Fabrice Bonnifet
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Les jours d’après : “Nous ne pouvons plus croire que la croissance verte nous sauvera”

Fabrice Bonnifet, Président du C3D et de GenAct, est l'auteur de cette tribune.

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Nous n’avons plus le droit de faire semblant d’agir. Le compte à rebours vers un effondrement systémique est désormais enclenché. Il est temps de cesser de nous mentir : poursuivre le modèle de civilisation actuel, fondé sur un capitalisme déshumanisé et prédateur des ressources, n’est tout simplement pas compatible avec la biocapacité de la planète.

La cause racine du réchauffement climatique tient aux activités humaines, en particulier à la combustion des énergies fossiles qui alimente notre système économique et financier dans une perspective de croissance infinie. Nier cela revient à contester la rotondité de la Terre. Nous devons donc changer notre rapport au monde. Même sans dérèglement climatique, les modes de vie des pays à haut revenu, ainsi que ceux des plus riches partout ailleurs, ont déjà contribué à dépasser les limites planétaires.

Pourtant, les partisans de l’inaction continuent de brandir la notion fallacieuse de croissance verte. Ils prétendent qu’il serait possible de croître indéfiniment en découplant, de manière absolue, la création de richesse financière et matérielle des pressions exercées sur l’environnement. C’est, faut-il le rappeler, mathématiquement impossible. Reconnaître l’implacabilité des lois physiques relève de la lucidité ; persister dans l’illusion des arbres qui monteraient jusqu’au ciel relève, au mieux, de l’aveuglement, au pire, de la cupidité.

Un technosolutionnisme pour faire quoi ?

La seule réponse sérieuse au défi climatique consiste à accepter, organiser et piloter une décroissance choisie des flux physiques carbonés – de plus de 5 % par an – jusqu’à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Ces flux représentent encore aujourd’hui, malgré six rapports du GIEC et trente COP, plus de 80 % du mix énergétique mondial.

Au lieu de regarder cette réalité en face, la plupart des économistes, des responsables politiques et des décideurs continuent, par ignorance, par incompétence ou par idéologie, de s’en remettre à une croyance commode : le “progrès” technologique finira bien, un jour, par trouver la solution.

Mais la solution pour faire quoi ? Doubler le trafic aérien d’ici 2040 avec des biocarburants ? Généraliser l’IA grâce à de nouvelles centrales nucléaires ? Réarmer les nations avec des métaux recyclés ? Conquérir Mars avec des fusées réutilisables ? Faire rouler des “tanks” électriques ? Demandons plutôt aux citoyens ce qu’ils veulent vraiment, au lieu de laisser des imaginaires technologiques, financiers ou transhumanistes dicter nos désirs collectifs.

Pour enrayer l’effondrement de la biodiversité, indispensable à notre survie, stopper le réchauffement, dépolluer les sols, généraliser l’assainissement et engager une agriculture régénératrice, il nous manque un nouveau récit du vivre-ensemble : un récit libéré du technosolutionnisme et porté par le courage politique. Tant que la conquête spatiale, l’ordinateur quantique ou l’IA appliquée à tout et n’importe quoi feront davantage rêver que la neige dans nos montagnes ou des océans sans plastique, nous continuerons de confondre le futile avec l’essentiel.

Comptabiliser enfin ce qui compte vraiment

De quoi avons-nous réellement besoin ? De travailler toujours plus pour vivre toujours plus mal ? Ou d’un modèle de société fondé sur le contentement, dans lequel les citoyens du monde pourraient s’épanouir, vivre dignement et retrouver une forme d’harmonie avec la nature ?

D’ici 2050, le réencastrement de l’économie dans les limites planétaires devrait être notre seule boussole. Faire émerger une civilisation de la post-croissance à visée régénérative devrait être notre seul horizon. Pour y parvenir, nous disposons déjà des savoir-faire nécessaires. Ce qu’il nous manque, c’est une comptabilité capable de compter enfin ce qui compte vraiment : la maintenabilité du capital naturel. Nous devons aussi généraliser, dans les entreprises, les modèles économiques de la fonctionnalité et de la coopération.

Cessons de produire de l’obsolescence. Fabriquons des produits et des infrastructures conçus pour durer, et intensifions leurs usages. Éradiquons la notion même de déchet en transformant nos objets en banques de matériaux ; nous aurons alors davantage à cœur de les préserver. Tout le reste relève du bavardage. Mettons fin à l’économie linéaire, inégalitaire, écocide et prédatrice, et bâtissons enfin une économie au service de la vie : une économie dans laquelle le progrès technologique servira réellement à réparer, restaurer et consolider les conditions d’habitabilité de la planète, tout en préservant le bien commun.

Ce qu’il faut retenir

Une idée forte
Le climat n’est pas seulement en crise : c’est notre modèle économique qui ne fonctionne plus dans les limites de la planète.

Une urgence
Abandonner les promesses de la croissance verte et du technosolutionnisme qui retardent les transformations indispensables.

Une piste d’action
Construire une économie post-croissance, fondée sur la durabilité, la réparation, l’usage plutôt que la possession et la préservation du vivant.

Sources