Le 12 août prochain, une éclipse totale de Soleil traversera une partie du territoire espagnol, sur une ligne allant approximativement d’Oviedo, sur la côte atlantique, à Valence, sur la Méditerranée. Ce sera l’éclipse totale la plus proche du territoire métropolitain français depuis celle de 1999 qui avait traversé le nord de notre pays.
Les éclipses totales comptent parmi les phénomènes naturels les plus impressionnants qui soient. Elles laissent un souvenir durable à ceux et celles qui ont la chance d’y assister et offrent un rare moment de joie collective. Pour bien profiter, il convient cependant de faire preuve d’un peu de prévoyance et de prendre quelques précautions.
Comment ça marche ?
La Lune tourne autour de la Terre en peu moins d’un mois. Quand la Lune est à l’opposé du Soleil par rapport à la Terre, la quasi-totalité de sa partie éclairée est visible depuis notre planète, c’est la pleine Lune. Une petite quinzaine de jours plus tard, un nouvel alignement se produit, mais cette fois c’est la Lune qui se trouve entre la Terre et le Soleil. Vu de notre planète, la partie éclairée de son disque est alors cachée par la partie non éclairée. L’astre est alors invisible depuis la Terre, c’est la nouvelle Lune. Depuis la Terre, la Lune et le Soleil semblent avoir la même taille.
Ce n’est là qu’une illusion d’optique : en réalité la Lune est 400 fois plus petite que notre étoile… mais le hasard fait qu’elle est aussi 400 fois plus proche, ce qui permet de couvrir une surface équivalente à celle de notre étoile et donc de l’occulter de temps à autre. En quelques rares occasions, la nouvelle Lune se produit alors que celle-ci se trouve à ce moment-là exactement entre la Terre et le Soleil, ce qui ne se produit au mieux qu’une fois toutes les cinq ou six lunaisons. Depuis certains endroits, elle peut alors occulter la totalité du disque solaire, et pendant quelques minutes il fait nuit en plein jour.
Éclipses partielles, totales, annulaires
Quand l’alignement entre la Lune et le Soleil n’est pas parfait, seule une partie du disque solaire est occultée par notre satellite. On parle d’éclipse partielle. Si l’alignement est parfait, alors deux cas de figure sont possibles. La distance Terre-Lune varie d’environ 10 % lors de la lunaison et la distance Terre-Soleil de 3 % au cours de l’année. Ces petits écarts font que parfois le disque lunaire est un peu trop petit pour occulter totalement notre étoile : on parle alors d’éclipse annulaire car seul un fin anneau, correspondant au limbe du disque solaire, reste visible quand la Lune passe devant notre étoile. Dans le cas contraire, le disque lunaire est suffisamment grand pour occulter totalement l’astre du jour : on parle d’éclipse totale.
Il s’en faut de peu toutefois, aussi l’alignement entre la Lune, le Soleil et le point d’observation doit-il être presque parfait : sur Terre, seule une petite zone dont l’extension mesure une ou deux centaines de kilomètres est concernée. L’action combinée de la rotation terrestre et du mouvement lunaire font que l’alignement ne dure pas longtemps depuis un lieu donné : rarement plus de quatre minutes, jamais plus de sept. L’ombre de la Lune se déplace ainsi à la surface de notre planète à plus de 1 500 km/h, suivant une bande (logiquement appelée bande de totalité) de plusieurs milliers de kilomètres de long, parcourue dans le sens ouest-est et qui s’incurve soit vers le nord, soit vers le sud, jusqu’à ce que la Terre ne soit plus située le long de l’axe Lune-Soleil. La phase partielle, qui précède et suit la phase de totalité, ou celle à laquelle on peut assister en dehors de la bande de totalité, est bien plus longue : elle dure typiquement deux heures.
