Vélo cargo garé devant un bâtiment en bois, avec des personnes en arrière-plan.
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Le Low-tech Lab veut sortir la low-tech de l’atelier

Avec son manifeste 2026, le Low-tech Lab veut faire passer la low-tech du simple objet bricolé à une démarche collective d’autonomie, de sobriété et de coopération dans les territoires.

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En bref

  • Le Low-tech Lab dévoile son manifeste 2026 pour faire évoluer la low-tech d’une logique d’objets bricolés vers une démarche collective, territoriale et politique.
  • Le texte défend le “techno-discernement” : distinguer les technologies qui émancipent de celles qui renforcent nos dépendances.
  • Le mouvement s’appuie sur une grille simple – utile, accessible, durable – pour interroger nos besoins avant de produire, acheter ou automatiser.
  • Avec ses communautés locales, le Low-tech Lab veut faire de la low-tech un levier d’autonomie collective, de coopération et de bien-vivre dans les territoires.

On croyait connaître la low-tech. Quelques objets ingénieux, des tutoriels en ligne et, hop, voilà un chauffe-eau solaire bricolé, une marmite norvégienne, un atelier de réparation vélo, parfois un parfum de système D. Utile, sympathique, très débrouille. Mais le nouveau manifeste du Low-tech Lab, dévoilé ce 9 juillet 2026, vient précisément bousculer cette image trop étroite, presque folklorique.

Car le texte ne se contente pas de célébrer les solutions simples, il pose un diagnostic plus frontal : nos sociétés vivent sous la domination d’une technique moderne devenue globale, qui abîme les milieux, renforce des dépendances et confisque une partie de notre capacité à choisir. Le mot employé dans le manifeste est fort : le “technocène”. Autrement dit, une époque où la technique n’est plus seulement un outil, mais un système qui organise le monde. Qui le régit presque.

De l’objet à la démarche

“On sentait qu’on avait besoin de le réécrire parce que depuis quelques années, le Low-tech Lab de Concarneau a complètement changé de mission”, explique Xavier Bourgeois, responsable communication du Low-tech Lab. L’association, née en 2013 à Concarneau en Bretagne, s’est d’abord fait connaître en explorant et documentant des solutions low-tech dans le monde, notamment avec des reportages, des tutoriels, des conférences, des festivals et des ateliers participatifs.

Mais le mouvement a grandi, mûri. Et, avec lui, la mission s’est déplacée. Le Low-tech Lab se présente désormais davantage comme “une tête de réseau, depuis Concarneau, pour faire vivre des communautés low-tech sur les territoires”. Selon Xavier Bourgeois, on compte aujourd’hui 28 communautés en France, une en Belgique, deux en Suisse, et plus largement “500 personnes, 35 associations”. Le mouvement ne veut plus seulement montrer que des alternatives existent. Il veut aider à les faire vivre partout, localement, collectivement, durablement.

Ce changement de focale est au cœur du manifeste. La low-tech n’y est plus présentée comme un catalogue d’objets, mais comme une manière de reprendre prise sur la technique. Le texte parle de “techno-discernement” : apprendre à distinguer les technologies qui nous émancipent de celles qui, au contraire, nous rendent plus dépendants. Une question qui prend une résonance particulière à l’heure où chaque crise semble appeler sa solution technologique, de l’intelligence artificielle à la climatisation massive.

Utile, accessible, durable

Pour trier, le Low-tech Lab revient à une grille simple, déjà ancienne dans le mouvement : une technologie doit être utile, accessible et durable. “La toute première chose à se demander, c’est : est-ce que j’ai vraiment besoin ?”, résume Xavier Bourgeois. Avant de développer, acheter, équiper, automatiser, il faudrait donc commencer par ce pas de côté : à quoi cela sert-il vraiment ? Qui pourra y accéder ? À quel coût écologique, économique et social ?

Cette approche ne dit pas qu’une technologie serait low-tech ou ne le serait pas une fois pour toutes. Elle invite plutôt à regarder les degrés, les usages, les dépendances créées ou réduites. Une technologie peut-elle être comprise, réparée, partagée ? Nous rend-elle plus autonomes ou plus captifs ? Permet-elle de coopérer ou pousse-t-elle surtout à consommer ?

C’est là que le manifeste cherche à éviter un malentendu très actuel. Le succès du mot “low-tech” ouvre aussi la porte à sa récupération. “Oui, complètement”, confirme Xavier Bourgeois, qui craint une forme de greenwashing. Certaines entreprises, explique-t-il, continuent de vendre des produits d’apparence low-tech mais dans un modèle très consumériste : “On n’encapacite pas les personnes. On les fait juste acheter un produit.” Avoir un objet low-tech chez soi ne suffit pas, si l’on ne sait ni comment il fonctionne, ni comment le réparer, par exemple.

