Un homme installe des panneaux d'isolation dans un mur en construction, portant des gants et lunettes.
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Les jours d’après : “Nous ne pouvons plus faire passer le profit avant l'habitabilité de la Terre”

Rénover les logements, transformer le travail, repenser l’économie : Dominique Méda appelle à faire de l’écologie le cœur de nos choix collectifs.

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Nous n’avons plus le droit de nier l’existence du dérèglement climatique, d’être indifférent à ses conséquences désastreuses, d’accepter que les médias n’adoptent pas le ton grave qui convient à la situation comme cela est le cas depuis tant d’années.

Nous n’avons plus le droit de penser que les choses iront mieux grâce à la technologie, que les générations futures seront plus riches que nous et pourront donc consacrer à la transformation de notre économie les sommes que nous n’avons pas été capables de dégager.

Nous n’avons plus le droit de faire passer le souci de la rentabilité, du profit, de la compétitivité, de la productivité avant la question écologique qui doit désormais devenir la question centrale.

“L’enjeu écologique doit devenir la priorité”

Nous devons reconstruire toute notre réflexion et toutes nos politiques autour de l’enjeu écologique : il doit devenir la priorité de toutes les actions publiques et privées. L’enjeu est celui du caractère habitable de la terre, ce que Hans Jonas avait parfaitement saisi lorsque dans son Principe responsabilité il formulait ainsi le nouvel impératif à adopter : “Agis de telle sorte que les conséquences de tes actions soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine.” Il ne s’agit pas juste de vivre, comme des cloportes, comme des rats, menacés à chaque instant par les éléments, mais de vivre de façon “authentiquement humaine”.

Cela implique de profondes transformations. C’est pour cela que j’emploie souvent l’expression de “reconversion écologique”. Nous devons engager une véritable conversion de nos cadres cognitifs, de nos représentations, de nos indicateurs. Substituer à la représentation actuelle d’une nature mise à notre service (selon Francis Bacon la Nature devrait être notre esclave), celle d’un encastrement des humains dans la nature, d’une interdépendance. Et au paradigme de la conquête et de l’exploitation nous devons substituer comme le suggérait Aldo Leopold, celui de prendre soin : prendre soin de l’ensemble des habitants de la terre, et de celle-ci.

Il est temps de réparer le monde

Nous devons aussi reconvertir complètement notre économie, notre fonctionnement social : rompre avec ces politiques silotées qui n’avancent pas. Considérer que tout doit être reconstruit autour de la transformation de nos organisations : investir dans les infrastructures, la conversion de l’agriculture, la rénovation thermique des bâtiments, les énergies non fossiles. Préférer mettre les centaines de milliards qui sont destinés à l’IA dans la transition écologique.

Radicaliser la politique dite d’atténuation c’est-à-dire tout ce qui va nous permettre de ne plus émettre de gaz à effets de serre, éradiquer l’usage des énergies fossiles autant que nous le pouvons, ce qui allégera notre facture énergétique. Massifier la politique dite d’adaptation : transformer nos villes pour que l’augmentation des températures reste supportable, revoir drastiquement les conditions d’exercice du travail.

Nous avons devant nous un immense chantier : celui de la réparation du monde. Mettre le travail au service de celle-ci et non plus au service de sa destruction devrait constituer un projet politique enthousiasmant pour tout le monde, jeunes et moins jeunes. Un projet capable aussi de créer des emplois et de redonner son sens au travail. Un projet qui aujourd’hui doit se penser à l’échelle européenne.

Ce qu’il faut retenir

Une idée forte

L’écologie ne peut plus être une politique parmi d’autres : elle doit devenir le principe qui organise nos choix économiques, sociaux et démocratiques.

Une urgence

Rompre avec un modèle qui continue à privilégier la rentabilité de court terme alors que les conditions mêmes d’une vie habitable sont menacées.

Une piste d’action

Faire de la reconversion écologique le nouveau projet collectif : investir dans la transition, transformer le travail, l’économie et les politiques publiques pour les mettre au service du vivant plutôt que de son exploitation.

Sources

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