Designer et chercheur, Cédric Carles a cofondé l’Atelier 21, une structure qui explore depuis plus de quinze ans les liens entre énergie, design et innovation sociale. Avec le programme Paléo-énergétique et le RetrofuturMuseum, il exhume inventions oubliées, brevets délaissés et savoir-faire vernaculaires pour les confronter aux défis contemporains. Cette démarche a notamment donné naissance à Regenbox, un appareil fabriqué en France qui diagnostique et régénère des piles alcalines théoriquement non rechargeables.
WE DEMAIN l’a rencontré à Bangalore, lors du Forum de l’innovation frugale organisé les 24 et 25 avril 2026 par l’Institut français en Inde, l’Alliance Française de Bangalore et la Science Gallery Bengaluru, dans le cadre de l’Année de l’Innovation France–Inde. Cédric Carles y participait notamment à une discussion avec Navi Radjou et Vipasha Devi Tilak sur la frugalité et la recherche du bonheur. Il sera présent à New Delhi en novembre 2026 pour conduire, avec le chercheur indien Anil Gupta, de nouveaux ateliers consacrés à la recherche "paléo". L’objectif : poser les bases d’un programme franco-indien autour de la critique technologique, de la maintenance des savoirs et de la réactivation d’innovations oubliées.
WE DEMAIN : Vous consacrez une grande partie de votre travail à retrouver des innovations oubliées. Pourquoi regarder en arrière lorsque l’on cherche des solutions pour l’avenir ?
Cédric Carles : Parce que nous souffrons d’une forme d’amnésie technologique. Dans les entreprises comme dans la société, nous avons tendance à considérer qu’une innovation n’existe qu’à partir du moment où nous la découvrons. Or, beaucoup de solutions présentées comme nouvelles ont déjà été explorées, parfois très sérieusement, dans les années 1950, 1960, 1970 ou 1980.
J’en ai pris conscience en travaillant avec des ingénieurs et des retraités. À chaque fois que nous arrivions avec une idée prétendument nouvelle, certains nous répondaient : "Cela a déjà été fait." Ils avaient parfois participé eux-mêmes à ces expérimentations. Le problème, c’est que leurs connaissances n’avaient pas été conservées ou transmises.
Cette mémoire permet de gagner du temps, mais aussi de reprendre confiance. Lorsqu’on découvre qu’une solution a déjà fonctionné, même imparfaitement, on ne part plus d’une page blanche. Avec les outils, les matériaux et les connaissances actuels, on peut la réinterpréter et l’améliorer.