisions concernant le bouquet énergétique, les décisions ne sont d’ailleurs pas prises à Washington mais par les États, les villes de ces États et par les élus locaux.”
Menée en partenariat par la fondation Bloomberg Philanthropies — fondée par l’ancien maire de New-York et milliardaire Michael Bloomberg —, et l’association environnementale Sierra Club, cette campagne a débuté en 2011.
Elle trouve son origine dans l’annonce, faite au début des années 2000, de la construction de 200 nouvelles usines à charbon.
Le charbon, le plus gros contributeur au réchauffement climatique
Cette baisse de la consommation et de la production de charbon s’observe aux États-Unis depuis 2009, compensée par une hausse de la consommation de gaz naturel. Si le Sierra Club se concentre sur le charbon, “c’est parce qu’il reste le plus gros contributeur au réchauffement climatique et cause de nombreuses maladies”, précise Anne Mary Hitt. Elle espère néanmoins que les États-Unis atteindront 100 % d’énergie renouvelable d’ici 2030.
Encouragées par les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), qui souhaitent se fournir en énergies renouvelables, les entreprises investissent de plus en plus dans celles-ci. D’autant plus que l’énergie solaire est désormais moins chère que le charbon aux États-Unis, comme le rappelle The Independant.
Aujourd’hui, ce sont trois millions d’Américains, qui sont employés par le secteur économique de la transition énergétique, rappelle le WWF. Les emplois dans les secteurs du solaire et de l’éolien ont augmenté douze fois plus vite que la moyenne nationale.
Pour que l’espoir renaisse, des investissements sont nécessaires
Reste que dans les régions qui voient disparaître l’industrie charbonnière, la revitalisation des territoires ne pourra se faire sans aide financière.
Les mineurs observent les effets du charbon sur leur santé — ce sont 7 500 personnes qui meurent chaque année aux États-Unis à cause de l’industrie du charbon —, et sur la santé de l’environnement. Pour autant on ne leur donne pas assez de solutions de remplacement.
“Il faut décider au niveau politique d’injecter suffisamment d’argent pour que l’économie reprenne et que l’espoir renaisse”, insiste la directrice de la campagne Beyond Coal. Des investissements, qui permettraient notamment d’offrir aux anciens mineurs des formations dans les énergies renouvelables.