Une autonomie, pas un repli

Le manifeste insiste donc sur un mot : autonomie. Mais pas celle des fantasmes survivalistes, ni celle d’un individu seul dans son coin avec son atelier et son stock de matériel. “On ne vise pas le repli autarcique”, précise Xavier Bourgeois. L’autonomie défendue par le Low-tech Lab est collective, territoriale, conviviale.

Dans le texte, celle-ci prend deux formes. Une autonomie technique, d’abord : savoir faire, comprendre, réparer, adapter des outils “conviviaux”, maîtrisables – un vélo que l’on sait entretenir, un four solaire que l’on peut partager, un objet que l’on peut réparer plutôt que remplacer. Une autonomie politique, ensuite : être capable de décider collectivement de l’avenir de nos systèmes techniques. Le manifeste parle même de “démocratie technique”. Derrière l’expression, une question simple : pourquoi les choix techniques structurants devraient-ils rester l’affaire des seuls industriels, experts ou décideurs publics ?

C’est sans doute le point le plus intéressant du texte. La sobriété n’y est pas présentée comme une punition, ni comme une fin en soi. Elle devient un moyen de rediscuter nos besoins, nos usages, nos dépendances. À quoi bon consommer moins, si ce “moins” ne sert pas à vivre mieux, plus librement, avec plus de liens et moins de vulnérabilités ?

Des territoires comme terrains d’essai

Concrètement, cette ambition passe par les territoires. Xavier Bourgeois cite la Normandie, où certains acteurs du réseau travaillent davantage avec les entreprises, en parlant robustesse, sobriété, réduction des dépenses. En Belgique, l’approche est davantage tournée vers le plaidoyer européen. Dans la vallée de Chevreuse, au sud-ouest de Paris, les ateliers très concrets sont portés par des personnes âgées “aux manettes”, dans une logique de transmission de savoir-faire. À chaque territoire, sa manière de faire.

À Concarneau, puis à Grenoble, le Low-tech Lab pousse aussi l’idée de “territoire low-tech”. L’objectif n’est plus seulement qu’un particulier fabrique un four solaire chez lui, mais que des écoles, des hôpitaux, des collectivités, des entreprises ou des associations expérimentent ensemble. Xavier Bourgeois évoque par exemple des fours solaires mobiles, à Grenoble, qui pourraient passer de cantine en cantine. La low-tech sort alors de la sphère domestique pour devenir une infrastructure partagée, et surtout un prétexte à coopération.

Cette dimension a pris un relief particulier avec les récentes vagues de chaleur. Quand les climatiseurs et ventilateurs disparaissent des rayons, certaines solutions simples redeviennent soudain très concrètes : ombrage, ventilation naturelle, protection des bâtiments, adaptation des écoles. “Des parents d’élèves sont venus barricader un peu des écoles, en mode low-tech, système D”, pointe Xavier Bourgeois. Le bricolage n’est plus folklorique. Il devient une réponse immédiate à des vulnérabilités bien réelles. Et la solution est bien souvent collective.

Des utopies très concrètes

La dernière partie du manifeste appelle à reprendre en main nos imaginaires : des villes et villages où les objets circulent plus longtemps que nos envies d’achat, des ateliers de réparation comme lieux de rencontre, des assemblées citoyennes pour débattre des choix techniques, des organisations invitées à coopérer plutôt qu’à accélérer seules. Rien de spectaculaire, mais un déplacement profond. C’est peut-être là que le texte touche juste. Il ne promet pas une grande bascule héroïque. Il parle de communs, d’ateliers, de savoir-faire, d’erreurs partagées, de liens recréés. “On veut faire ça dans la convivialité, recréer des liens plutôt que de la consommation”, résume Xavier Bourgeois.

Dans un monde saturé de solutions technologiques présentées comme inévitables, le manifeste du Low-tech Lab défend une idée presque subversive : la technique doit redevenir discutable. Non pour refuser toute innovation, mais pour choisir celles qui nous rendent plus libres, plus robustes, plus capables d’habiter nos territoires sans les épuiser. La low-tech, en somme, n’est pas un retour en arrière. C’est une manière de remettre la technique à sa place : non pas au-dessus de nos vies, mais au service de ce que nous décidons collectivement d’appeler le bien-vivre.

Sources

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