Coucher de soleil sur Paris avec la Tour Eiffel à l'horizon.
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Les jours d’après : “Nous ne pouvons plus croire que le climat d'hier reviendra”

Pour Dominique Bourg, les canicules ne sont plus des alertes isolées : elles dessinent déjà les contours d’une “Terre d’après”.

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Qu’avons-nous vécu en cette fin juin ? Une canicule ? Non, l’avènement d’une Terre méconnaissable, la Terre d’après. Non la descente sur Terre de la Jérusalem céleste, mais comme la remontée dangereuse d’une planète aussi fragile qu’unique vers l’incandescence solaire ! Tel est, annoncé par nos modèles climatiques depuis des décennies, l’effet de l’accumulation atmosphérique de gaz à effet de serre provoquée par nos activités économiques. Nous sommes désormais condamnés à vivre ce que ces modèles devaient permettre d’éviter.

Durant quelques jours, à un pouillème prêt, la France a été la région la plus chaude au monde. Adieu, climat tempéré ! La partie la plus chaude du pays est devenue la façade atlantique. Adieu, douceur angevine ! La suffocation endurée ruine désormais sous les calories cumulées la possibilité même de nous projeter dans l’avenir. Nous venons pourtant de définitivement tourner la page du livre climatique sur un texte entièrement nouveau.

Un homme âgé avec des lunettes et des cheveux blancs, souriant devant un fond flou.
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Dominique Bourg en 2019.

Depuis 2003, des événements “extraordinaires” qui se multiplient

Nous avions commencé à soulever la page de nos vies passées avec la fournaise de 2003, première canicule hors cadre, sans alors réellement comprendre de quel prodrome il s’agissait. Se sont accumulés depuis lors des évènements qui ont été autant de visites incomprises du futur terrestre, et d’éloignements progressifs du texte ancien de nos existences. Ce fut la vague de chaleur de juin 2019 avec un pic à 46 degrés dans un village de l’Hérault, Vérargues. Le signe et la confirmation que nous n’avions pas compris la tendance des événements climatiques extrêmes à pouvoir momentanément tant s’éloigner des moyennes des modèles climatiques. Bis repetita avec le dôme de chaleur à près de 50 degrés (49,6 °C) dans les latitudes septentrionales de la Colombie britannique, au Canada, à Lytton, en juin 2022.

Événement précédé par la survenue du premier mégafeu début 2020 en Australie, avec son pyrocumulonimbus inédit, culminant à 34 km au-dessus du sol et ravageant en un mois l’équivalent de la moitié de la France. Vinrent les inondations allemandes et belges de juillet 2021 montrant la capacité des flots à déstructurer même les plaines, puis Valence avec ses terres arables maraîchères et ses voitures rejetées à la mer à la fin octobre 2024. Etc. Nous sommes désormais de plain-pied dans le futur proche.

Seule une bascule de civilisation planétaire…

Attention, nous sommes au début d’un processus que seule une bascule de civilisation planétaire nous permettrait d’enrayer. Je ne peux pas développer ici mais une telle bascule reposerait sur une réorientation des activités économiques vers des biens relationnels (éducation, santé, dans le sens de ce que préconisent Piketty et Chancel, ou quelqu’un comme Pierre Veltz) et pour une part immatériels, avec une baisse drastique des productions de biens matériels, une remise en cause non moins drastique des inégalités, un rejet afférent des droits de propriété et de la possibilité même d’une accumulation indéfinie du capital.

Cela passerait également par une réappropriation commune des biens communs, IA comprise, la substitution de l’agroécologie à l’agriculture conventionnelle, une refonte progressive des droits de l’environnement dans des droits plus larges et exigeants de la nature, etc. Il convient encore de comprendre que le dérèglement climatique n’est qu’une face de notre impasse, les autres renvoyant à l’effondrement de nombre d’espèces naturelles et aux autres limites planétaires.

Où nous dirigeons-nous ?

Rappelons que cette année 2026 a commencé avec des vagues de chaleur de 40 °C en Californie dès mars, avec des températures sensiblement plus élevées en Inde dès avril, avec une première vague de chaleur pour nous en mai, puis une seconde fin juin, suivie de près par une remontée des températures en France et en Europe en juillet. La probabilité que nous connaissions un épisode El Niño violent est par ailleurs forte. Les dégâts devraient se faire alors sentir à l’automne en Asie du Sud et en Afrique australe. Nous sommes proches de la barre d’une élévation moyenne de la température sur Terre d’1,5 °C au-dessus de la période préindustrielle (1850-1900), 1,37 °C pour être précis.

Entre aujourd’hui (à l’approche des 1,5 °C) et demain avec un réchauffement de 2 °C (avant 2050), l’intensité et la violence des événements extrêmes vont doubler. Autrement dit, nous entrons dans un tunnel qui va se caractériser par une altération croissante, via les extrêmes climatiques, de la capacité de la Terre à nous accueillir. Au-delà des 2 °C, ce sont progressivement de vastes contrées tropicales ou subtropicales qui deviendront difficilement habitables, si ce n’est inhabitables, en raison de leur température annuelle moyenne et de leur régime des pluies.

Bientôt une Terre à l’hostilité inédite ?

Une perturbation des courants thermohalins de l’Atlantique Nord pourrait en outre provoquer un refroidissement hivernal des hautes latitudes Nord de l’Europe, y rendant aussi l’agriculture aléatoire. Ce sont d’ailleurs tous ces événements extrêmes et ces tendances au long cours qui vont converger vers un effondrement – déjà amorcé – de nos capacités à produire notre nourriture. Nous allons ainsi éprouver une Terre à l’hostilité inédite.

Face à cet état de choses l’extrême-droite apparaît plus encore dangereuse que par le passé. Au mieux, comme en Europe avec le démantèlement du Green Deal, elle fait tout pour pousser à l’inaction, quitte à tenter de récupérer les dividendes électoraux du malheur. C’est le cas avec le RN en France qui propose en pleine canicule un plan climatisation à celles et ceux qui suffoquent et se sentent thermiquement délaissés, afin de feindre la sollicitude et de capter les suffrages ; et ce, après nous avoir contés que le GIEC exagérait et proposé de détruire les éoliennes. Au pire, dans les USA de Trump, tout est fait pour relancer les fossiles et détruire ce qui peut permettre de comprendre et de mesurer le dérèglement climatique (sciences, instruments, agences), et d’avertir et protéger le public. La marche d’après est celle de Musk : “Que la masse crève, nous partons sur Mars !”

Ce qu’il faut retenir

Une idée forte
Nous ne vivons plus une succession de canicules : nous sommes entrés dans un nouveau régime climatique. Attendre un retour à la normale est une illusion.

Une urgence
Chaque année de retard nous rapproche d’un monde où les événements extrêmes, l’effondrement du vivant et les tensions sociales deviendront la norme plutôt que l’exception.

Une piste d’action
Sortir des réponses de court terme et engager une véritable transformation de nos modèles économiques, de nos politiques publiques et de notre rapport au vivant.

Sources