Ce qui va se passer Le 12 août
L’éclipse du 12 août prochain prendra naissance au-dessus de l’océan Arctique. Elle traversera une partie de l’est du Groenland, survolera la côte ouest islandaise, puis s’élancera dans l’océan Atlantique en direction du sud-est. Elle touchera terre en début de soirée sur la côte nord-ouest de l’Espagne et traversera la péninsule ibérique, toujours dans la direction du sud-est, puis survolera les îles Baléares au couchant. Le nord de la bande de totalité passera à quelques dizaines de kilomètres à peine de l’ouest de la frontière franco-espagnole. L’éclipse ne sera donc totale nulle part en France, mais le disque solaire y sera fortement occulté : à plus de 99 % du côté de Biarritz, 98 % à Toulouse, 92 % à Paris et encore plus de 90 % à Lille (voir carte ci-dessous). D’où que vous soyez depuis la métropole, ce ne sera donc qu’un fin croissant de Soleil et un ciel anormalement sombre qui seront alors visibles pendant quelques dizaines de minutes en soirée, vers 20h30.
Conseils pratiques
Au vu des chiffres ci-dessus, la phase partielle, la seule visible depuis la France, offrira déjà un spectacle rare. Mais les éclipses totales sont suffisamment exceptionnelles pour que vous souhaitiez peut-être faire quelques centaines de kilomètres pour assister à la phase de totalité. Le bilan carbone y sera bien meilleur que l’immensité des éclipses des décennies à venir qui se produiront bien plus loin de chez nous, et comme pareilles occasions ne présentent que très rarement (quoiqu’une seconde chance se présentera l’année prochaine, comme vous le verrez un peu plus loin), vous trouverez ci-dessous quelques conseils utiles pour vivre au mieux le moment, en se basant sur ce qu’il s’est passé lors d’une éclipse récente visible en 2024 en Amérique du Nord.
En avril 2024, une éclipse totale avait en effet traversé le territoire états-unien, depuis le Texas, au sud, jusqu’au Maine, au nord-est. Peu après, deux cartes avaient circulé sur la Toile qui reproduisaient avec une remarquable acuité le tracé de la bande de totalité. La première avait été diffusée par l’entreprise Airbnb, et montrait le taux de remplissage des locations disponibles sur la plateforme le jour de l’éclipse. Alors que celui-ci était relativement modéré à peu près partout dans le pays, il frisait les 100 % le long de la bande de totalité. Autrement dit, si vous souhaitez cette année passer la frontière pour vous trouver sur la bande de totalité en Espagne le 12 août prochain, ne perdez plus une seconde et mettez-vous en quête d’un logement le plus rapidement possible.
Rendez-vous en Espagne le 12 août
En effet l’éclipse survolera le territoire espagnol en toute fin de journée (vers 20h30, heure locale) et sauf à conduire de nuit, il vous sera nécessaire de trouver un toit sur place avant de rentrer chez vous. Où vous rendre, plus précisément ? C’est à vous de décider, en fonction de ce que vous trouverez bien sûr, mais aussi en fonction du plus opportun, qui consiste en premier lieu à savoir éviter les nuages qui gâcheraient le spectacle. À cet égard, l’Espagne au mois d’août offre de bien meilleures conditions météo que l’Islande ou le Groenland, mais sa côte nord est défavorablement connue pour être souvent beaucoup plus couverte que d’autres régions du pays.
Par ailleurs, l’éclipse se produira assez tard dans la journée, alors que le Soleil sera assez bas sur l’horizon, augmentant la probabilité qu’un nuage lointain ne se trouve sur la ligne de visée, une situation qui sera d’autant plus prononcée que l’on se trouve à l’est sur la bande de totalité où le Soleil sera d’autant plus bas, voire en train de se coucher. Il faut donc veiller à jouir d’un horizon ouest le plus dégagé possible, et prier pour que les nuages lointains de fin de journée n’y soient pas. Bref, si vous êtes trop à l’ouest, la couverture nuageuse risque de vous jouer des tours et trop à l’est, un Soleil trop bas augmentera les risques que vous ne voyiez rien.
