Pendant longtemps, la transition agricole a été présentée comme un défi technique. Il fallait trouver les bonnes pratiques, les bonnes variétés, les bons outils. Début juin 2026 à Arles, dans les allées du World Living Soils Forum (WLSF), rendez-vous international consacré à la régénération des sols, ce n'est plus vraiment le sujet. Les agriculteurs savent de mieux en mieux comment protéger leurs sols. Les solutions existent, les retours d'expérience s'accumulent et les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à s'y intéresser. Mais un obstacle demeure : le risque économique lié aux premières années de transition. Car entre le moment où un agriculteur change ses pratiques et celui où les bénéfices apparaissent, plusieurs années peuvent s'écouler. Un délai que la finance traditionnelle peine encore à accepter.
Pourtant, des viticulteurs expérimentent des couverts végétaux entre les rangs de vigne. Les grandes cultures réduisent le travail du sol. L'agroforesterie gagne du terrain. Partout, des pionniers démontrent qu'il est possible de produire tout en régénérant les écosystèmes. Les connaissances progressent, les indicateurs s'affinent et les retours d'expérience s'accumulent. À écouter les chercheurs, les agronomes et les agriculteurs présents au WLSF, la question n'est plus vraiment de savoir s'il faut changer de modèle, mais à quelle vitesse il est possible de le faire. Et c'est précisément là que les difficultés commencent. Car entre l'intuition scientifique et la réalité économique des exploitations, il existe un fossé que beaucoup peinent encore à franchir.