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3 solutions pour aider efficacement les sans-abris

Comment, en tant que citoyen, agir et créer du lien avec les personnes sans-abri ? Dans son ouvrage “Avec et sans abri”, la journaliste Lauriane Clément livre des conseils pour faire le premier pas.

Le 02/10/2020 par Sofia Colla
"Il n’y a pas seulement les associations ou les travailleurs sociaux qui peuvent faire quelque chose". (Crédit : Shutterstock)
"Il n’y a pas seulement les associations ou les travailleurs sociaux qui peuvent faire quelque chose". (Crédit : Shutterstock)

La crise de la Covid-19 a permis de retisser de la solidarité avec les personnes âgésle personnel soignant ou encore entre voisins, mais certains publics, comme les personnes sans-abris, ont aussi été durement touchées. Fermeture de certaines associations, mendicité quasiment impossible pendant le confinement, méfiance exacerbée de la part des passants… 

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Outre ce contexte sanitaire, qui complique les rapports humains, beaucoup de personnes ne savent pas comment réagir face à une personne vivant dans la rue. Certains passent sans un regard, d’autres donnent une pièce, mais peu sont ceux qui engagent la conversation.

Pour aider à recréer du lien, notamment entre riverains et SDF d’un même quartier, la journaliste Lauriane Clément, investie auprès de la Croix Rouge depuis dix ans, vient de publier l’ouvrage Avec et sans abri, le guide pour tisser du lien, co-édité par l’association Entourage.

“L’idée m’est venue car beaucoup de gens veulent agir pour les sans-abri, mais ne savent pas quoi faire, explique-t-elle. L’idée de ce livre, c’est de montrer que chacun de nous peut agir. Il n’y a pas seulement les associations ou les travailleurs sociaux qui peuvent faire quelque chose”

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1. Ne pas se positionner comme aidant

À travers divers portraits et histoires de vie, Lauriane Clément invite le lecteur à changer de regard sur les personnes vivant dans la rue et à les considérer comme de simples voisins ou voisines. “Vous allez créer une relation d’égal à égal”, explique-t-elle.

“Les sans-abri sont des êtres humains comme vous et moi. Allez-y comme vous êtes, avec un sourire et un bonjour. C’est comme pour toute relation humaine et amicale, c’est quelque chose qui se tisse dans le temps. Peut-être qu’un jour vous oserez la regarder une première fois, puis le lendemain lui dire bonjour, puis le surlendemain lui demander comment elle s’appelle…”

“Ce qui est le plus dur pour eux, c’est l’indifférence.”

Lauriane Clément

L’une des histoires rapportées dans l’ouvrage retrace par exemple le parcours de Micka et Bénédicte. Cette dernière avait une chambre disponible dans sa maison. Un hiver, elle écrit à l’association Entourage qui la met en relation avec Micka, qui lui vit dans la rue. Après plusieurs rencontres, elle décide de lui proposer la chambre en question. “Je ne dis pas que tout le monde doit faire ça, mais c’est une belle histoire d’amitié”, rapporte l’autrice. “Pour Micka, cela l’a vraiment aidé à avoir un cadre. Elle l’a un peu poussé, et de son côté, elle raconte que cela l’a un peu mise face à ses propres freins.”

2. Prendre conscience de ses préjugés

“Mon premier conseil avant d’agir, c’est de s’informer et de changer de regard. On a tous des préjugés et c’est normal. Mais il faut en prendre conscience et aller au-delà”, préconise Lauriane Clément. “Par exemple, se rendre compte qu’un quart des sans-abri travaillent.”

Dans l’ouvrage, diverses idées reçues sont ainsi déconstruites. Par exemple, comme le fait que la mendicité ne permettrait de gagner que 10 euros par jour, que seuls 14 % des personnes SDF mendient régulièrement ou encore que moins d’un quart est dépendant à l’alcool. 

“Je vais dans les lycées, les entreprises, pour parler de mon parcours et changer les regards sur le monde de la rue”, raconte dans le livre Micka, qui a aujourd’hui réussi à sortir de la rue et à retrouver une stabilité. “Je veux montrer qu’on est comme tout le monde.” 

​3. Ne pas se mettre de pression inutile

“Souvent, quand les gens veulent s’investir auprès des personnes sans-abri, c’est tout où rien. Ils se disent, ‘je vais la sauver, la sortir de la rue’”, rapport Lauriane Clément. “Mais non, ce n’est pas ça l’idée. Et dans la plupart des cas cela n’arrivera pas. Il n’y a pas d’obligation de résultat !” Elle appuie notamment sur le fait de ne pas faire de fausses promesses, et plutôt d’engager une conversation normale, de leur demander leur besoin matériel, de les mettre en relation avec des associations, ou avec d’autres riverains volontaires pour aider.

L’association Entourage a pas exemple développé une application mobile pour permettre à tout le monde de donner un coup de pouce à la hauteur de ses moyens et de communiquer avec les SDF de son quartier. “Une personne sans-abri peut par exemple demander si quelqu’un a un duvet, ou un riverain peut dire qu’il a des places de cinéma… C’est vraiment pour créer un lien. L’association organise aussi de grandes rencontres”, raconte la journaliste. 

“Ce qui m’a tout de suite interpellé chez Entourage, c’est que l’association donne la capacité d’agir à tout le monde. Et, se dire ‘moi riverain, je peux agir, je peux aller voir cette personne qui habite en bas de chez-moi’, c’est quelque chose que l’on peut tous faire, peu importe nos capacités.”

Et, pour les aider à retourner vers l’emploi, l’association a également lancé il y a un an la plateforme LinkedOut, le “LinkedIn de la rue”. Les membres forment les sans-abri à passer des entretiens et les aide à refaire leur CV, qu’ils postent ensuite sur le site. Tout le monde peut contribuer et participer en partageant les profils auprès de leur réseau, dans leur cercle professionnel ou amical. 

“L’année dernière ils ont commencé avec 15 personnes et, au bout de trois mois, 80 % avait retrouvé un emploi”, s’enthousiasme Lauriane Clément. 

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