Le centre du pays, du côté de Burgos ou Saragosse est sans doute ce qui offre le meilleur compromis… mais sans garantie bien sûr : faire des centaines ou des milliers de kilomètres et dépenser un nombre comparable d’euros pour assister au spectacle n’a jamais offert la moindre garantie que la météo y serait d’autant plus clémente. Mais cela fait partie intégrante du jeu : la beauté du spectacle tient aussi à l’incertitude des conditions météo à l’heure H et à l’inévitable tension que cela génère. Si on se réfère à l’éclipse américaine de 2024, le Texas offrait a priori de meilleures conditions météo pour une observation optimale, mais c’est finalement le nord-est du pays et au-delà, le sud-est du Canada où le ciel était le plus dégagé…
Protéger ses yeux : une priorité
Que vous tentiez d’assister à la phase de totalité en Espagne ou que vous vous contentiez de la phase partielle en France, le maître mot sera de veiller à protéger vos yeux. En 2024, l’autre carte qui avait circulé à l’issue de l’éclipse avait été diffusée par Google. Elle montrait les requêtes géolocalisées sur le territoire états-unien relatives à des douleurs oculaires. Là encore, une forte augmentation de ces requêtes était clairement visible le long de la bande de totalité, et de façon plus marquée dans la partie nord-est car les nuages s’y étaient montrés plus discrets ce jour-là…
Si le Soleil peut être observé sans protection pendant la brève phase de totalité, c’est-à-dire au mieux pendant deux minutes pour l’éclipse à venir, regarder le reste du temps le Soleil en vision directe, sans protection, et de façon prolongée (c’est-à-dire plus que quelques secondes) présente en effet le risque de vous causer de graves lésions oculaires qui ne guérissent pas forcément avec le temps. Impossible donc de profiter de la phase partielle sans protection adéquate.
S’équiper d’un matériel fiable… et suivre les consignes
Évitez à tout prix de vous bricoler vous-même un filtre maison avec lunettes de soleil empilées, CD, radiographie ou autre : même si vous constaterez que vous disposez d’un instrument rudimentaire qui filtre efficacement la lumière visible (celle qui vous éblouit), rien ne vous garantit qu’il est aussi efficace contre les rayonnements infrarouges ou ultraviolets, invisibles, indolores mais tout aussi délétères pour votre rétine quand ils la frappent à haute dose. Au lieu de cela, procurez-vous dans des boutiques spécialisées comme la Maison de l’Observation à Paris des lunettes spéciales éclipse impérativement estampillées CE et ISO 12312-2 qui sont à l’heure actuelle en vente au prix de quelques euros. Là encore n’attendez pas la dernière minute car les délais de livraison augmentent à mesure que les stocks s’amenuisent. Une alternative possible en cas de rupture complète de stock : des verres de soudeur grade 13 ou 14 que vous trouverez dans des magasins de bricolage ou autres boutiques en ligne.
Inutile de prendre un grade plus élevé que 14 car vous ne verrez plus le Soleil tant les grades 15 et 16 sont filtrants. Le grade 13 filtre légèrement moins que le 14 mais pourra être plus approprié alors que le Soleil baissera sur l’horizon, surtout si le ciel est voilé. Dans le doute, prenez les deux. Quelle que soit la protection (fiable) utilisée, sachez que celles-ci ne sont calibrées que pour une vision directe. Elles ne doivent en aucun cas être montées sur des optiques de type jumelles ou téléobjectif pour lesquels des filtres spéciaux peuvent être trouvés dans des boutiques spécialisées.
Ce que l’on verra et à quel moment
En supposant qu’il n’y ait pas de nuages pour gâcher la fête, la phase partielle sera relativement longue et commencera vers 19h30 (le moment exact dépend de là où vous serez). À mesure qu’il baissera sur l’horizon, le disque solaire se fera croquer en une heure environ par le disque lunaire dont vous verrez la silhouette se découper sur le premier cité. Quand l’occultation commencera à être importante et dépassera les 60 ou 70 %, vous finirez par remarquer que le ciel est moins lumineux qu’il devrait être, quand bien même le Soleil reste éblouissant. Si vous êtes à proximité d’un arbre vous remarquerez aussi que la lumière qui passe à travers le feuillage ne fait pas des ronds quand elle arrive au sol, mais des croissants, chose que vous constaterez aussi en faisant passer la lumière solaire… à travers les trous d’une passoire.
