Homme souriant en chemise bleue devant un fond de verdure floue.
©

Les jours d’après : “Nous ne pouvons plus laisser le vivant perdre à chaque arbitrage”

Et si protéger le vivant devenait enfin notre priorité ? Dans cette tribune, Allain Bougrain Dubourg imagine les réformes qui pourraient faire des jours d’après le début d’un véritable changement.

Suivez-nous sur Discover

Publié le

Ne pas regarder l’avenir, c’est faire preuve de lâcheté. Il faut pourtant admettre que la perspective du futur s’annonce sombrement.

Non seulement l’homme s’est employé à déconstruire méthodiquement la planète mais il a cru bon d’y ajouter des guerres. Les lendemains nous condamnent-ils au pire ?

À cette perspective, je propose l’hédonisme. Et pourquoi pas une planète semblable à l’Antarctique ? Dans un sursaut de sagesse, les hommes auraient choisi de préférer la préservation du milieu à son exploitation irrationnelle. Le traité de l’Antarctique, confirmé en 1991, désigne le continent blanc en réserve naturelle “consacrée à la paix et à la science”. Cette décision d’intérêt général aurait fait école. Désormais, les puissants du monde feraient de cette démarche un principe.

Donner la priorité à la biodiversité

La bête, la plante, la terre, l’eau et l’air ne seraient plus relégués. D’accessoires, ils deviendraient prioritaires. Un changement inédit aurait également marqué le nouveau Gouvernement. À l’instar de 2007 qui éleva le ministère de la Transition Écologique au plus haut niveau de l’exécutif, le droit et la science feraient désormais référence. Le GIEC et l’IPBES, jusqu’alors courtoisement écoutés mais pas entendus, valideraient dorénavant (ou non !) les décisions publiques impliquant le climat et la biodiversité. Naturellement l’OFB, l’ADEME, l’ANSES et bien d’autres établissements publics remarquables mettraient en œuvre les stratégies d’intérêt général.

Bercy ne serait pas en reste. Constatant que pour 3 euros accordés à la biodiversité 30 euros étaient investis dans des financements qui lui étaient préjudiciables, le ministère de l’Économie et des Finances aurait interdit les budgets destructeurs.

De même le sort des “ESOD” (espèces susceptibles d’occasionner des dégâts, autrement dit “nuisibles”) aurait été revisité pour des raisons financières. Suite au rapport du Museum National d’Histoire Naturelle révélant que le coût des dégâts s’élevait à moins de 23 millions d’euros, tandis que l’investissement nécessaire, à la lutte atteignait les 123 millions d’euros, il fut décidé de ne plus poursuivre la destruction des espèces dites “nuisibles”.

Limitation de la chasse, fin des élevages industriels…

La chasse, en perte de vitesse, aurait subi un sérieux nettoyage. Toutes les espèces figurant sur la liste rouge de l’UICN, parce qu’en mauvais état de conservation, seraient interdites de tirs. Elles rejoindraient le reste de la liste des espèces protégées. Cette mesure aurait été décidée par les chasseurs eux-mêmes qui dans la foulée, auraient mis un terme au gibier d’élevage. 20 millions d’animaux élevés dans des conditions contre nature, avec notamment des revêtements plastiques sur les becs pour éviter le cannibalisme, appartiendraient enfin à un autre temps. Même interdiction pour la chasse à courre pratiquée enfin avec des leurres. Comme partout en Europe, le déterrage des blaireaux et renards appartiendrait au passé.

Sur pression de l’opinion publique, la révolution agricole aurait peu à peu effacé les élevages industriels. Plus d’isolement sans lumière du jour, plus de contentions, plus de cages exiguës, plus de hangars surchauffés par les canicules. Les insupportables élevages de lapins furent les premiers à subir les réformes puis l’interdiction. Il faut dire qu’un quart des animaux mourraient avant d’être conduits à l’abattoir à l’âge de 2 mois.

Une faune sauvage reconnue comme “sensible”

Autre mesure historique, les animaux ne pourraient être élevés, transportés et abattus que sur le territoire national. Fini les voyages aussi interminables que mortifères. Dans le même temps les arènes se seraient vidées. La mort en spectacle aurait connu une telle désaffection qu’après l’Espagne, la France en aurait fini avec la tauromachie. La justice aurait également évolué. La reconnaissance de la sensibilité jusqu’alors exclusivement reconnue aux animaux domestiques ou sauvages tenus en captivité, se serait étendue à l’ensemble de la faune sauvage. Tel le chien, le loup bénéficierait légitiment du statut d’être sensible.

À ce moment de l’histoire, alors que la liste des réformes n’est pas encore close, mon portable se met à sonner. Le réveil brutal me ramène à la réalité. Tout cela n’était qu’un rêve…

Ce qu’il faut retenir

Une idée forte
Le vivant ne peut plus être relégué au second plan : il doit devenir le point de départ de toutes les décisions publiques.

Une urgence
Cesser de sacrifier la biodiversité au nom d’intérêts économiques ou de choix politiques de court terme qui compromettent notre avenir commun.

Une piste d’action
Faire de la protection du vivant un principe d’action, en réorientant les politiques publiques, les financements et les pratiques vers la préservation des écosystèmes et du bien commun.

Sources

Sujets associés