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Une nouvelle “Tree Army” contre le chômage et le réchauffement climatique ?

La crise économique due au Covid-19 a mis au chômage des millions d’Américains. La création d’une “Tree Army”, expérimentée avec succès dans les années 1930, pourrait être une solution pour recréer de l’emploi.

Le 10/06/2020 par Pauline Vallée

La pandémie de Covid-19 et le ralentissement de l’activité qui a suivi ont laissé 23 millions d’Américains sans emploi, dont plus de 7 millions de jeunes. Et même si le taux de chômage a légèrement reculé au mois de mai, pour s’établir à 13,3 %, la situation économique fait craindre à plusieurs observateurs la naissance d’une “génération perdue”. Parmi eux, Collin O’Mara, président de la National Wildlife Federation, l’une des plus grandes associations environnementales américaines,
 


L’ancien secrétaire au Département des ressources naturelles et du contrôle environnemental du Delaware a partagé son inquiétude en mai dans une tribune publiée par le  New York Times, où il appelle à restaurer les “Civilian Conservation Corps” (Corps civil de protection de l’environnement, en français).

Nés durant une autre crise, celle de 1929, ces “emplois-jeunes” ont été mis en place par l’administration Roosevelt dans le cadre de son  programme de relance économique New Deal. “À l’époque, sa grande crainte était que ces jeunes, en particulier les jeunes hommes, tombent dans la délinquance compte tenu de la situation sociale”, explique Aurore Lalucq, économiste, eurodéputé et porteuse d’une idée similaire via son projet de Green Deal. “L’idée était de confier à ces jeunes des travaux d’utilité publique, qui n’étaient pris en compte ni par le marché ni par l’État. La conservation environnementale en faisait partie.

Les Civilian Conservation Corps s’adressent alors en priorité aux hommes de moins de 25 ans dépourvus de formation. Ceux-ci sont logés, nourris et reçoivent 30 dollars par mois (un salaire équivalent aujourd’hui à 588 dollars). Entre 1933 et 1942, le projet permet d’accompagner trois millions de participants, de planter trois milliards d’arbres et de fonder – ou réhabiliter – 700 parcs nationaux, lui valant le surnom de Tree Army.

Outre son intérêt environnemental, c’est probablement le programme du New Deal qui a le mieux fonctionné et qui a évité des coûts sociaux énormes”, poursuit Aurore Lalucq. “Ces jeunes hommes ne seraient pas forcément tombés dans la délinquance sans les Civilian Conservation Corps. Mais cela a permis de les former, de leur remettre le pied à l’étrier en leur faisant prendre conscience qu’ils pouvaient être utiles à la collectivité.” 
 

Une version inclusive et modernisée des CCC

À quoi pourrait ressembler la version 2020 de ces emplois verts ? L’ancien candidat à la présidentielle américaine Bernie Sanders proposait déjà de “réinventer et étendre le principe des Civilian Conservation Corp pour faire face à des défis plus actuels, comme la création d’infrastructures vertes, l’éradication des espèces invasives ou encore la lutte contre la pollution plastique. Coût estimé de la mesure : 171 milliards de dollars pour 20 millions de nouveaux emplois.

L’expérience a déjà été tentée au Pakistan, où 63 000 travailleurs journaliers ont été embauchés par l’État pour planter des arbres pendant le confinement, dans le cadre d’une campagne de reforestation massive lancée en 2018. La Nouvelle-Zélande a également prévu d’investir un milliard de dollars pour créer 11 000 nouveaux “nature jobs” destinés aux personnes ayant perdu leur emploi depuis le début de la pandémie.

Les jeunes en particulier vont être très impactés par la crise, souligne Aurore Lalucq. En France, les moins de 25 ans ont accès à très peu d’aides sociales, beaucoup se retrouvent aujourd’hui dans une situation compliquée.”
 

“Ce serait un minimum de leur garantir un emploi à la fin de leur parcours scolaire, et de limiter le dérèglement climatique qui les menace sur le plus long terme.
 
Aux USA, où la montée du chômage creuse les inégalités sociales, l’idée d’un retour des Civilian Conservation Corps prend une tournure plus inclusive que sa première version, qui n’était pas exempte de biais racistes et sexistes. Toutes les communautés devront participer au programme, insiste Collin O’Mara dans son texte, y compris “les personnes racisées et jeunes Amérindiens”.

Combien cela va-t-il coûter ?”, s’interroge-t-il en conclusion. “Cela dépend de nos ambitions. (…) Nous pouvons empêcher une crise de l’emploi de toucher la prochaine génération, renforcer les économies locales et booster notre résilience, mais nous devons agir maintenant pour mettre au travail des millions de jeunes gens et restaurer les trésors naturels de l’Amérique.

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