Quelques minutes avant la phase de totalité les choses s’emballent. Les oiseaux, surpris de la brusque baisse de luminosité rentrent parfois précipitamment au nid. Quelques secondes avant la totalité, le Soleil est presque totalement occulté seules quelques vallées lunaires situées sur le limbe de notre satellite laissent encore passer la lumière du Soleil. La Lune se pare sur un côté d’une collerette de points lumineux appelés grains de Bailly. Presque immédiatement après commence la phase de totalité. Il fait presque nuit : le Soleil est occulté par la Lune et on a tout loisir de voir étoiles et planètes s’allumer fugacement dans le ciel, même si la configuration de ce jour-là ne sera pas optimale à cet égard.
Admirer l’invisible : la couronne solaire
Dans certaines directions, l’horizon ne sera pas parfaitement sombre cependant : à quelques dizaines de kilomètres de là où vous serez, on est déjà en dehors de la bande de totalité, et la surface terrestre y est encore éclairée par notre étoile. De votre point d’observation, vous verrez l’atmosphère au loin en diffuser encore la lumière. Il ne fera donc pas totalement nuit noire, la luminosité résiduelle sera assez proche de celle d’une nuit de pleine Lune. Le plus spectaculaire réside cependant dans la région qui entoure le Soleil. La couronne solaire (c’est son nom) est d’ordinaire invisible du fait que la diffusion de la lumière solaire sur l’atmosphère terrestre resplendira alors, montrant de délicates structures sculptées par le champ magnétique solaire.
Vous pourrez même les observer en toute sécurité aux jumelles, mais uniquement pendant la phase de totalité : prévoyez de mettre une alarme afin d’arrêter d’observer avec des instruments avant que le Soleil n’émerge de derrière la Lune. Et bien sûr, vous serez transportés par ce moment de communion avec les autres personnes présentes – où que vous soyez il y aura du monde – une joie brute, primitive, liée à un moment unique, fugace et impressionnant qu’un ne connaît qu’une ou deux fois dans sa vie. Moins de deux minutes plus tard, c’en sera fini, avec, espérons-le la joie d’avoir pu y assister sans aléas météo et, peut-être, une furieuse envie de revivre l’expérience une nouvelle fois.
Deux autres éclipses à venir !
L’Espagne va être particulièrement gâtée en matière d’éclipses de Soleil ces deux prochaines années. Moins d’un an après celle du 12 août, elle connaîtra une seconde éclipse totale, le 2 août 2027, cette fois dans l’extrême sud du pays, éclipse qui sera également visible depuis une bonne partie de la côte nord-africaine. Et, chose incroyable, une troisième éclipse traversera le pays moins de six mois plus tard, le 26 janvier 2028, même si cette fois elle sera “seulement” annulaire. Trois éclipses en moins de dix mois au-dessus d’un territoire relativement petit est une configuration particulièrement heureuse et trois occasions d’en profiter à moindre coût, financier et environnemental, depuis la France.
Car en comparaison, il n’y aura pas grand-chose à se mettre sous la dent (ou dans la rétine) ces prochaines années et même décennies de notre côté des Pyrénées. La prochaine éclipse totale visible depuis un bout de territoire de France aura lieu un 12 août… mais en 2045, du côté de la Guyane, soit dans dix-neuf ans. Deux éclipses traverseront ensuite le territoire métropolitain quatorze et trente ans plus tard, le 5 novembre 2059 sur un quart sud-ouest du pays puis le 13 juillet 2075 à l’extrême sud-est du pays, mais la Lune sera alors trop loin de nous pour occulter totalement le disque solaire : ce seront donc également des éclipses annulaires. Pour la prochaine éclipse totale visible depuis la métropole, il faudra attendre quelques années supplémentaires, plus précisément le 3 septembre 2081 en début de journée sur la partie nord du pays, et comme en cette fin de siècle la mécanique céleste sera alors clémente avec nos descendants, il ne faudra guère attendre plus de neuf ans pour la suivante, à savoir le 23 septembre 2090, cette fois au couchant sur un quart nord-ouest du pays.