Un enfant souriant se tient dans une pépinière entourée de plantes vertes.
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Les jours d’après : “Nous ne pouvons plus protéger les humains sans protéger le vivant”

Au milieur d'une une nurserie de plantes, ce jeune enfant incarne l’enjeu des jours d’après : restaurer le vivant pour rendre nos territoires plus habitables et protéger les générations qui grandissent avec la surchauffe.

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Lors de ces derniers épisodes de canicule, il n’y a pas que la chaleur qui m’a affectée. Il y a aussi le silence. Nous avons beaucoup entendu parler des records de température, de la nécessité d’équiper la France de climatiseurs, des bâtiments qu’il faudra adapter. Nous avons beaucoup moins entendu parler des arbres absents, des sols artificialisés, des zones humides disparues, des haies arrachées, des insectes qui ne bourdonnent plus, des oiseaux dont le chant s’estompe.

Ce silence n’est pas anodin. Il révèle un angle mort de notre manière de regarder les crises écologiques. Nous observons leurs conséquences – les températures, les sécheresses, les incendies – sans regarder suffisamment ce qui détermine notre capacité à y faire face : l’état du vivant naturel. Aussi, ces épisodes de canicule ne révèlent pas seulement notre vulnérabilité climatique. Ils révèlent l’inadaptation de notre manière de penser l’action publique.

Nous ne vivrons pas demain grâce à davantage de climatiseurs. Nous vivrons grâce à davantage de nature.

Sandrine Bélier

- Directrice de l'association Humanité et Biodiversité.

Faire du vivant une politique d’adaptation

Pendant des années, nous avons appris à mesurer le changement climatique en tonnes de carbone, en émissions de gaz à effet de serre et en fractions de degrés. C’était indispensable, mais cette approche a progressivement réduit le climat à une question d’émissions et de températures. Elle a laissé dans l’ombre une autre réalité : la capacité d’un territoire à s’adapter dépend autant du bon fonctionnement de nos écosystèmes que de la baisse de nos émissions. Si nous avons fait du climat une politique de réduction des émissions, nous n’avons pas encore pleinement fait du vivant une politique d’adaptation.

La chaleur que nous subissons est aussi le reflet de nos choix d’aménagement. Une ville minérale ne réagit pas comme une ville arborée. Un sol artificialisé ne joue plus son rôle de régulateur. Une rivière canalisée, une haie arrachée, une zone humide détruite, une forêt fragilisée ne rendent plus les services que les écosystèmes nous offrent depuis toujours. Ces milieux naturels sont des infrastructures écologiques qui rafraîchissent l’air, retiennent l’eau, protègent les sols et amortissent les événements extrêmes.

En quête de territoires capables de protéger

La biodiversité n’est pas seulement une victime collatérale du changement climatique, elle est aussi notre principale alliée pour y faire face et une des principales conditions de notre adaptation. Pourtant et encore, ces dernières années, chaque projet d’aménagement, chaque débat budgétaire, chaque réforme semble continuer à poser la même question : “jusqu’où peut-on alléger les exigences environnementales” entraînant l’affaiblissement progressif de la capacité de nos territoires à résister aux effets du dérèglement climatique et à la perte de biodiversité.

La véritable question des jours d’après ne devrait pas être : comment supporterons-nous les prochaines canicules ? Elle est plus exigeante. Elle devrait être : comment renforcer des territoires capables de protéger durablement leurs habitants, humains comme non humains ?

Réintroduire le vivant dans l’action publique

La réponse ne résidera pas uniquement dans davantage de technologie, des bâtiments mieux isolés ou des climatiseurs plus performants. Elle dépendra de notre capacité à restaurer les écosystèmes, à réintroduire le vivant dans nos villes, nos campagnes et nos politiques publiques. Non parce que la nature résoudrait tout, mais parce qu’elle conditionne désormais notre sécurité, notre santé, notre économie et, tout simplement, notre habitabilité.

Si la canicule de juin 2026 ne nous conduit pas à replacer la biodiversité au cœur des politiques publiques – de l’urbanisme à l’agriculture, de la santé à l’économie –, notamment à travers la mise en œuvre ambitieuse du règlement européen sur la restauration de la nature et le déploiement des solutions fondées sur la nature, elle ne restera qu’un record de température de plus, en attendant le suivant. Si elle nous oblige enfin à reconnaître que le vivant est notre première infrastructure de résilience, alors elle aura peut-être marqué le début d’un véritable changement.

La préservation de la biodiversité n’est pas une politique parmi d’autres

Ces derniers épisodes de canicule révèlent une autre limite, plus profonde encore. Elle met en lumière l’inadaptation progressive de notre manière de penser et d’organiser l’action publique. Le rapport Nexus de l’IPBES [1] nous invite à dépasser l’approche par politiques sectorielles et à reconnaître que le climat, la biodiversité, l’eau, l’alimentation, la santé et l’énergie forment un système d’interdépendances. L’action publique continue à les traiter séparément secteur par secteur.

Au lendemain du Grenelle de l’environnement, la création d’un grand ministère réunissant les politiques climat, biodiversité, eau, risques, transports et aménagement traduisait une intuition juste et forte : face à des crises systémiques, l’État devait lui aussi devenir systémique. Quinze ans plus tard, alors que les canicules confirment cette nécessité, la réorganisation annoncée des services centraux du ministère chargé de l’écologie semble emprunter le chemin inverse. Au-delà d’un débat administratif, elle interroge notre capacité collective à penser les interdépendances au moment même où elles deviennent la clé de notre résilience.

Le véritable choix qui s’offre à nous n’est pas entre l’économie et l’écologie. Il est entre une société qui subit les crises et une société qui investit dans son adaptation.

Les jours d’après ne devraient pas être ceux où chacun cherchera, selon ses moyens, des solutions individuelles ou sectorielles aux conséquences d’un dérèglement collectif. Ils devraient être ceux où nous replacerons le vivant au cœur de l’action publique et où nous nous donnerons enfin les moyens humains, financiers et institutionnels de préserver et restaurer les écosystèmes dont dépend notre capacité à vivre, produire, nous nourrir et nous protéger.

Ce qu’il faut retenir

sUne idée forte
Nous ne protégerons pas durablement les humains sans protéger le vivant.

Une urgence
Cesser de considérer la biodiversité comme une variable d’ajustement alors qu’elle constitue notre première infrastructure de résilience face aux crises climatiques.

Une piste d’action
Replacer le vivant au cœur de l’action publique, en faisant des solutions fondées sur la nature un pilier des politiques d’adaptation, de santé, d’aménagement et d’économie.

Sources

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